[malilink] L'avenir politique au Mali

From: moussa fofana (moussaf@yahoo.com)
Date: Tue Dec 24 2002 - 08:28:57 EST


L'avenir politique au Mali: les snipers restent en embuscade
l'Essor n°14864 du 24/12/02 - 2002-12-24 08:00:00

L'unanimité qui a entouré la DPG s'imposait dans la conjoncture actuelle. Mais elle a ses limites

http://www.essor.gov.ml/jour/cgi-bin/view_article.pl?id=3424

L'instant était effectivement historique. Même si le vice-président de l'Assemblée nationale Assarid Ag Imbarcawane qui cultive le lyrisme aussi aisément qu'il pratique la provocation souriante n'a pas hésité à l'enjoliver pour la bonne cause. Si on excepte le cas extrêmement particulier de Modibo Kéita qui n'assura qu'une très brève transition à la tête du gouvernement (moins de trois mois) et dont la mission était des plus sectorielles (la bonne tenue des élections générales), c'était la première fois dans l'histoire du Mali démocratique que le parlement donnait quitus à la Déclaration de politique générale d'un Premier ministre qui non seulement n'est pas issu des rangs de la formation majoritaire, mais qui se surcroît ne se prévaut d'aucune étiquette partisane. Cette particularité vaut au vendredi 20 décembre 2002 d'être inscrit dans la grande chronique de la pratique politique africaine comme un phénomène inédit. Et dont la spécificité a très peu de chances de s'étendre!
 au reste de notre continent.

Une coloration atténuée - En revenant sur l'événement, on pourrait dire que la troisième législature prolonge d'une certaine manière - et en la portant à son point ultime - une tendance installée depuis 1992, celle de l'étiquetage politique peu prononcé des P.M. En effet, à leur entrée en fonction aucun des quatre chefs de gouvernement issus de l'Adema ne pouvait être présentés comme un poids lourd du parti de l'Abeille. Trois d'entre eux - Younoussi Touré, Abdoulaye Sékou Sow et Mandé Sidibé - ont d'ailleurs dû à un moment ou à un autre essuyer l'accusation de déficit de légitimité historique et affronter le soupçon de tiédeur dans le militantisme. Aux yeux de nombreux membres de la direction de l'Adema, les chefs de gouvernement ci-dessus cités existaient surtout par la préférence présidentielle. Cela faisait leur force (une certaine indépendance par rapport à l'appareil du parti), mais cela amenait aussi leur faiblesse (la solitude prononcée lorsque l'atmosphère sociale v!
irait à l'orage ou lorsque survenait un défi politique majeur).
Seul Ibrahim Boubacar Kéita dont la nomination n'avait pourtant pas été accueillie avec un enthousiasme débordant par les barons de l'époque se défit très vite de son handicap originel. Son style énergique qui correspondait aux attentes d'une majorité silencieuse et qui requinquait une Adema lâchée par ses alliés après la dévaluation du franc CFA le rendit rapidement invulnérable aux contestations de coulisse. Avant de le porter à la tête du parti. Ce rappel historique fait, reconnaissons qu'entre la coloration atténuée des chefs de gouvernement de la première décennie démocratique et l'absence d'étiquette de Ahmed Mohamed Ag Hamani, il y a tout de même une distinction fondamentale dont la gestion n'était pas très évidente.
A la différence de ses prédécesseurs, l'actuel P.M. n'a pas une majorité à remobiliser derrière lui pour appuyer son action. Il doit s'en constituer une. On aurait pu croire a priori l'exercice pas trop malaisé puisque le terrain avait été en principe déblayé par la formation du gouvernement de large ouverture qui renferme en son sein toutes les sensibilités politiques représentées à l'Assemblée nationale et qui devrait donc logiquement bénéficier sinon de l'adhésion, du moins de la compréhension appuyée de tous les parlementaires. Mais une telle conclusion aurait été précipitée pour deux raisons essentielles.
La première, et nous l'avons déjà évoquée, reconduit une permanence. Le Parlement s'efforce en toute occasion d'affirmer son identité, donc sa différence, voire ses divergences d'avec l'Exécutif. Cette attitude n'a jamais disparu, même lorsqu'une trop confortable hégémonie faisait ronronner entre 1997 et 2002 le groupe Adema. C'est donc par cette volonté de n'être "ni godillots, ni grouillots" (selon l'expression du président Kéita) que s'expliquent la mise en doute de la faisabilité de certains projets initiés par la DPG et l'insistance à opposer à la vision nationale un nombre conséquent de problèmes locaux.
La seconde raison relève du positionnement tactique. Ce n'est un secret pour aucun observateur averti qu'aux yeux de nombreux leaders du RPM, le parti du Tisserand n'occupe pas l'espace qu'il mérite dans les institutions de la République et notamment au gouvernement. La volonté d'aller au clash pour arracher la représentation due a été quelque peu atténuée après les élections de Sikasso et Tin Essako qui ont enregistré une remontée de l'Adema. Mais l'humeur batailleuse n'en a pas pour autant disparu et l'examen de la DPG a constitué pour l'aile la plus combative d'Espoir 2002 l'opportunité d'exprimer un certain nombre de ressentiments. Les intervenants issus de cette aile ont donc exposé deux griefs politiques essentiels.

Même relativement majoritaire - Primo, ils considéraient que l'appréciation critique de la période 1994-2000 ciblait directement le président Ibrahim B. Kéita, chef du gouvernement durant cette période et constituait donc une manifestation d'hostilité à laquelle ils se devaient de répliquer de la manière la plus acerbe. Secundo, ils remettaient en cause la validité de la lettre de cadrage du président Touré comme source d'inspiration de l'action gouvernementale et demandaient que soient prises en compte les aspirations du groupe majoritaire.
Les intervenants les plus pugnaces sont allés jusqu'à dénoncer une volonté de marginalisation, voire une attitude de mépris à l'égard de la classe politique, reléguée à la condition de "simple spectateur, au lieu d'être considérée comme un acteur à part entière" (selon la formule d'un député bamakois). La fronde aurait-elle pu prendre des formes plus accentuées que ce tir de "scuds" ? Nous ne le croyons pas. Tout d'abord, parce que le président d'Espoir 2002 s'était investi personnellement pour que les choses en restent au stade de l'escarmouche. Ensuite, parce que de toute évidence, et si on en juge par les réactions de l'Hémicycle, une écrasante majorité des parlementaires n'avait aucune prédisposition à entrer dans le jeu de l'intimidation. Élus à la base, ils savent bien à quel point l'opinion nationale est saturée des joutes politiciennes et n'aurait guère apprécié l'ouverture d'un front dur contre la DPG.
Ils n'ignorent pas non plus que les urgences de l'heure (la disette amenée par la faible pluviométrie et les retombées de la crise ivoirienne) ouvrent une ère d'incertitudes et de fragilisation pour notre pays. Le moment est donc plus au suivi vigilant des initiatives gouvernementales qu'à leur contestation. Cependant, l'adoption à l'unanimité de la DPG ne doit pas occulter certains indices sur les relations futures gouvernement-parlement. Le premier de ces indices concerne l'état d'esprit des intransigeants d'Espoir 2002 qui ont fait contre mauvaise fortune bon cœur, mais n'ont pas cédé sur l'essentiel de leur analyse. Porte-parole du groupe et ultime intervenant, Kadary Bamba insistait sur la nécessité qu'au niveau des institutions de l'État toutes les conséquences soient tirées du "fait majoritaire, même relatif". La bataille de la prééminence continuera donc et dans un certain sens sa non extinction était prévisible. La classe politique malienne est en effet en phase de !
réhabilitation et ce n'est que par l'acquisition de bastions tangibles de pouvoir que les différents protagonistes espèrent se revaloriser aux yeux aussi bien de leurs troupes que de l'opinion publique.
Le second signal presqu'aussi évident et nettement perceptible dans la marée de questions du jeudi 19 décembre concerne la volonté de l'A.N. de se mettre en position très active dans le suivi et le contrôle de l'action gouvernementale. Les instruments pour cela ne manquent dans le règlement intérieur. Pour le parlement, il s'agit surtout d'éviter d'être transformé en chambre d'enregistrement à travers une éventuelle multiplication des ordonnances. Le quarantaine de députés reconduits a dû faire la religion de leurs collègues à ce sujet. Les deux dernières années de la deuxième législature ont en effet enregistré une extension continue de domaines des lois d'habilitation, actes par lesquels le parlement autorise l'exécutif à légiférer dans l'inter session. Quitte pour lui, par la suite, d'entériner ou d'abroger les ordonnances prises.
Ajoutés l'un à l'autre, les deux signaux viennent rappeler à l'Exécutif les limites du consensus du 20 décembre. Si à un moment donné dans l'avenir, les députés ont l'impression que le gouvernement en prend à son aise ou ne marche au rythme des attentes du pays, les épines reviendront infailliblement dans les propos. Et les francs-tireurs isolés de vendredi pourraient fort bien convaincre d'autres snipers de rejoindre leur troupe. Aux coups de semonce épars succédera alors le feu roulant.

KALIFA

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