[mAliLink2] SOTRAMA - la montée de l'incivisme dans notre pays

From: Doumbia (doumbia@sympatico.ca)
Date: Wed Dec 03 2003 - 09:13:43 EST


SOTRAMA - Ces dangereux "Américains"

Les "Américains" ! Il ne s'agit pas des citoyens des Etats-Unis d'Amérique. C'est plutôt le sobriquet des chauffards de Sotrama qui sèment le danger sur les routes de Bamako. Opérant généralement à la nuit tombée, ces délinquants du volant n'ont d'yeux et d'ouïe que pour la recette journalière.

"Ces chauffeurs sont sans aucun respect pour les clients", lâche un passager en train de se disputer avec le conducteur d'une Sotrama. "Ils sont mal elevés ces enfants", renchérit un vieux qui demandait vainement au chauffeur de ralentir, en lui faisant observer qu'"on ne joue pas avec des vies humaines".

Il se trouve que ce conducteur de Sotrama qui n'a aucun respect pour les clients, était un "Américain".

C'est pendant la nuit que ces chauffeurs travaillent le plus souvent. On les reconnaît suivant la vitesse excessive et leur conduite imprudente. Ces quidams sont des chauffeurs au chômage. A la nuit tombée, les chauffeurs titulaires de Sotrama, fatigués par les longues journées de courses, leur donnent les véhicules. Ils se chargent de chercher à compléter la recette journalière due aux propriétaires des véhicules, pendant que les chauffeurs titulaires se reposent.

Mais les "Américains" ne se contentent pas seulement d'assurer la recette journalière. Ce qu'ils gagnent en surplus, ils le partagent avec les chauffeurs titulaires. C'est ce qui explique la conduite imprudente à laquelle ils se livrent pour amasser le maximum d'argent. Attirés par l'appât du gain, la nuit, ils ne respectent plus rien. Les panneaux de signalisation ne sont pas respectés. Les feux tricolores sont violés.

La désapprobation des usagers
Les usagers ne cessent de se plaindre du comportement de ces chauffards qui constituent de véritables dangers publics. Les disputes sont fréquentes dans les Sotrama la nuit. Car ces conducteurs hors-la-loi n'ont d'yeux et d'ouïe que pour la recette journalière, au mépris du danger qu'ils font courir aux autres usagers de la route. Le plus souvent, s'ils font des accidents, ces irresponsables abandonnent les véhicules et s'enfuient.

Dans la nuit du jeudi 20 novembre dernier, les usagers d'une Sotrama l'ont échappé belle. Une femme excédée par l'excès de vitesse avait demandé au chauffeur de s'arrêter pour qu'elle descende afin d'emprunter un autre véhicule. Mais l'Américain a fait la sourde oreille, continuant à rouler à tombeau ouvert. Quand il a manqué d'entrer en collision avec un camion benne, tous les passagers se sont joints à la dame pour demander au chauffeur de s'arrêter mais en vain.

Il a même refusé de laisser un passager à l'arrêt indiqué. L'homme en colère a proféré des insanités à son endroit. Conscient qu'il est en infraction, il n'a pas obtempéré à coups de sifflet des policiers au niveau du 3è arrondissement. Poursuivant sa course, il est allé s'arrêter dans une rue sombre.

Mais pourquoi se comportent-ils de la sorte ?
Les "Américains" sont parfaitement conscients de la colère des usagers face à leur comportement. L'un d'entre eux tente de se justifier. "En réalité, on nous accuse de rouler en excès de vitesse alors qu'il y a des chauffeurs embauchés qui filent plus que les Américains".

Selon lui, ce ne sont pas tous les "Américains" qui se comportent mal avec les clients car ils n'ont aucun interêt dans une telle situation. Puisque le véhicule leur est remis pour qu'ils cherchent leurs prix de condiments, ils ont plus interêt à respecter les clients de qui ils reçoivent l'argent derrière lequel ils courent toute la journée.

Issa Diarra, un autre chauffeur qui fait l'Américain devant le cinéma Vox, confie : "C'est le mauvais comportement du chauffeur qui fait de lui un "Américain". Les "Américains" sont en fait des chauffeurs qui ont été virés par les patrons parce qu'ils ont mal pris soin des véhicules qui leur ont été confiés. Un chauffeur qui se fait virer, est obligé de faire l'Américain en attendant de trouver un autre emploi.

En faisant l'Américain, le chauffeur doit bien se comporter pour ne pas remettre le vehicule au titulaire avec des pannes. Si un chauffeur est remarqué comme prenant mal soin des vehicules, il est même possible que plus personne ne veuille lui donner son véhicule car il ne sert à rien de vouloir aider quelqu'un qui va te causer des ennuis par la suite".

Au niveau du syndicat des transports, on reconnaît le mauvais comportement des "Américains". Selon Abdoulaye Sidibé, syndicaliste à la Place de Djicoroni-para, des sanctions sont prises à l'encontre des chauffeurs coupables d'excès de vitesse.

Mais ces sanctions servent plus à dissuader qu'à limiter le phènomène. "Il faut savoir qu'au niveau du syndicat nous n'avons jamais cautionné l'excès de vitesse des chauffeurs même des titulaires a fortiori des "Américains". Nous déplorons aussi les fréquentes disputes entre eux et les usagers", dit-il.

Selon lui, c'est pour lutter contre ce comportement synonyme d'incivisme qu'ils ont, au niveau de leur Place, instauré une taxe contre l'excès de vitesse s'élevant à 2500 fcfa. "Si le contrevenant refuse de payer la taxe, poursuit-il, nous retirons tout simplement les bancs de son véhicule. Si malgré tout, il fait des histoires, alors il est tout simplement interdit de circuler sur notre ligne."

Les services de l'ONT accusés
"Les nombreux accidents occasionnés par les véhicules de transport en commun sont imputables aux services de l'ONT", affirme M. Sidibé. Car, explique-t-il, actuellement les services de l'ONT délivrent le permis de conduire à beaucoup de gens ne répondant pas aux exigences requises.

"Dès qu'il y a un accident, on accuse les chauffeurs de Sotrama. En réalité, ces accidents souvent inexplicables se justifient par la délivrance du permis qui s'éffectue aujourd'hui dans des conditions des plus anarchiques. Les agents des services de l'ONT se permettent de délivrer des permis à des gens qui n'ont même pas encore appris à conduire. Et l'on s'étonne qu'il y a beaucoup d'accidents", accuse-t-il.

Pour obliger les conducteurs à observer les règles de la circulation, la police nationale comporte une Compagnie de Circulation Routière (CCR). L'adjudant-chef Mamadou Cissé affirme que la police est parfaitement au courant du mauvais comportement des "Américains". Mais il reconnaît que la police est impuissante à cause de la montée de l'incivisme dans notre pays, suite aux évènements de 1991. "Avant 1991, les conducteurs étaient plus respectueux des règles de la circulation et l'on enrégistrait peu de contraventions", dit-il.

Tout en reconnaissant le danger que représentent ces chauffards pour les usagers, l'adjudant-chef Cissé ajoute : "Nous sommes aussi impuissants face à la situation car les événements de 91 ont permis aussi l'émergence des syndicats. Et il nous suffit de conduire 4 véhicules en fourrière pour que le lendemain, on se retrouve face à leurs syndicats nous accusant d'abus. Les citoyens aussi ne nous facilitent pas la tâche car il suffit que nous entreprenions de lutter contre les excès de ces chauffeurs "Américains" rarement en règle pour que les citoyens eux-mêmes se mettent en colère contre nous en nous taxant de nous livrer à des coups de sifflets intempestifs."

Va-t-on laisser les "Américains" continuer à mettre en danger les autres usagers de la route en toute impunité ? L'arrivée des bus sur les grandes artères de Bamako sera peut-être une solution.

Faute de clients, ces chauffards seront obligés de se reconvertir à un autre métier.

Oumar Diamoye

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