[mAliLink2] NetCulture: "Kouty, mémoire de sang" de Aida Mady Diallo!

From: Hadi Sall (burgu2000@yahoo.it)
Date: Sun Nov 09 2003 - 18:35:20 EST


Bonjour tout le monde,

<<Soudain, la blancheur du ciel matinal vira à
l'ocre. Un gros nuage de poussière envahit
l'espace et le silence qui régnait sur le
quartier fut déchiré par les vrombissements de
moteurs puissants. Pendant un court instant,
Ousmane resta debout près de sa femme, pétrifié,
le regard fixé sur l'horizon. Puis il se
ressaisit, se tourna vers sa compagne et lui
ordonna d'aller se réfugier dans la maison avec
les enfants.
Il vit alors les Land Rover s'arrêter et une
vingtaine d'hommes enturbannés, armés de
Kalachnikov et de coupe-coupe, en surgirent. Ils
se dirigèrent vers un ensemble d'habitations par
groupes de trois ou quatre, et, à l'aide de leurs
armes, défoncèrent les portes.
Les Tall se précipitèrent chez eux et, peu après,
ils entendirent les Touareg qui forçaient la
porte. Tout se passa très vite. Ousmane se saisit
de son couteau tandis que Fathy faisait sortir
Kouty par la fenêtre de la chambre.
- Va vite te cacher dans le grenier à mil, ma
chérie, dit-elle, en poussant sa fille à
l'extérieur... >>

C'est par ces lignes que commence ce très joli
roman de Aida Mady Diallo, "Kouthy, mémoire de
sang" parut chez Gallimard en 2002 (165 pages).

L'intrigue de ce livre s'ouvre sur un meurtre
doublé d'une immolation et se développe ensuite
selon une chronologie de vendetta programmée.

L'histoire se déroule le 6 mars 1984 à Gao, au
nord du Mali. Le village est attaqué par une
bande de pillards touaregs. La famille de Kouty,
une fillette de 10 ans, est massacrée sous ses
yeux par quatre hommes : le corps chétif de son
petit frère est fracassé contre un mur, son père
est égorgé pendant qu'il assiste au viol de sa
femme, la mère de Kouty se suicide peu après en
s'immolant par le feu...
"Kouty, mémoire de sang" est le récit de la
longue vangeance de cette fillette. C'est aussi
une partie de l'histoire de l'Afrique qui vit
longtemps le peuple noir capturé et vendu comme
esclave par les seigneurs du désert.

Après une enfance en France, une adolescence au
Mali et des études supérieures à Tashkent, en
Ouzbékistan où elle a bénéficié d'une bourse
d'étude, Aida Mady Diallo habite actuellement
[2003] à Bamako. Agro-économiste de formation,
elle gagne sa vie en travaillant pour le
fournisseur de services internet qui lui a
proposé un emploi lors de son retour au Mali.

En repondant aux questions de Jean-Marie Volet
(Université de Western Australia, Perth), voici
sa pensée sur le roman:

Jean-Marie Volet:
De fil en aiguille, vous avez donc fini par
écrire un roman qui a été publié chez Gallimard
dans sa série noire. S'agit-il vraiment d'un
"polar"? Vous y racontez l'histoire d'une jeune
femme déterminée à venger sa famille exterminée
par une bande de pillards. Face à l'inertie de la
justice, l'héroïne décide d'éliminer elle-même
les responsables de cet acte odieux, ce qui
laisse le lecteur avec une attitude ambiguë
vis-à-vis du personnage. Doit-il admirer sa
ténacité, sa force de caractère et sa loyauté
envers les siens ou bien doit-il condamner sans
hésiter ses actes assassins?

Aida Mady Diallo:
Qu'est-ce qu'un vrai polar? Faut-il qu'il y ait
absolument une enquête policière ? Un ex-flic
devenu détective ? Dans ce cas, ce livre n'est
pas vraiment un polar et aurait pu être publié
dans une autre catégorie. Cela dit, je pense que
j'ai eu beaucoup de chance qu'il soit paru dans
la série noire. J'avoue que j'aime assez cette
ambiguïté dont vous parlez. Cette fille est une
meurtrière, il n'y a aucun doute la-dessus. Or,
il semble que le lecteur hésite à la condamner,
il a de la compassion pour elle, comprenant et
souvent même soutenant ses actes. Cela ne fait-il
pas de lui, le complice d'un assassin? nous
rappelant par là la limite ténue entre le Bien et
le Mal... J'ai l'impression que la vengeance est
une chose que nos sociétés acceptent quand les
causes qui l'ont engendrée, selon elles, la
justifient...

Jean-Marie Volet:
Dans un monde dominé par les injustices, les
raisons de se venger sont nombreuses et la
littérature permet ce que la loi interdit. Est-ce
pour cela que vous disiez à un journaliste: "Ce
qui m'intéresse, ce sont les scènes de meurtre.
Si on me laissait faire, j'en mettrais une à
chaque chapitre"?

Aida Mady Diallo:
J'ai rencontré cet homme, fort gentil d'ailleurs,
sur le stand de Gallimard lors du festival
"Étonnants voyageurs de Saint-Malo" au mois de
mai. Je ne sais plus exactement quelle était la
question mais je lui expliquai que dans
l'écriture, j'aimais essentiellement les scènes
de meurtre. Je commençai donc par elles, puis
j'articulai mon histoire tout autour de façon à
les rendre cohérentes en veillant à ce qu'elles
soient bien intégrées à l'histoire. En fait, les
personnages viennent s'adapter aux crimes si je
puis m'exprimer ainsi. Je disais également que
personne ne serait intéressé par une série de
scènes de meurtre mises bout à bout... Et puis le
contexte historique de l'époque où je rédigeais
Kouty, se prêtait à rendre crédible une histoire
de vengeance.

Jean-Marie Volet:
Quel contexte ?

Aida Mady Diallo:
Je fais allusion à ce qu'il a été convenu
d'appeler la "rébellion" dans le nord du Mali au
début des années 1990. Contexte dans lequel je
place l'assassinat de la famille de l'héroïne.
Même chose pour les événements qui se sont
déroulés à Bamako en mars 1991. Kouty en profite
pour solder quelque compte.

...................

Le jeudi 13/11/03 je vous presenterai dans
NetCulture-Musique le tout nouveau CD de Oumou
Sangaré qui fait son grand retour après sept ans
d'absence!

hadi ousmane
milano, italia

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