[mAliLink2] dunkafa - Le Mali croule sous ses céréales

From: Doumbia (doumbia@sympatico.ca)
Date: Thu Dec 18 2003 - 17:05:51 EST


CAMPAGNE AGRICOLE ABONDANTE
Le Mali croule sous ses céréales

Grâce à une bonne pluviométrie, notre pays connaît cette année une production agricole abondante. Les prévisions tablent sur 3 millions de tonnes, toutes céréales confondues. Si elle est mal gérée, cette abondance n'est pas sans problèmes pour les paysans qui sont obligés de brader leur production pour subvenir à leurs besoins.

Selon les services techniques du ministère de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche, seuls la production de riz reste insuffisante. Pour ce qui concerne les autres céréales, la production nationale couvre largement les besoins de consommation ; le pays dégage des excédents.

La loi de l'offre et de la demande jouant sur les marchés, les prix des céréales sont aujourd'hui au plus bas. Si les consommateurs, les citadins en l'occurrence se frottent les mains, les producteurs, eux, font grise mine. Car ils doivent céder leur production à des prix très bas pour subvenir à leurs besoins.

La nécessité de créer des conditions permettant aux producteurs de tirer profit du fruit de leur labeur apparaît aujourd'hui avec acuité. Les services de l'Etat, opérant dans le domaine des marchés céréaliers, oeuvrent déjà à la recherche de solution. De nombreuses réunions ont eu lieu sur le sujet.

Pas plus tard que mercredi dernier, La salle de conférence de l'Office malienne des produits agricoles OPAM) a abrité une rencontre du Comité technique de coordination de la politique de sécurité alimentaire (CTCPS). Les participants sont convenus de la mise ouvre de la stratégie définie par l'OMA.

Il a été demandé de préparer les avis d'appel d'offres pour le renouvellement des stocks de sécurité. Les collectivités sont invitées à remplir leur stock. Le 28 novembre dernier, le département chargé de la sécurité alimentaire en partenariat avec l'Observatoire du marché agricole (OMA), a organisé un atelier de réflexion sur la gestion de l'abondance au Palais des Congrès.

Au cours de cette réunion, l'OMA attirait ainsi l'attention des partenaires sur le fait que contrairement à la campagne 2002/2003, le pays sera confronté durant cette campagne de commercialisation 2003/2004 à une gestion de l'abondance. "Les prix ont déjà donné le ton. Pour preuve, les écarts entre les prix de la nouvelle campagne (2003/2004) et ceux de la campagne écoulée sont très importants", souligne l'OMA.

La recette de l'OMA
Selon l'OMA, la gestion de l'abondance réside en la recherche de demandes solvables pour le surplus commercialisable à un prix équilibré pour les producteurs.

Les experts de l'OMA font remarquer que cette gestion de l'abondance qui, a priori, semble plus facile que celle du déficit, est dans les faits très difficile.

En guise de solutions, ils proposent l'autorisation des exportations de céréales, la reconstitution du stock national de sécurité, des stocks privés et communautaires. Ils suggèrent aussi que la CMDT accélère le paiement du coton pour éviter que les paysans vendent leurs céréales pour subvenir à leurs besoins.

Les experts estiment que pour assurer et améliorer à moyen et long terme la gestion de l'abondance, l'État et ses partenaires doivent renforcer l'appui à la recherche pour des nouvelles variétés adaptées. Une politique d'accès facile aux intrants doit être mise sur pied.

L'Etat doit encourager aussi la professionnalisation des paysans pour une meilleure gestion de la production. Les organisations paysannes ont besoin d'appui, analysent les experts, pour développer des sources alternatives de revenus.

Ce qui permettra aux paysans de stocker leur production en attendant des jours meilleurs.

Le coordinateur technique, Oumar Traoré estime qu'après le bilan céréalier il se dégage un excédent de 188 000 tonnes. Pour lui, ce chiffre n'est pas trop important. Et il n'y aura pas de problème de gestion. Car les paysans peuvent stocker pendant 3 ans. Le système mis en place est très performant. Le comité a recommandé entre autres : la commercialisation interne et la sensibilisation et l'information des acteurs.

Aussi, il a été demandé d'encourager le remplissage des banques de céréales et l'exportation. Traoré pense que tout dépend du marché . Le marché est prépondérant à la matière, affirme-t-il. L'Etat aurait eu des engagements de ses partenaires techniques et financiers afin qu'ils procèdent à l'achat de l'excédent céréalier sur place au lieu d'importer pour les populations .

Le Mali a un système performant depuis la libéralisation l'Etat à formé des opérateurs économiques et garantit leurs opérations avec les banques . Cette action a permis aux banques de renforcer les capacités des opérateurs. Selon Traoré, pour le moment personne n'a fait une étude pour voir l'incidence sur le revenu du paysan.

Mais ce qui est sûr c'est relatif. Car le paysan a été acheteur pendant la période de soudure. Donc il connaît la réalité du marché. Pour illustrer sa thèse, il s'appuie sur l'exemple d'un paysan qui exploite un hectare. Par hypothèse s'il a 10 tonne pendant cette campagne alors que l'année dernière il avait 5 tonnes à cause du déficit pluviométrique, on peut dire qu'il a gagné de productivité peut être pour le même rendement.

Mais, en termes de revenu le prix de sa production a baissé à cause de l'abondance. En réalité,est-ce que son revenu a baissé ? Pour lui c'est relatif, parce que seul le marché gère et le rôle de l'Etat c'est de veiller au marché, a rappelle Oumar Traoré .

Il y a tout un programme pour gérer la situation dans notre pays. Il comprend 4 structures l'OPAM, l'OMA, le SAPE,la CADB et le CTCPS. Chacune à une mission spécifique. L'OPAM est chargée de la gestion du stock national de sécurité alimentaire. Le Système d'alerte précoce (SAPE) surveille la partie nord du Mali, l'OMA collecte et analyse et diffuse les informations céréalières. La Cellule d'appui au développement à la base (CADB) est chargée de la mise en ouvre des actions de sécurité alimentaire quant au CTCPS coordonne et finance les actions.Il prépare les réunions.

Pour Niaman Nogo Dembélé, si ces mesures sont mises en ouvre, elles auront un effet positif sur l'évolution des prix et permettront de faire face à d'éventuelles crises. Donc d'améliorer le revenu des paysans.

Abdoulaye Bô Koné du CTCPS pense qu'il y a peu de risques de voir notre pays vidé de ses céréales si les exportations sont autorisées. Dans les pays voisins, l'hivernage a été pluvieux. La production agricole est bonne. Le Burkina Faso annonce un excédent de 1 million de tonnes de céréales sèches. Pour prévenir tout risque dans notre pays, M. Koné révèle que le stock national de sécurité sera reconstitué par l'achat de 21 000 tonnes de céréales sur le marché. A la fin de ces achats, le stock national de sécurité atteindra 35 tonnes.

Birama Touré

Mohamed Wagué, commerçant
Mohamed Wagué, s'approvisionne à Ségou et Koutiala. Dans son magasin, le sac de 100 Kg de sorgho et de maïs est cédé à 6 000 F CFA. Celui du petit mil à 8 000 F CFA. Il se plaint de la mévente qui serait due à la multiplication des points de vente, à cause de l'abondance. Il évoque une autre cause de la mévente : les habitants des périphéries de Bamako ne viennent plus se ravitailler au centre. Il affirme que la quantité produite cette année suffit pour assurer la consommation des populations durant toute l'année. Il conseille à l'État de fermer les frontières.

Zoumana Diakité, commerçant
Il vend les 100 Kg de maïs à 5 750 F CFA ; le sorgho à 6 250 F CFA et le petit mil à 7 500 f CFA. Ce prix est très en deçà de celui de 2002, dit-il. L'année dernière à la même date, le maïs était vendu à 10 000 F CFA ; le sorgho à 13 000 f CFA et le riz à 19 000 F CFA. Ces prix étaient plus élevés que ceux de 2001, révèle Zoumana. Il avoue que les céréales n'ont pas de prix en brousse à cause de l'abondance. C'est à cause des frais de transport que les céréales reviennent un peu plus cher à Bamako, explique-t-il. "Dans les localités où je me ravitaille on trouve le maïs entre 35 et 40 F CFA et le petit-mil à 45 F CFA le Kg. De Benso, je peux faire venir les lundi et dimanche 4 chargements de 35 à 40 tonnes à destination de Bamako et les autres localités, révèle-t-il. Selon M. Diakité, si le prix du coton ne tombe pas très tôt, les paysans seront dans l'obligation de vendre toute leur production à vil prix.

Moustapha Nimaga, grossiste à Bozola
Confirme que les prix sont largement en dessous de ceux de 2002 à la même période. Il reçoit les céréales d'un seul fournisseur 2 fois (lundi et vendredi) par semaine 10 à 20 tonnes. Il pense que l'État doit autoriser les commerçants à exporter les céréales pour le bonheur des paysans et par solidarité avec nos voisins. Ils sont les premiers à nous venir en aide si nous avons des problèmes. Ce n'est pas normal qu'on ferme nos frontières. L'année dernière, c'est grâce nos voisins que nous avons pu prévenir la crise", rappelle-t-il. Pour lui, les autorités doivent tout mettre en ouvre pour autoriser l'exportation afin que les paysans récoltent le fruit de leur travail. "Aujourd'hui puisque nous avons un excédent, il faut qu'on exporte pour avoir un peu de prix avec nos céréales. L'exportation arrange les paysans. Parce que son produit aura un prix significatif. Si l'on laisse comme tel, les paysans vont cesser de produire l'année prochaine. Faisons de sorte que toute la production ne sorte pas. L'État doit veiller à cela pour l'intérêt supérieur du Mali."

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