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Lettre du Mali: N°3: 3 Déc. 2000
Par Mohomodou Houssouba


Un Critique en Jeûne?
Il y a trois ans, la chaîne de télévision américaine ABC News a décidé d'agir de façon “pro-active” sur un sujet dont le public, le corps politique, et la presse ont parlé sans cesse—au bord du désespoir—depuis des années. Il s'agit du caractère négatif du discours électoral. La campagne négative est devenue, depuis longtemps, la voie royale pour se faire élire; mais ces dernières années, les langues semblent se délier uniquement pour accabler leurs adversaires, les accuser de tous les maux possibles. Un tel va jeter les personnes âgées dans la misère en coupant la sécurité sociale;

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un tel autre tuera l'école publique en donnant des bourses d'études (school vouchers) aux élèves désirant étudier dans les écoles privées ou paroissiales. A entendre un politicien décrire le projet de société de son vis à vis, on risque de croire que l'autre prépare la fin du monde ou au moins l'extinction de la race américaine.
Mais d'où vient cette tendance? Est-ce vraiment un nouveau développement
comme certaines voix de l'éthique médiatique lamentent à longueur de journée? En action, ABC News ainsi va présenter sa rubrique “Solutions” qui aidera à résoudre les problèmes sociaux au lieu de les exposer ou critiquer une quelconque autorité. Nous le voyons, le vénérable présentateur, Peter Jennings, annoncer la nouvelle arme miraculeuse. En essence, il fait un mea culpa: nous avons assez critiqué, fait preuve de négativisme; il est temps d'offrir des solutions. Ainsi, pendant la grande partie d'une saison, Jennings achèvera le journal du soir “ABC World News Tonight with Peter Jennings” avec un magazine: “Solutions.” J'ai aimé l'affaire moi-même au début, mais de plus en plus, elle semble relever du fait divers—le côté effroyablement banal du quotidien. Puis la chose s'est essouflée complètement.

En rétrospect, dans la pénombre entre les premiers chuchotements sur l'affaire Monica Lewinsky sifflés à la presse par une opposition aussi virulente que déterminée et le passage aux armes de l'impeachment, un débat a fait rage au sein de la société américaine sur le ton et la teneur des campagnes politiques. Le constat est alarmant: la publicité électorale est devenue trop négative, le jacassement si insultant que les idées des candidats sont perdues dans la foulée au lieu d'être retenues comme repères fiables pour faire un choix averti. Les sondages de la fondation médiatique The Pew
Charitable Fund montrent le ras-de-bol du public. Sur PBS (Public Broadcasting System), la chaine de télévision publique, Kathleen Hall Jamison, la doyenne de la prestigieuse faculté de communication (Annenberg School) à University of Pennsylvania (Philadelphie) est fréquemment invitée pour décortiquer le sens de cette colère publique contre la politique et la presse, leurs implications d'éthique médiatique. Il faut que la presse fasse les choses différemment. Mais le public a ses humeurs imprévisibles et les efforts comme “Solutions” de Peter Jennings ne feront pas mieux dans les sondages. Le chic du positif s'étant amenuisé au fil des évaluations des auditeurs qui ne soutiennent plus l'effort bienveillant, le programme va être jeté par
dessus bord: un débarras qui donne matière à réfléchir.


Quelle que soit la délicatesse appliquée à notre appréciation d'un tel volte-face, surtout en faisant tout pour éviter de le caractériser d'échec, force est de reconnaître au moins son implication majeure. Pour quelque raison, le négatif, voire le discours critique, paie en fin de compte. Ne paie pas, au contraire, le discours vernis de leçons pratiques. Le paradoxe n'est-il pas mystifiant? Ou même effarant, considérant notre aspiration légitime au triomphe de la pensée positive? Est-ce le cas que la lutte
sénégalaise va—doit—continuer dans l'arène publique; que les protagonistes ne seront départagés qu'après s'être vautrés dans la boue pendant une campagne interminable, qui épuisera les vérités et même les mensonges (avec du goût), et démolira tous les garde-fous dans le choc des nains? Quant à la pensée positive, nous ne saurions nous en passer bien sûr. Il ne reste qu'à reconnaître que la pratique de la critique, si ancrée dans notre relation avec le domaine public, ne doit pas se faire passer, ou être passée, pour un défoulement égocentrique. A moins qu'il ne s'agisse d'un certain mélodrame qui se dénoue périodiquement dans les colonnes de la presse “jaune” ou sous la plume de commentateurs partisans. Il faut préciser ce point davantage, considérant les reproches récurrentes faites aux critiques. Celles–ci se résument à la plainte que les critiques se contentent de dénoncer, au lieu de s'engager, d'agir, de faire quelque
chose. Faire quelque chose.... Avant de délimiter ce champ d'action présumé, il est important de tirer deux traits essentiels de la contre-critique. Tout d'abord le choix
implicite d'une définition particulière qui réduit toute critique à une évaluation négative des faits ou événements. Ensuite la tendance à offrir une alternative “pratique” pour la critique, qui sous-entend que l'effort intellectuel n'engage pas du vrai travail. On va jusqu'à affirmer que le critique est un parasite qui use de sa position (d'instruit parmi une masse analphabète), de son pouvoir d'écoute, pour profiter du peuple. Ainsi, la
contre-critique assène son coup bas subtile mais appliqué au nom du peuple—des petites gens qui n'ont pas de calepin, encore moins d'ordinateur, pour composer de belles phrases, mais plutôt un quotidien de rude labeur. Sans surprise, cette posture populiste/messianique, dans ses formulations anti-intellectuelles les plus grinçantes, réussit souvent à se faire acclamer comme “réaliste” et “pragmatique.” Ou, pour être à la mode, “pro-active.”

Donc, il s'avère utile de revisiter ce double argument, surtout dans son jeu astucieux avec les définitions et étiquettes (labels). Qu'est-ce que la critique en fait? Seulement en répondant à une telle question pourrons-nous commencer à débrouiller les équivoques familières. Une définition classique: la critique est la considération des “mérites et démérites” d'un sujet pour en faire une évaluation adéquate. Quand
j'enseigne les rudiments de rhétorique à l'université, notre première exploration concerne, de prime abord, le mythe de la critique négative. Je donne aux étudiants des phrases à compléter comme: “quand on me demande de critiquer une position, je dois ....” ou des échantillons de thèmes sur lesquels au moins deux positions sont possibles. Mais, le plus souvent, il s'agit d'aller au de-là même de la dualité “pour/contre” pour appréhender la complexité naturelle du débat public, qui se manifeste dans les multiples possibilités de prise de position. De façon consistante, la
majorité reproduit la conception populaire—mais erronée—que critiquer veut dire parler mal d'une personne ou d'une chose. Ainsi situé, l'acte peut être remis en perspective; c'est à dire, que l'apprentissage de la critique même pourra démarrer. Car, s'il faut le rappeller, la critique ne se résume pas à une simple prise de position: dire, exprimer
son opinion, l'exercie élémentaire dont le novice au débat public (jeune ou vieux) tend à faire un droit inaliénable. L'humouriste américain Christopher Buckley l'a ironisé dans un aphorisme apte: “Chacun a droit à mon opinion.” En rhétorique contemporaine même, le courant dit “expressiviste” (anglo-américain) des années 1970-80 a jadis intronisé le sentiment et l'opinion personnels comme sources de toutes les bonnes
énergies créatrices. En occident, cette ère de la “plainte” a coincidé avec l'avènement des droits de l'enfant—des enfants de Dr. Spocks, the pédiatre américain et son évangile (quasi rousseauiste) de l'éducation naturelle comme garant de l'épanouissement juvénile et le bonheur ou la plénitude dans la vie adulte. Plus à propos pour la présente discussion, la réaction contre l'égocentrisme perçu de certaines formulations expressivistes colore naturellement la critique de la critique. Il y a là souvent les éléments d'un conflit de générations feutré—certains de nos aînés convaincus de notre disposition à l'égoïsme et au parasitisme nous interpellent dans ce
sens, parfois à juste titre, plus souvent par pur préjugé. Comme le défi superflu lancé à un fils de paysan pour essayer la houe pour un changement, au lieu d'écrire des belles phrases pour impressionner la galerie! Challenge surréel auquel un simple hochement de tête suffira comme réponse—“Y ai été , en ai fait....”


Néanmoins, il n'est pas nécessairement inutile d'entretenir même de telles rétorques, en les traitant avec la rigueur applicable au thème le plus banal d'apparence. Surtout quand on parle de l'intellectuel public au Mali, il semble que l'on a à faire à une cible figée, sur laquelle les caricatures grossières paraissent parfaitement réalistes. L'intellectuel malien parle trop, mais ne fait pas grand'chose, nous dit-on. Même si ce
jugement peut porter une graine de vérité, il ne dit pas pour autant ce que l'intellectuel ou le critique doit faire, au lieu de disserter sur les problèmes de société. Aussi, qu'à regarder de près, la proposition de poser la plume pour prendre la daba n'a rien de pertinent. Elle pourrait avoir un sens quelconque seulement si l'intellectuel doit laisser son occupation pour labourer, pour vivre et souffrir comme le peuple. Nous
savons bien qu'il s'agit là d'une farce, mais une farce qui peut avoir un dessein sinistre. Dans certains contextes extrêmes durant le 20ème siècle, la farce s'est mutée en projet de société—dans la Russie de Staline, en Chine de Mao durant la Révolution Culturelle et le Grand Bond en Avant, au Cambodge sous Pol Pot, en Afghanistan sous les Talibans.... Au nom d'une révolution sociale, le décret d'un dictateur met les intellectuels au banc des accusés pour leur incorrection idéologique, leur “embourgeoisement” parasitaire, leurs appétits décadents et rétrogrades. Un verdict
accablant, un goulag ou autre purgatoire, une “réforme” houe à la main pour les réacquérir à la cause du peuple. Evidemment, dans les faits, ça été toujours le premier coup d'épée dans l'eau d'un totalitarisme suicidaire, qui mise sur le zéro dégré de la critique pour s'imposer et se pérenniser. Sans partage, surtout dans l'argumentation. Rien à discuter, à apprendre, ou à reconsidérer. Le résultat a été une société infantilisée, brutalisée, qui enfantera à son tour des générations successives d'avortons, de crétins intellectuels, psychiques, et moraux. Des générations qui se bousculent comme une myriade de vers grouillant autour d'une plaie géante. Plaie
physique des corps meurtris ou disparus, plaie psychique des esprits brisés, plaie morale de la honte et l'humiliation congénitales. Les nôtres mêmes ont commis de telles atrocités! En un mot, la plaie de mémoire et de vision lacérées.

Et pourtant, la violence du discours populiste même séduit si souvent malgré—ou peut être à cause—de sa virulence anti-intellectuelle si nihiliste en gros plan. Elle arrive à se dissimuler sous le vernis de la méthode “pro-active,” de l'humanitarisme universel, de la bienveillance parentale du philanthrope engagé à sauver corps et âmes contre le mauvais temps (famine, illettrisme, pandémie, violation corporelle et psychique);
elle réussit à échapper ainsi à une interrogation responsable de son positionnement. Pourtant le danger est très réel lorsque le fait d'agir s'enferme dans une enveloppe de suffisance intrinsèque. Nous autres perdons le droit, ou au moins l'opportunité, de questionner à notre tour: à quelle fin telle action? Cela, il faut préciser, ne met pas en cause le bien fondé ou la portée de l'action en question. Seulement de permettre au
maxime “gouverner, c'est prévoir” de prendre vie dans l'interaction entre gouvernants et gouvernés. Si gouverner, c'est prévoir, puis-je hasarder: être grouverné, s'est se prévaloir du droit à faire prévoir; donc, à forcer le leadership à faire preuve de prévoyance. Dans ce sens, tous les projets reportés sur notre forum ces derniers temps auraient dû être soumis au même régime d'évaluation: la Tour d'Afrique, la Pyramide du Souvenir, etc. Il ne s'agit pas d'un plébiscite pour un projet de travaux publics, mais un sérieux examen dans la presse—surtout de chercheurs et reporters
spécialisés (qui manquent chez nous). A voir l'échec du Dôme du Millénium en Angleterre, tant d'autres gros projets architecturaux ailleurs, on sait qu'il s'agit d'une prescription utile un peu partout. Le premier ministre britannique Tony Blair connaît une chute imprévisible de sa popularité en partie à cause du colosse de dôme délicieusement ridiculisé par ses adversaires et la presse: “I told you so!” Mais, qui peut dire qu'un jour ce désastre ne va pas devenir un site touristique favori, exactement pour avoir si lamentablement échoué et exposé l'arrogance des dirigeants
technocrates qui se crurent au sommet de la science, l'art, les finances, et le showbiz. Pour avoir attrapé le virus de l'optimisme de leur jeune-grand cousin yankee? Pourtant, rarement les monuments qui constituent les joyaux touristiques actuels, qui figurent sur le registre des patrimoines mondiaux, ont été du goût populaire en leur temps. Tout de même, les temps changent, et les pratiques doivent changer par conséquent. Il est
vrai que de temps à autre nous nous jetons sur un projet public annoncé et
le déchiquetons sans informations adéquates, mais ce n'est pas là la faute de la critique, mais plutôt la bévue de la mal-critique. En effet, la discussion spontanée sur un forum électronique constitue en soi un processus d'instruction de dossier (pour utiliser une expression juridique). Et quelle qu'en soit l'intensité initiale, le débat tend à s'épuiser une fois que les différents aspects ont été exposés.

La question est simple. Quel pays s'est développé sans la critique interne sur les projets de société de différents régimes. Certes, on peut citer ceux qui ont fait de grands progrès sous des régimes autocratiques qui n'ont pas apprécié la gent intellectuelle/critique en leur milieu. L'histoire des peuples n'est jamais uniforme en aucun domaine. Mais, quelles que furent les réalisations posées sur de telles bases, la fracture sociale restera telle, et tôt ou tard, quelqu'un aura à rendre compte. Afrique du Sud, Corée du Sud, Chili, ,Yougoslavie. A divers traumatismes individuels et collectifs, des efforts de réparation.


Au Mali, il est vrai que nous n'avons pas connu l'extrême de l'apartheid ou un génocide mais les multiples dysfonctionnements de notre société signalent une cassure non localisée, une plaie mal cicatrisée, dont les effets se manifestent en convulsions épisodiques—comme des attaques d'épilepsie collective. De l'école à la sécurité publique surtout dans le nord, la crise de confiance retourne avec vengeance, la solidarité s'amenuise, et le projet de société du gouvernement, quels que soient ses mérites ou torts, ne trouve plus qu'une attention divisée, une audience distraite par tous les messages contradictoires. Toutes les bonnes projections du passé récent remises en cause, à quoi s'en tenir devant les nouvelles déclarations? Les rapports “upbeat” d'antan sont également venus des organisations internationales, des organisations non-gouvernementales, des associations caritatives et philanthropiques. Entre ces partenaires et le gouvernement, on remarque une continuité et une similarité dans le traitement de l'information, particulièrement l'accès aux documents d'évaluation interne ou externe. Partout les mêmes penchants monopolistes et criticophobes que l'on reproche aux régimes autoritaires. Le “crime de lèse majesté” et le “crime de lèse intention” (lire, la bonne intention humanitaire) se croisent et solidarisent dans la culture du fait accompli et du non-recevoir. Or, nous savons que nos régions sinistrées et désétatisées ont longtemps passé sous la tutelle des organisations charitables et humanitaires, des confessions messianiques islamiques et chrétiennes, et la constellation d'organisations non-gouvernementales—toutes ces institutions qui constituent un état parallèle “offshore.” L'état nominal, affaibli par les
conjonctures de tous genres, tremblent plus souvent devant les institutions financières (Bretton Woods, Club de Paris, Fond Monétaire International, Banque Mondiale) que face à ces populaces qui n'ont ni écoute, ni poids réel sur l'échiquier national. C'est là le paradoxe bien sûr et le défi pour les intellectuels qui doivent assumer leur rôle avec sérieux. On a beau invoquer la misère et l'aliénation du paysan malien, ce dernier connaîtra un sort pire si les critiques se taisent devant les desseins assortis du
gouvernement malien et ses “partenaires.”

La révolution paysanne a été un grand rêve intellectuel, écrit David Remnick (The New Yorker) sur la campagne populiste de Patrick Buchanan face à George Bush durant les primaires de 1991-92; mais là où elle avait abouti, c'était pour échouer invariablement
dans une tragédie collective! Remnick est un spécialiste de la Russie. Et oui, il faut être sérieux et déterminé dans la méthode. L'étau de l'obscurantisme se resserre autour des journalistes maliens et leurs lecteurs. Un éditeur du quotidien principal me dit que leurs lecteurs peuvent se plaindre du manque d'information réelle mais que faire s'il n'y a aucun recours légal comme le “Freedom of Information Act” américain pour
forcer la main des acteurs publics. Des agents d'état, de partis, ou d'organisations
non-gouvernementales qui s'irritent au moindre questionnement, qu'il aient quelque chose à cacher ou pas.

Il ne s'agit pas d'un procès d'intention, mais d'un coup de réveil nécessaire pour exiger un droit de vérité minimal, même devant le sarcasme facile qui rencontre les critiques. Les critiques, s'ils font bien leur travail, servent d'interface entre la population et le régime (gouvernement ou autre groupe de tutelle). Le devoir de vérité est le devoir de
s'instruire pour informer les autres, plutôt qu'une certaine pratique prétentieuse et paternaliste du conseil “positif.” Pour ceux qui ne le savent pas déjà, très peu de gens sont indifférents aux conseils d'un inconnu; c'est à dire de conseils qui irritent naturellement, parce que les bonnes intentions ne compensent pas pour autant l'ignorance criarde et l'amateurisme ahurissant des prodiges tous-terrains qui s'invitent au podium du conseil gratuit.

En effet, le sort de la rubrique “Solutions” que j'ai mentionnée au début mérite une dernière réflexion. La tentative ressemble à un effort des activistes afro-américains, surtout des femmes inquiètes du pessimisme et nihilisme au sein de leur communauté, qui ont lancé le slogan “Accentuate the Positive” au début des années 1990. Accentuer le positif; c'est à dire, relancer la solidarité au lieu de la critique (négative).
Qu'est-il advenu de cette autre campagne positive? Pour être bref, rien de spectaculaire. Comme toujours, les gens de bonne volonté créent une confusion paralysante en mélangeant les pédales. On perd de vue les vrais maux en s'attaquant à la liberté du débat public dont la communauté la plus sinistrée se passe à son propre péril. Quel paradoxe! Dans ce cas, il s'agit d'une société américaine mûre qui continuera à débattre vigoureusement envers et contre les allergies diverses à l'examen rigoureux des dossiers en instruction, les tendances à larguer des “réalisations” sur une populace “incrédule” ou “indifférente.” Qui leur a fait penser qu'on a besoin de ce beau jouet? Aussi le devoir de vérité s'impose-t-il à nous tous. Le devoir de s'informer et discuter de façon sereine pour endiguer la médiocrité, la niaiserie, et l'apathie grandissantes chez nous. Dire sans mélodrame qu'il ne s'agit pas
moins de nos raison d'être et survie collectives. Ce devoir s'exerce en dehors d'une polarité réductrice état-population. L'espace d'interpellation doit s'étendre, par exemple, aux colonnes des journaux où les lecteurs s'exprimeront librement sur les éditoriaux et articles publiés. Il attend l'avènement de publications spécialisées pour garder en ligne de mire les projets et lois complexes, l'émergence d'un véritable lobby pour l'accès à l'information publique. En un mot, nous avons besoin d'une société civile vraiment vive et active, au lieu du machin amorphe actuel. Les centaines d'organisations émiettées sur place n'en constituent pas une. Sinon, au moins un de nos problèmes brûlants aurait été résolu ces derniers temps. Rien n'en est.... L'école appartient à la rue, la rue appartient aux eaux usées et à la fumée saturée de toxines; la voie publique appartient aux épaves automobiles qui ont acquis une véritable
immortalité... sur la fameuse route de Koulouba et du Point G, par quelle ironie! Mais, j'ai promis de faire de la critique "immaculée" dans cet essai—donc pas de propos négatifs aujourd'hui. Disons, ce n'est que partie remise.


 


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