Re: [mAliLink2] Rencontre Diaspora de France

From: Mohomodou Houssouba (mhousso@freesurf.ch)
Date: Thu Nov 06 2003 - 06:22:36 EST


Bienvenue aux nouvelles voix--Mr Diakite pour son témoignage, MM Baby
& Ag Ayoya et Mme Aw pour tempérer un peu le ton. Tout cela est utile
et montre la diversité des expériences et des personnalités même au
niveau de la gestion de l'Aéroport. Donc, tout à fait normal, cette
diversité doit nous pousser à plus de rigueur pour être persasifs. Ce
sont les récits qui contiennent l'information dont on a besoin pour
faire une description optimale de la situation et demander à ce que
des mesures urgentes soient prises.

Pour la petite histoire et pour illustrer cette variété des
expériences dans un autre cadre, j'ai fait deux demandes de visa pour
la France à Bamako. En 1987, comme l'a suggéré l'attachée culturelle
américaine, j'ai passé au guichet du Consulat de France et expliqué
que j'ai une bourse d'été aux Etats Unis et je voudrais faire une
courte visite de Paris au retour. J'ai un visa de transit sur le
champ et c'était gratuit. (Je ne l'aurais pas utilisé de toutes les
façons.) Mais, en 1987, je devrais payer pour un visa de sortie du
Mali! Puis en 2002, le Consulat de France était sous siège permanent
et ils ont instauré un système de rendez-vous avec deux numéros de
téléphone cellulaire. Les deux sont vite éternellement occupés et
apparemment (me dirait la journaliste de la BBC qui faisait une
enquête), le nombre de demandeurs de visa même n'était pas la cause.
Avant de partir pour Gao pour des funérailles, j'ai jeté une
bouteille au fleuve. J'ai envoyé une lettre par la poste en donnant
mes coordonnées, mon plan de voyage et la date de mon retour de Gao.
A mon retour, j'étais surpris de trouver un message du Consulat sur
mon répondeur me disant de me présenter au guichet avec un numéro de
traitement spécial. De retour de Gao le weekend, j'ai pu faire le
visa en 2 jours et prendre le vol dans la semaine. C'est exceptionnel
mais une heureuse expérience parmi tous les récits d'horreur autour
de ce Consulat de France.

Le problème-et c'est ironique-était de recupérer mon passeport à 11h
30. J'étais l'un des 3 derniers vers 13h parce qu'une bande de jeunes
hommes ("coxeurs") encombrent la ligne pour les quelques gens qui
doivent retirer leur passeport. J'ai refusé de donner ma convocation
à quelqu'un et j'ai pu suivre le jeu, avec la complicité des gardes
maliens, qui force les réticents à jeter l'éponge. Un homme devant
moi a fait cela. Je me suis dit qu'il y a autant d'ingéniosité à
encombrer et boucher tout mouvement parce que ces jeunes n'ont rien
de mieux à faire. L'oisiveté qui détourne l'imagination et la
créativité de cette façon, c'est dommage.

La dernière fois, j'ai promis de parler de l'arrivée. Kola Djigandé a
parlé des chariots. Le problème n'est pas qu'il y a des "porteurs" et
ils sont utiles parce que les gens viennent dans toutes les
conditions physiques et de degrés de (sur)charge. Mais encore faut-il
qu'une valisette auto-roulante soit chariotée seulement pour... Pour
éviter la douane. Quelqu'un m'a proposé cela. Si je ne prends pas la
valise, tu passeras par la douane. Mais, je dois passer par la douane
de toutes les façons, je réponds. Il m'a rendu suspect. A la sortie
je trouve une femme qui me laisse passer après la question d'usage,
qu'est-ce que j'amène, quelque chose à déclarer. Je poussais
carréement à la sortie lorsqu'un jeune douanier se précipite pour me
signaler de revenir. Il a été alerté par le porteur dont je me suis
défait par suspicion. Du moins fondée parce qu'il fait double ménage.
Le douanier me demande ce que j'ai dans la valise. Je lui ai dit mes
habits, des livres, et du matériels pour une conférence (MSAS 2002).
Voici ce que je n'aime pas: (1) il me dit que ça ne peut pas être
seulement des habits et des livres. Je lui ai répondu qu'on ne va
discuter cela. Il peut ouvrir et fouiller. Je suis rentré
immédiatement pour ouvrir la valise. Il a fouillé jusqu'au fond. Des
habits et des livres d'art (pour l'école de mon village), des
affiches, etc.) (2) Puis, il me dit de dégager la valise qui ne
l'intéresse plus parce qu'il y a une autre valise qui vient. C'est à
dire, sans avoir refermé la valise dont le contenu était à terre. Là
je lui ai dit que sa façon de travailler et surtout de me parler ne
me plaît pas. Je n'ai rien contre le contrôle mais je n'aime pas
l'arbitraire et le manque de courtoisie élémentaire. Si on a autorité
de contrôler, on contrôle. On ne commence pas par faire de l'autre un
menteur. Et puis je ne bouge pas sans avoir arrangé et refermé ma
valise. Donc, c'est le manque de professionnalisme infantilisant qui
est choquant. On se trouve entrain de parler comme un adolescent
révolté. Et le mélange des rôles qui empêche la transparence. Des
ouvriers aux agents assermentés, beaucoup assument des rôles doubles
et contradictoires. Porteurs et pointeurs, douaniers et transitaires
privés en douane...

Un dernier point. Ce n'est pas toujours de mauvaise intention. Une
fois, j'étais du bon côté; mon cousin travaillait une année dans la
sécurité à l'aéroport. Au départ d'un vol, son ami qui était de
service était venu me chercher pour m'amener à l'entrée. Non, lui
dis-je, ce n'était pas nécessaire, je fais volontiers la queue qui
passe vite d'ailleurs. Mais, il a insisté et j'ai décliné tout de
même. Il était vraiment déçu. La queue a duré moins de 10 minutes,
tout le monde se retrouve en salle d'attente. Courir pour quoi? Mais,
surtout, quand on s'est retrouvé une autre fois, je lui ai expliqué
que ce serait superbe si j'étais malade ou handicapé. Mais, j'étais
en bonne santé, je marche volontiers des kilomètres par jour. Il me
rendrait un grand service s'il aidait une personne malade ou
handicapée qu'ils ne connaissait pas. Ce n'est pas le haut moralisme
mais un minimum de civilité dans le service public: qu'on soit servi
express selon ses besoins non pas pour qui on est.

J'espère que dans le processus d'engager nos autorités sur le
problème, nous arriverons à énoncer de tels principes positifs qui
aideront les fonctionnaires de l'aéorport mêmes à mieux apprécier
leur travail, d'en être fiers. Aujourd'hui, la mauvaise réputation de
certains services est telle que les gens qui y opèrent savent bien
que leur travail crée un mal-vivre auquel ils n'échapperont pas.
Voilà que nous parlons de la diaspora, mais beaucoup de maliens
résidents utilisent plus fréquemment l'aéroport de Sénou que nous. Je
serais surpris qu'ils soient à l'abri des problèmes énumérés. On a
beau être indulgent et compréhensif, l'arrivée de l'aéroport de Sénou
offre un spectacle de pagaille généralisée que les citoyens d'un pays
qui se promet comme exemplaire--et l'est dans certains domaines--ne
doivent pas accepter avec résignation. Ou même la résignation pudique
des étrangers qui trouve que c'est pas mal pour un pays africain. En
toute franchise, nous savons déjà le sens de genre de minimalisme.
Mais peut être, pas son coût, qui est énorme pour notre économie. A
moins qu'on ne parie sur le secteur du tourisme (à la mode à présent)
sans les maliens de l'extérieur. Ce qui serait quelque "chose".

Bonne journée
Mohomodou

___________________________________________________
mAliLink: Forum de discussion Malien
http://www.malilink.net



Copyright (c) mAliLink