Je ne pouvais me garder de partager cette histoire.
Pour les hommes de droit, je ne vois nullement ou il y
a un contrat entre l'homme et le marabout. Sur quelle
base le marabout a ete convoque a la police? pourquoi
l'instigateur du crime qui est le plaintif n'a pas ete
arrete sur le coup? je veux vraiment comprendre.
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(L'Essor 12/11/2002)
Arnaqué par un ami et chassé de chez lui par un
huissier, le vieux B.T. décide de se venger. En
éliminant physiquement ses offenseurs. Et il se fait
rouler une seconde fois
Les différents commissariats de Bamako enregistrent,
depuis quelques mois déjà, une pluie de plaintes
provenant de propriétaires de maisons bâties ou de
titres fonciers. Des plaintes relatives à des abus de
confiance dont ces derniers sont victimes.
Que se passe -t- il ? X sait que Y possède un titre
foncier ou le permis d'occuper d'un terrain. X se rend
alors chez Y pour lui proposer une location du
document pour une année ou au moins un semestre. Le
propriétaire généralement dans la nécessité -il a été
choisi pour cela- négocie la location de son document
compte-tenu de l'usage qui en sera fait par X. Quelque
soit l'usage, un accord finit toujours par être trouvé
et l'emprunteur retourne chez lui avec le précieux
document qu'il met en garantie auprès d'une banque ou
d'une institution de financement qui lui accorde un
prêt substantiel.
Et comme tout le monde le sait, nombre de nos
compatriotes sont des hommes d'affaires dont le bureau
se trouve dans l'attaché-case ou la serviette qu'ils
tiennent à main. Les cachets, les entêtes, les bons de
commandes, les chéquiers, les bordereaux de réception
et d'envoi tiennent dans un chemise dont notre "homme
d'affaire" ne se sépare sous aucun prétexte.
X donc muni de son document emprunte de l'argent et
disparaît dans la nature. Y quant à lui attend
jusqu'au jour où un huissier se présente pour
l'expulser de chez lui sans le moindre ménagement.
Le phénomène est devenu si courant en Commune II qu'il
nourrit aujourd'hui tout un monde comprenant des
démarcheurs, des dénicheurs de propriétaires de
documents. Et beaucoup de pères de famille se savent
aujourd'hui en sursis dans leur propre maison.
B.T. a été victime de la situation que nous venons de
décrire un peu plus haut. L'année dernière, il reçut
la visite d'une de ses relations qui lui fit une
proposition très alléchante pour la location du permis
d'occuper de sa maison en Commune II. La négociation
ne fut pas longue. Ils tombèrent d'accord sur le prix
et la durée du contrat. B.T. tira du fond d'une malle
le précieux document qu'il mit entre les mains de sa
connaissance.
Le temps s'écoula sans que B.T. n'ait des nouvelles de
son ami commerçant. Un matin, alors que le vieux B.T.
prenait tranquillement son petit déjeuner, entouré de
ses femmes, ses enfants et ses petits-fils, un
huissier se présenta avec des documents dûment signés
par le président d'un tribunal de Bamako pour
l'expulser de chez lui. B.T. comme on pouvait s'y
attendre tenta de résister et de faire comprendre à
l'auxiliaire de justice qu'il était bel et bien chez
lui. Mais l'huissier muni du mandat d'expulsion, au
nom d'une banque de la place, raisonna le vieux avant
de le mettre dehors avec ses bagages et son petit
monde.
La pilule fut, on l'imagine, amère à avaler pour le
vieux qui jura sur son honneur et sur la tête de tous
ses ancêtres qu'il allait faire payer très cher celui
qui avait abusé de sa confiance et l'huissier qui
l'avait mis dehors en plein jour devant ses voisins.
B.T. alla voir un marabout renommée pour l'efficacité
de ses "travaux". Il expliqua à Karamoko, le marabout,
l'objet de sa visite et ne lui demanda rien de moins
que d'éliminer physiquement les deux personnes qui
l'avaient couvert d'infamie, c'est-à-dire l'huissier
et le faux ami qui l'avait mis dans le pétrin.
Après explication, Karamoko indiqua que le travail
était possible mais exigeait quelques sacrifices. Il
fallait un parfum très rare et une somme de 150.000
Fcfa. B.T. qui voulait coûte que coûte la peau de ceux
par qui son malheur était arrivé, mit la main à la
poche et versa la somme demandée. Il promit au
marabout, si le parfum demandé existait à Bamako ou
quelque part dans le monde, qu'il reviendrait avec
dans une ou deux semaines. Karamoko l'assura que tout
ne dépendait que de lui et les deux hommes convinrent
d'un rendez-vous une dizaine de jours plus tard.
Comme convenu, Bourama revint dans les délais avec le
fameux parfum qu'il remit à l'homme de sciences
occultes. Le marabout lui conseilla alors d'aller
dormir tranquille et de suivre les avis et communiqués
de l'ORTM. Il lui promit que dans les sept jours qui
suivaient, il entendrait les avis de décès de
l'huissier et du commerçant.
Depuis ce jour, B.T. devint un auditeur assidu des
annonces radio de la chaîne nationale. Il était si
branché sur la rubrique nécrologique qu'il chassait
tout le monde dès que la radio nationale lançait le
générique des avis et communiqués et cela durant des
semaines.
La "bonne" nouvelle se faisant attendre, B.T. se
décida la semaine dernière à aller réclamer son argent
et le parfum au marabout. Karamoko lui assura avoir
effectivement fait le travail, mais lui avoua aussi
qu'il soupçonnait les djinns de ne pas vouloir tuer
les deux individus. B.T. vit rouge et exigea du
marabout le remboursement immédiat des frais engagés.
Ce dernier refusa net selon le principe que tout ce
qui est remis à un marabout ne peut lui être repris
parce que le "travail" n'a pas marché.
Las de discuter avec cet entêté de marabout, B.T. fila
droit au commissariat du IVè arrondissement pour y
porter plainte pour escroquerie contre Karamoko.
Convoqué par le commissaire Fassiry, Karamoko tenta de
noyer le poisson : "la réponse de la Kalwa n'est pas
encore tombée, Bourama doit attendre". Une réponse qui
ni B.T., ni l'officier de police n'étaient disposés à
entendre. Le marabout devait incessamment être déféré
hier devant le parquet de la commune V. Trouvera-t-il
un autre argument pour échapper à la prison ? Rien
n'est moins sûr. B.T. lui même ne devrait pas être
très rassuré car il a commandité deux meurtres. La
justice pourrait le lui rappeler.
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