Magnanbougou: de la "sainte" colère au vandalisme
L'Essor n°14854 du 9/12/02 - 2002-12-09 08:00:00
Leur prière troublée par la musique d'un premier bar, lors de la
prière du jeudi jour de fête, les "justiciers" le saccagèrent. Puis
prirent goût à l'exercice
Des bars cassés, brûlés et rasés par les "justiciers"
© photos AMAP
La cohabitation a dégénéré entre certains religieux de Magnambougou
et les propriétaires des bars et autres chambres de passe qui
poussent comme des champignons dans ce vaste quartier populeux de la
Commune VI de Bamako. Cette commune abrite, selon des estimations que
nous n'avons pu recouper, plus d'une centaine de bars, restaurants,
chambres de passe et autres baraques de fortune installées par çi,
par là.
Le clash a eu lieu jeudi, le jour même de l'Aïd El Fitr, lorsqu'après
la prière marquant la fin du mois de carême des jeunes se sont
attaqués à huit bar-restaurants abritant des chambres de rendez-vous,
cassant et incendiant tout sur leur passage.
Nombre de témoins assurent que tout est parti du "Bar Moïse" contigu
au terrain de foot où prient, comme d'habitude, les fidèles lors des
fêtes religieuses (Tabaski et Aïd El Fitr).
Au moment où la foule était totalement plongée dans la méditation, le
disc-jockey du bar a décidé de commencer à "animer le coin", poussant
à fond des haut-parleurs crachant leurs décibels à quelques mètres
seulement des fidèles qui priaient. Ce tapage soudain a, évidemment,
perturbé la prière et, semble-t-il, troublé l'Imam dans la récitation
des sourates. Les fidèles piquèrent une vive colère et n'attendirent
que le "Salam" (fin de la prière) pour s'attaquer au malotru.
A peine la prière terminée, plus d'une centaine de jeunes
s'attaquèrent au bar Moïse . Le saccage fut total. Chaises,
fauteuils, tables, casiers de bière y passèrent et le conteneur
abritant le bar fut incendié.
Les "justiciers" n'étaient pas calmés pour autant et le groupe, que
dirigeait apparemment un sexagénaire, s'attaqua ensuite à sept autres
bars abritant des chambres de passe. Tout fut cassé, brûlé et rasé,
sous l'¦il impuissant de nombre de passants qui condamnèrent ce
débordement. Autant, expliquèrent-ils, l'attaque du "Bar-Moïse" était
parfaitement compréhensible autant le saccage des bars fermés pendant
la prière, relevait d'une violence gratuite.
Appelés pour rétablir l'ordre sur les lieux, les agents du 7è
arrondissement n'ont pu que constater les dégâts et les sapeurs
pompiers qui faisaient la navette entre les différents lieux
sinistrés s'activaient à éteindre les feux qui consumaient encore le
mobilier des bars incendiés.
Quant aux occupants des chambres de passe, essentiellement des
étrangères (Nigérianes pour la plupart), elles ont été délogées de
force par les assaillants et certaines d'entre elles auraient même
été agressées. Elles seront finalement conduites dans la cour du 7è
Arrondissement pour, nous-dit-on, leur sécurité. Les incidents ont
fait plusieurs blessés parmi les Nigérianes dont trois cas graves qui
ont été évacués sur l'hôpital Gabriel Touré.
Le commissaire principal du 7è Arrondissement Amady Soumountera qui a
regretté cette violence a assuré qu'une enquête est ouverte pour
situer les responsabilités. Il a cependant "regretté" que des
baraques" continuent à fonctionner nuit et jour durant tout le mois
de carême perturbant les prières des fidèles Hormis quelques
établissements -"Le goût", "La clinique", Le bar chinois", "Le
chat-bleu" et le Diaraba"- a-t-il expliqué, tout le reste est
constitué de baraques insalubres et sommaires, installées là avec un
récépissé de la mairie. Ces "baraques" qui poussent partout comme des
champignons sont-elles en règle, s'est interrogé le commissaire.
En attendant d'y voir clair, les propriétaires des "bars innocents"
ruminent leur chagrin et se demandent pourquoi les vandales s'en sont
pris à eux qui avaient pourtant fermé durant la prière. Ils ont
estimé leurs pertes à plus d'un million de Fcfa.
Mh TRAORE
DES BANDITS "RATISSENT" EN PLEIN JOUR
Jeudi dernier, ils étaient nombreux à assister au Rail-da, aux
environs de 17 h, à une scène sans précédent que certains
continueront à raconter pendant longtemps. Trois hommes armés de
couteaux se sont livrés pendant près d'un quart d'heure à des actes
de banditisme, dépouillant au vu et au su de tous des passants qui
vaquaient à leurs occupations ce jour de fête.
Les bandits ont choisi un moment où aucun agent des forces de l'ordre
ou de sécurité n'était visible ni aux alentours de l'Assemblée
nationale ni sur la voie longeant le monument Alqods. Les agressions
ont provoqué la panique des passants qui se sont enfuis de tous les
côtés tandis que des curieux assistaient impuissants à l'opération.
Armés de couteaux, les trois hommes ont usé d'une tactique sommaire
mais efficace. Avançant comme des passants ordinaires jusqu'au niveau
de leur victime sans méfiance, ils l'encerclaient rapidement. Pendant
que l'un d'eux le tenait sous la menace de sa lame, les autres
procédaient à une fouille systématique de la victime et lui vidaient
totalement les poches. Nombre de personnes ont ainsi été dépouillées
en pleine rue et en plein jour.
Des passants assurent avoir téléphoné à deux commissariats, en vain.
Personne n'a décroché le téléphone du premier tandis que le second a
expliqué que le seul véhicule disponible était en patrouille.
Les bandits, avec une audace peu commune ont donc poursuivi leur
"ratissage" sans être inquiétés, volant ainsi près d'une dizaine de
personne, avant de s'évaporer dans la nature.
Be Coulibaly
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