[malilink] Fwd: Fw: The Dogon/Dossier thématique: Les Dogons

From: OUOLOGUEM@aol.com
Date: Thu Dec 26 2002 - 14:13:31 EST


 


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----- Original Message -----
From: "Darnace TOROU" <darnace@hotmail.com>
To: <ongoiba@sympatico.ca>
Sent: Wednesday, December 25, 2002 5:41 PM
Subject: The Dogon/Dossier thématique: Les Dogons

>
> The Dogon are an ethnic group located mainly in the administrative
districts
> of Bandiagara and Douentza in Mali, West Africa.
>
> Visit the page at: http://www.crystalinks.com/dogon.html
>
> ======================
> Dossier thématique :
> Les Dogons, le pouvoir et la chefferie. Analyses à partir de quelques
> traditions orales
>
> Sous la direction de Jacky Bouju
>
> Anthropologue, Université de Provence - SHADYC
>
> Présentation générale
> L'objectif de ce numéro consacré aux figures du pouvoir chez les Dogons
est
> de s'interroger sur les diverses conceptions du pouvoir et de ses enjeux
et
> contribuer ainsi à l';élaboration d'une problématique des formes
historiques
> de l'autorité dans les sociétés de la boucle du Niger. En effet, l'analyse
> de plusieurs systèmes sociaux, politiques et religieux relevant d'aires
> culturelles contiguës les unes aux autres a mis très tôt en évidence, avec
> les notions de maîtrise rituelle, sociale ou technique et de force
> politique ou magique deux formes différentes du mode d'emprise sur les
êtres
> et sur les choses qu'on appelle le pouvoir.
>
> L'originalité des différentes contributions tient, je crois, au souci
> ethnographique de réduire les interférences sémantiques engendrées par
> l'usage de nos propres catégories descriptives que nous avons généralement
> tendance à utiliser comme catégories analytiques susceptibles de rendre
> compte de la réalité des Autres. Aussi, et afin d'être en mesure de faire
> partager toute la finesse des points de vue émiques, nous avons choisi de
> nous appuyer sur de larges extraits de différentes traditions orales [1]
> dont la polysémie de l'expression vernaculaire expose la nature
profondément
> ambiguë et dynamique des formes du pouvoir. Cependant, nous avons pris le
> parti de ne pas en livrer la transcription phonétique qui aurait
inutilement
> alourdi l'ensemble de ce numéro.
>
> En dépit de la diversité des approches et des points de vue qui, à mon
sens,
> garantit l'intérêt de l'ensemble, une impression d'unité se dégage de
> l'ensemble des textes. Celle-ci est due à l'évocation de quelques grandes
> figures historiques de l'homme de pouvoir qui illustrent fort bien un
thème
> classique de l'anthropologie politique à savoir la conjugaison entre le
pôle
> sacré et le pôle politique du pouvoir. Ces figures sont celles du
chasseur
> fondateur et du chef de clan maître de la terre (Bouju) ; celles du
chef
> de guerre conquérant , du chef politique descendant des conquérants et
du
> roi sacré (Jolly) et aussi celle du forgeron civilisateur, intercesseur,
> imprécateur et pacificateur (Martinelli). Ces personnages sont
remarquables
> à plus d'un titre et, entre autres, parce qu'ils sont parfois des
étrangers,
> souvent, des marginaux ou des exclus des sociétés qui les ont vu naître.
> Leur ambivalence tient au fait que d'un côté ils appartiennent à une
société
> qui, par la naissance, leur confère une identité en leur assignant
> appartenance à un ordre et à un rang mais d'un autre côté, de manière
> choisie ou imposée par les circonstances, ils n'y occupent pas toutes les
> positions sociales et statutaires qui devraient être les leurs. Ils se
> trouvent ainsi affranchis, en partie ou en totalité, des obligations
> sociales communes. Libérés, en quelque sorte, pour accomplir ce que les
gens
> du commun ne peuvent pas faire. Cependant, même si ce type de personnage
> exceptionnel s'oppose directement, par les valeurs de référence
> individualistes qu'il promeut, aux valeurs morales de conformisme exaltées
> par la société segmentaire, il demeure malgré tout au service de la
> reproduction sociale d'une société segmentaire qui cherche toujours à les
> soumettre à des dispositifs répressifs (Jolly, Martinelli). Le fondateur
est
> donc porteur d'une double rupture : une coupure dans l'espace par la
> migration et une césure dans la filiation ancestrale par la
segmentation.
> On retrouve cette rupture dans le temps de la fondation qui se situe
> toujours à la fin de celui du mythe et de la légende et au commencement du
> temps de l'histoire. Ces ruptures instaurent des limites symboliques dont
la
> nécessité d'entretien et de surveillance institue le pouvoir d'interdire
et
> de maudire du forgeron (Martinelli), le pouvoir d'ordalie du prêtre
> totémique (Bouju), la malédiction imprécatoire du hogon comme le
pouvoir
> de violence du chef de guerre et du conquérant (Jolly).
>
> Les données recueillies et les analyses qui les soutiennent présentent
> l'intérêt majeur de cerner assez complètement les grands thèmes qui
donnent
> du sens à la notion de pouvoir entendue comme capacité d'emprise sur les
> êtres et sur les choses. Ainsi, la diversité et la polysémie des notions
qui
> se dissimulent au creux des mots du pouvoir donne corps à une nébuleuse
de
> conceptions (autorité, force, chefferie, secret, préséance, consentement,
> alliance, domination, maîtrise, soumission, interdit, sacré, tradition,
> châtiment, etc...) qui joue un rôle déterminant dans la cohérence générale
> des représentations du pouvoir chez les Dogons. Le fait que ces
conceptions
> soient transversales aux variantes culturelles et sociétales (Martinelli,
> Jolly, Bouju) nous permet de vérifier une hypothèse déjà ancienne selon
> laquelle il existe une unité des conceptions du pouvoir dans toute les
> sociétés de la boucle de Niger.
>
> Dans un article sur la tradition orale dogon (Bouju, 1995) j'avais
souligné
> le fait que les traditions d'origine se présentaient comme un instrument
de
> fixation de l'identité et de transmission d'une certaine conception de
> l'appartenance collective grâce auquel ceux qui ont le pouvoir de dire
> modèlent la représentation que le groupe veut se donner de lui-même et à
> lui-même. Ces traditions d'origines se présentent donc aussi comme des
> récits historiques relatant les circonstances du peuplement qui témoignent
> de la dynamique des antagonismes qui travaillent le système d'autorité de
la
> chefferie ou de la société segmentaire. On y perçoit les processus de
> construction des identités collectives et des appartenances qui
s'élaborent
> à partir des identités disponibles auxquelles elles empruntent leurs
figures
> du pouvoir (politique et sacré) tout en se construisant contre elles par
un
> acte délibéré de métissage ethnique et d'agrégation rituelle (Martinelli).
> Ce sont ces métissage, ces recompositions identitaires et cette
articulation
> des pouvoirs entre fondateurs de chefferie et premiers occupants qui ont
> institué l'identité dogon.
>
> Mais les traditions locales montrent aussi comment, dans le passage d'une
> période historique à une autre marqué par des péripéties pleines d'actes
> magiques (Jolly), la maîtrise magique de l'environnement laisse
> progressivement la place à la violence des rapports de force et à la
> matérialité des intérêts (Bouju). A cet égard, les trois textes montrent à
> leur manière combien la nature de la souveraineté dépend de sa temporalité
> de référence. Ainsi, l'articulation locale des différentes strates
> historiques de pouvoir se fait par recouvrement des formes anciennes selon
> le principe de la tutelle : une chefferie s'impose localement par la
force
> en instaurant un ordre politique fondé sur la soumission des premiers
> occupants dominés. Rapidement, la tutelle impose sa nécessité comme
garantie
> de la prospérité locale (chefferie dispensatrice de richesse) et son
> autorité comme recours en cas de conflit entre les communautés dominées.
> Cependant, l'ordre du conquérant ne fait que se superposer aux principes
> d'autorité endogènes en les réorganisant, certes, mais sans jamais se
> substituer à eux (Bouju). Tant et si bien que du point de vue politique
> toutes les hiérarchies historiques tendent à se conserver et simplement se
> superposer au fil du temps (Fay, 1995).
>
> Cette conception de la souveraineté politique perçue comme un recouvrement
> de tutelles emboîtées nous permet de formuler un résultat et une
hypothèse.
> Le résultat, majeur, c'est qu'en résolvant de manière originale le
problème
> de la légitimité de la domination et la question du consentement à la
> soumission, cette conception de la souveraineté renouvelle la
problématique,
> classique en anthropologie politique, du rapport de la contrainte à
> l'autorité . Enfin, beaucoup d'indices nous permettent de formuler
> l'hypothèse que cette conception de la souveraineté politique est non
> seulement d'une grande extension régionale en Afrique de l'Ouest mais
encore
> d'une durée remarquable si l'on veut bien considérer qu'elle semble
> prévaloir encore largement aujourd'hui. Pour toutes ces raisons le
principe
> de recouvrements de tutelles emboîtées peut être considéré comme le modèle
> ouest africain de la souveraineté politique.
>
> Jacky Bouju, Marseille, Novembre 1998.
>
> Bibliographie
> Bouju, J., 1995. Tradition et identité. La tradition dogon entre
> traditionnalisme rural et néo-traditionnalisme urbain , Enquête,n spécial
> Les usages de la tradition, n2 : 95-117.
>
> Fay, Cl., 1995. La démocratie au Mali, ou le pouvoir en pâture , Cahiers
> d'Etudes africaines, 137, XXXV-1: 19-53.
>
> Notes
> [1]. Le corpus de traditions d'origines utilisé ici par les différents
> auteurs a été recueilli, par eux-mêmes, à l'occasion d'enquêtes
> ethnographiques sur le peuplement et l'identité conduites dans l'ensemble
du
> pays dogon de la boucle du Niger. Certains des textes et des matériaux
> ont fait l'objet d'une présentation lors de la table ronde intitulée Le
> pouvoir, la maîtrise et la force, représentations comparées dans les
> sociétés de la Boucle du Niger organisée en 1993 au Centre de la Vieille
> Charité à Marseille par le GDR 946 Anthropologie comparée et peuplement
> dans la Boucle du Niger .
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