VIVRE AVEC LE VIH/SIDA : Les confidences d’un duo
séropositif
BAMAKO - L’un est plutôt timoré, l’autre expansif. Le
premier est plus jeune, 29 ans et le second est riche
de 53 années d’expérience. Seulement, ils ont quelque
chose en commun : tous les deux vivent avec le VIH et
travaillent au Centre de soins, d’animation et de
conseils (CESAC). Respectivement assistant de
pharmacie et aide-secrétaire, Ali Djerma et Mamadou
Barry s’investissent par ailleurs dans l’animation.
Aujourd’hui, ils acceptent de dévoiler leur
séropositivité et de faire des témoignages à visage
découvert.
« Je suis la première Personne vivant avec le VIH au
Mali à faire un témoignage public à la télévision »,
lance tout de go Mamadou Barry. C’était en 1994. Mais
le courage et la sérénité de ce malade qui s’exprime
sans rancœur ont été mal vécus par sa famille, en
particulier par sa sœur qui lui a déclaré quelques
jours après, lors d’une cérémonie familiale : « Tu
nous as déçus ! ». Poursuivant, Mamadou parle encore
de l’énorme choc qu’il a ressenti. « Je suis resté
isolé pendant deux ans. J’ai eu d’énormes difficultés
parce que les gens me fuyaient. Même mes parents
m’avaient abandonné. J’étais stressé. C’est ainsi que
j’étais obligé de louer une chambre. »,
s’indigne-t-il. Cependant, cette culpabilisation dont
il a fait l’objet, n’a pas eu une influence négative
sur le cours de sa vie. L’homme fait face à sa
nouvelle situation avec bravoure. Il avance avec
fierté : « Je suis un homme de foi ! ». Sinon comment
expliquer le passage de son évanouissement quand il a
appris sa maladie à l’espoir qu’il nourrit aujourd’hui
de vivre, de combattre le VIH-SIDA. Appartenant au
groupe « O » dit universel, Mamadou Barry est donneur
de sang assidu depuis les années 80. Quatorze ans plus
tard, on lui interdit d’aider à sauver des vies
humaines. Son sang, cette fois-ci analysé, présente
des signes sérologiques. Malgré tout, il s’est montré
serein. « J’ai eu l’espoir de vivre, de combattre la
maladie », martèle-t-il. C’est ainsi qu’il caresse le
rêve de se marier. Et ce vœu, il le réalise en 1996
avec une femme qui, bien que consciente de sa
séropositivité, accepte de partager sa vie. Comme si
tous les dieux de Bamako sont avec eux, Mamadou Barry
et sa femme séronégative peuvent se targuer d’avoir eu
trois enfants non infectés. Par rapport au risque
d’infection que court son épouse, il déclare que
l’essentiel pour lui est de partager avec elle la
bonne information. A ce propos, il n’a pas manqué de
louer le courage de sa compagne qu’il trouve
moralement et psychologiquement plus forte que lui.
Tout comme Mamadou Barry, Ali Djerma qui a découvert
sa séropositivité en 1998 au CESAC, s’est marié
l’année dernière. Il se refuse par ailleurs à donner
des informations sur le statut sérologique de sa femme
qui a pourtant subi le test de dépistage. N’empêche,
il nourrit l’espoir d’avoir un enfant, bien qu’il soit
atteint du virus VIH type 1, plus virulent que le type
2 dont Mamadou Barry est porteur. C’est ce qui
explique le fait qu’il soit sous traitement
antirétroviral (ARV), contrairement à son collègue à
qui les médecins traitant ont reconnu un bon système
immunitaire. Boucher de profession, Mamadou était
obligé de se reconvertir pour ne plus utiliser les
objets tranchants nécessaires à la réalisation de son
activité. C’est ainsi qu’après deux années de chômage,
il est employé au CESAC où on l’assiste et le
soutient. Versés tous deux dans la sensibilisation, le
duo séropositif ne cesse d’encourager les populations
à connaître leur statut sérologique. « Tout le monde
est concerné », estime Ali Djerma qui soutient qu’on
peut vivre avec le VIH sans forcément en mourir plus
tôt. À ce propos, Mamadou Barry martèle vouloir vivre
longtemps. « Je veux même avoir cent ans »,
affirme-t-il dans une belle tranche de rigolade. Pour
l’heure, les deux employés du CESAC ont un seul
souhait : que le traitement à vie soit garanti à tous
ceux qui en ont besoin. S’estimant comme un séropotif
comme les autres, Ali Djerma pense que la prise en
charge globale lui est assurée par le CESAC.
Aujourd’hui, alors qu’il regarde l’avenir avec
optimisme, Ali déclare qu’il ne pense plus à
l’infection. « C’était avant, mais plus maintenant »,
confie-t-il. Pour qu’il continue à voir les choses
ainsi, l’aide pharmacien du CESAC pense que les médias
ont un rôle important à jouer à ce niveau : « il faut
qu’ils nous aident à donner la bonne information aux
uns et aux autres ». Dans les stratégies de
sensibilisation, Mamadou Barry a écrit un livre
intitulé « Le Bouquin noir ». Le premier numéro paru
en l’an 2000 fut tiré à 80 000 exemplaires. Dans cet
ouvrage, l’auteur aborde des thèmes relatifs entre
autres, à la contamination, à la prévention. En tout
cas, c’est une manière pour lui d’inviter les jeunes à
prendre conscience de la pandémie du SIDA pour un
changement de comportements.
Maïmouna GUEYE (Envoyée spéciale)
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