[malilink] L'Express-Emirs du Sahel

From: Mohomodou Houssouba (mhousso@freesurf.ch)
Date: Fri Nov 29 2002 - 07:55:41 EST


Les inquiétants émirs du Sahel (L'Express 28/11/2002)

La région du Sahel risque-t-elle, après le Maghreb, d'être à son tour
utilisée comme rampe de lancement par des groupes armés intégristes
pour frapper les intérêts occidentaux? Telle est désormais la hantise
des Etats-Unis dans la gigantesque traque qu'ils mènent contre
Al-Qaeda depuis le 11 septembre 2001. Citant un responsable du
département américain de la Défense, la chaîne de radio Voice of
America vient ainsi d'affirmer que quatre pays de la région, le
Tchad, le Niger, le Mali et la Mauritanie, étaient plus
particulièrement exposés à des «pénétrations terroristes» en raison
de leurs frontières communes avec des Etats comme l'Algérie, la Libye
ou le Soudan. Auparavant, la même radio, citant des sources de
renseignement, avait révélé la présence d'un mystérieux groupe armé
identifié seulement par les initiales - MBM - du nom de son chef,
Mokhtar Belmokhtar. Cet Algérien, qui serait directement lié au
réseau terroriste d'Oussama ben Laden, écume le désert entre le Sud
algérien, le nord du Mali et une partie de la Mauritanie. Belmokhtar,
plus connu sous le nom de «Belaouer» (le Borgne) à cause d'une
cicatrice à l'¦il, a combattu en Afghanistan. Accusé de trafic
d'armes pour le compte de différents groupes islamistes, il est
depuis plus d'un an dans le collimateur de l'armée algérienne.
Notamment à cause de ses relations avec le Groupe salafiste pour la
prédication et le combat (GSPC), de Hassan Hattab, considéré comme
proche d'Oussama ben Laden.

Au Mali, l'un des cinq pays les plus pauvres de la planète, qui
pratique à 90% la religion musulmane, le danger d'une contagion
islamiste est minimisé par les autorités. Ce qui ne les a pas
empêchées de procéder, deux mois après les attentats du 11 septembre,
à l'arrestation d'une dizaine de prêcheurs «pakistanais» dont
certains détenaient des faux papiers. L'armée malienne se serait
livrée à une opération militaire «au moins» contre les membres
terroristes présumés du MBM. Cette opération n'a pas permis
d'effectuer des arrestations ni de démanteler le groupe, mais un
«message très clair» aurait ainsi été adressé à Belmokhtar pour lui
indiquer que la traque se poursuivait de l'autre côté de la
frontière. Echaudées par ce qu'elles considèrent comme du «laxisme»
de la part des autorités maliennes, des sources algériennes
dénoncent, pour leur part, le no man's land qui s'est instauré à
certains endroits de la frontière entre les deux pays. La localité
d'El-Khalil, située à 140 kilomètres au nord de Tessalit, serait
ainsi devenue, selon un observateur algérien, une véritable «zone
franche» ouverte à toutes sortes de trafics d'armes, de véhicules
volés ou de clandestins candidats à l'émigration vers l'Europe du
fait de l'absence de l'armée malienne.

«C'est la pauvreté qui fait le lit du terrorisme»

Ancien fief de la rébellion touareg au Mali, l'Adrar des Iforas, qui
déborde sur l'Algérie, constituerait un repaire idéal pour les
terroristes, toujours selon les mêmes sources. La ville de Kidal
serait ainsi devenue un haut lieu du prosélytisme des «barbus» de la
secte Dawa, soupçonnés de préparer le lit d'un islam plus radical, ce
que contestent ses habitants. «Certes, nous ouvrons nos émissions
tous les jours avec la lecture du Coran. Mais cela ne signifie pas
que nous succombions aux sirènes de l'intégrisme religieux»,
s'insurge Moussa Ag Itjimit, présentateur à la radio locale Tizias.
Désertée par la plupart des ONG travaillant dans le développement en
milieu nomade, en raison de nombreux incidents ayant accru le
sentiment d'insécurité, la ville de Kidal essaie aujourd'hui de
lutter contre sa mauvaise image. A Abeibara, situé à une centaine de
kilomètres de Kidal, les militaires en poste, parmi lesquels de
nombreux méharistes, confirment que le calme règne dans la région,
notamment depuis qu'Ibrahim Bahanga, ex-chef rebelle touareg, auteur
de plusieurs attaques après la «fin officielle» de la rébellion, a
accepté de déposer les armes, il y a un an. Entre-temps, le Mali et
le Niger ont dû affirmer leur volonté de combattre l'insécurité qui
sévit sur leur frontière commune et qui aurait fait 13 morts au cours
des quatre premiers mois de l'année «à la suite de razzias et
d'enlèvements de personnes par des bandes armées se déplaçant à dos
de chameau», selon un communiqué officiel.

Dans un entretien à la télévision d'Etat, le Premier ministre
nigérien, Hama Amadou, avait déclaré que la frontière avec le Mali
«reste la plus affectée» par ce type de banditisme. A Agadez, autre
haut lieu de la rébellion touareg, mais au Niger, cette fois-ci, le
haut-commissaire, Hassane Maïga, est encore plus catégorique: «De
nombreux prédicateurs étrangers ont essayé de s'implanter chez nous.
Nous les remercions sitôt leur arrivée et les raccompagnons sans
délai à la frontière. J'en ai moi-même raccompagné une vingtaine
depuis que j'ai pris mes fonctions», explique-t-il.

Craignant que cette région ne se transforme en un nouveau sanctuaire
pouvant servir de base arrière à des fugitifs d'Al-Qaeda, le
Pentagone a décidé d'aider les gouvernements des Etats concernés à
renforcer les contrôles à leurs frontières et à coopérer entre eux.
Les discussions sont en cours pour savoir si un dispositif en hommes
et matériel semblable à celui qui est actuellement déployé dans la
Corne de l'Afrique peut être également prévu pour l'Afrique de
l'Ouest. Mais, d'ores et déjà, l'Algérie, en proie depuis de
nombreuses années aux attaques du GIA et d'autres groupes armés
dissidents, dont le GSPC de Hassan Hattab, est appelée à constituer
l'une des «chevilles ouvrières» de ce processus de surveillance
régionale. Un document salafiste aurait été trouvé dans les bagages
de Mohamed Atta, le chef du commando du premier avion qui s'est
écrasé contre le World Trade Center, accréditant la thèse d'une
collusion entre la nébuleuse de Hassan Hattab et celle d'Al-Qaeda.
L'indigence des Etats et la porosité des frontières impliquent,
toutefois, une action à long terme dans ces régions reculées du
Sahara, le plus souvent sinistrées par la sécheresse et les conflits,
et dont les populations, en majorité nomades, manquent cruellement
d'écoles, de centres de santé ou de points d'eau. Washington semble
avoir compris l'urgence de la situation, puisqu'il a débloqué de
nombreux programmes d'aide. Ainsi l'USAid, l'agence américaine de
coopération et d'aide au développement, vient-elle de signer quatre
protocoles d'un montant record de 250 milliards de francs CFA (380
000 ¤) avec le Mali. «C'est la pauvreté qui fait le lit du
terrorisme», reconnaissait récemment le président de la Banque
mondiale. C'est apparemment le cas aujourd'hui en Afrique.
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M. Houssouba
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