[mAliLink2] Re: lettre du mali 12 (recadrer le débat )

From: Mohomodou Houssouba (mhousso@freesurf.ch)
Date: Wed Oct 15 2003 - 17:49:02 EDT


Pour recadrer la discussion:

Mr.Sylla
Merci pour votre commentaire qui touche à beaucoup d'aspects de la
crise ivoirienne, sur lesquels il y a une grande diversité
d'opinions. Mais une opinion n'est pas un argument, qui exige une
rigueur dans la restitution de tout ce qu'on peut dénommer les
"faits".

D'autre part, je me méfie d'un argumentaire à l'emporte pièce qui
suggère des conclusions qui brouillent les pistes dans cette analyse
de la volonté de souveraineté. D'ailleurs on risque d'aligner deux
discussions parallèles sans vraiment établir un lien solide entre
elles.

Ce qui me fait répéter la question centrale de mon essai: Avons-nous
un désir réel d'émancipation, d'autonomie, de souveraineté? Ou nous
contentons nous de blâmer les autres indéfiniment au point de créer
des phantasmes autour de leurs capacités de nuisance?

La politique étrangère française, un empire du mal? Je connais pas
mal de français qui diront oui. Je n'encourage pas mes amis français,
américains, suisses ou autres qui sont si prompts à culpabiliser leur
gouvernement. Je ne veux pas qu'on continue à nous infantiliser avec
des bonnes déclarations. Je pense que je dois/nous devons garder
l'initiative en posant les questions qui vexent mais nous
permettront, à la longue, de mieux appréhender nos problèmes.

(1) Encore la France: voici un pays que j'ai visité une fois dans ma
vie, en 2001, pour 4 jours. Je connais mal sa politique étrangère ou
intérieure. C'est plutôt mon père qui a grandi dans une colonie
française et quand les colons sont partis, je ne l'ai pas entendu
dire grand'chose d'eux. Il a continué à cultiver ses champs jusqu'à
la retraite... Et pourtant il a souffert du régime colonial et de
ses corvées. Moi, je suis né en pleine indépendance. J'ai grandi
dans un état en faillite, le Mali de Moussa Traoré. Quand même, un
pays qui a offert l'opportunité à ce fils de paysan de faire des
études supérieures. Il y a des pays riches où cela relève du rêve
improbable. La couleur de la peau, la région, l'appartenance
ethnique, d'innombrables facteurs peuvent barrer la route à quelqu'un
comme moi. Mais, c'est vrai aussi que j'appréciérais davantage cette
opportunité quand j'étais arrivé aux Etats Unis pour continuer mes
études. D'abord parce que je devrais trimer pour payer mes études;
puis, parce que le fait que j'avais pu faire le chemin jusqu'à ce
stade étonnait les collègues américains et même mes étudiants.
Certains dont les familles ont été des fermiers dans le Midwest
depuis plus de 100 ans et eux sont les premiers à aller à
l'université. C'est aussi là une valeur du voyage, savoir se regarder
à travers les yeux des autres, sans intérioriser ce regard qui peut
nous renvoyer une image déformée (déformante) de nous et des autres.

(2) Donc, je n'ai pas l'intention de disputer des opinions, surtout
celles passionnelles entre la France et ses colonisés. Parce
qu'elles se discutent mal: si la France représente l'empire du mal
pour vous, pour moi c'est quelque chose d'autre, plutôt flou. Je ne
sais pas si je peux voir une puissance extérieure autrement sans en
faire le centre de gravité de mon monde. L'omniscient et
l'omnipotent qui contrôle et tire tous les fils de notre destin.
N'est-ce pas déprimant? Mais, en réalité, une grande puissance ne
sait pas toutes les ramifications de ses interventions quelles que
soient les intentions des décideurs. Qu'il s'agisse de la France, la
Russie, les Etats Unis... Donc, notre premier effort d'émancipation
doit être l'abandon de cet état de siège mental de mal-décolonisé que
les intellectuels africains projettent, étalent si piteusement. Il ne
réflète en rien un véritable éveil intellectuel ou critique. Plutôt
le contraire, une chienlit morale qui extravertit et paralyse. Que
sait le français "moyen" du Mali. C'est ce que je me dis--comment
projeter autant sur ceux qui ignorent notre existence même?

(3) Quand nous aurons accompli notre devoir à domicile, nous aurons
plus de crédibilité à harceler les dirigeants français ou autres
adversaires réels ou virtuels. C'est une vérité que nous prenons
souvent mal; cela n'empêche que nous devons faire avec. Même en
donnant le mauvais oeil aux moralistes hautains qui nous disent de
nous repentir pour l'esclavage, la colonisation et les génocides.
Ceux-là même qui n'ont jamais rien repenti.

Les coréens explosent de colère au moindre propos d'un dirigeant ou
intellectuel japonais qui semble équivoquer sur le mal absolu de la
colonisation japonaise de la péninsule coréenne. Ils le font même
s'ils n'ont aucune dépendance "alimentaire" envers le Japon.

(4) Je ne dispute pas la pertinence de vos remarques sur la réaction
de nos administration et diplomatie--inertie ou lenteur... on a le
choix des termes. Mais je ne pense pas juste de dire que le
gouvernement malien a croisé les bras. Je ne sais pas pourquoi nous
avons autant de peine à faire la correlation entre moyens et action.
On parle plutôt de volonté et action. Qui veut peut, qui veut fait.
Mais dans la réalité, ce n'est jamais comme ça. Je remarque aussi le
retour d'une affirmation erronée sur la force de la réaction
burkinabè. Un point déjà discuté en septembre-octobre 2002, vous
pouvez voir les archives. Le Mali, le Burkina, le Niger ont été
confrontés au même problème de façon différente. Ce n'est pas une
défense particulière de la réaction des autorités maliennes que je
présente, plutôt la question que j'ai posée: qu'aurions-nous pu faire
autrement? La crise continue et toute solution définitive ne viendra
pas trop tard. Je dis aussi "nous" parce que c'est dangereux pour
une société de projeter toutes ses inerties et défaillances sur le
gouvernant. Là aussi c'est ma socialisation anglo-saxonne qui
m'influence le plus. Je connais des amis appartenant à une petite
église (pacifiste, missionnaire mais non évangélique) qui trouvent
toujours les moyens de rassembler des petites sommes, outils,
semences et effets scolaires en 1 ou 2 semaines chaque fois qu'il y a
une catastrophe naturelle ou militaire quelque part dans le monde.
C'est émerveillant de suivre un sermont qui dénonce une guerre et
puis toute l'activité qui commence avec acharnement pour envoyer de
l'aide aux sinistrés. C'était le cas de la première Guerre du Golfe.
Et un coordinateur pédiatre qui a fini par rester en Irak et filmer
la lente décomposition des infrastructures civiles (installations de
traitement des déchets et eaux usées, matériel d'hôpital, pavillons
de pédiatrie, pharmacies) sous l'embargo prolongé contre le régime de
Saddam Hussein. J'ai assisté à de telles projections entre 1995 et
1997 une fois par an et je me suis dit qu'un jour "nous" tous
(membres de l'ONU) paieront.

Si nous nous affranchissons de notre conditionnement de spectateur
des malheurs qui tombent sur nous ou nos ressortissants en Côte
d'Ivoire, ailleurs nous pourrons retrouver l'initiative et le sens de
l'action. Qu'importe si on ne décolère pas sur les injustices passées
ou présentes. Mais, si on s'arrête là, c'est comme écrit un critique
américain: "As the French would say, 'A chacun selon son dégoût'."

Mohomodou Houssouba

---
ATTENTION AU LANGAGE!
Il ne faut pas faire l'amalgame entre "le Mali" et "Les dirigeants
Politico-Administratifs du Mali". Ces derniers ne reflètent pas forcément la
pensée générale des Maliens.

----- Original Message ----- From: "Mahamoudou Sylla" <mahamoudousylla@msn.com> To: <mhousso@freesurf.ch>; <malilink@malilink.net> Sent: Wednesday, October 15, 2003 10:32 AM Subject: Re: [mAliLink2] lettre du mali 12

> Concernant le dossier ivoirien, quelques faits ciniques ont renforce ma > conviction que la France est le pire choix pour les "Africains Noirs" et > que, contrairement au Burkina-Faso, le Mali se fiche pas mal du sort de ses > ressortissants a l'etranger. > Les massacres de Daloa survenus apres la reprise de cette ville par les > forces gouvernementales et sous la supervision des legionnaires francais > qui, apres avoir evacue tout etranger ayant la peau plus claire que celle > des Bambara, Maraka, Bobo, Mossi, Haoussa, Wolof, pour ne citer que ceux-ci, > ont purement et simplement laisser les "escadronts de la mort" sauvagement > et lachement exterminer ces pauvres compatriotes non armes et > impitoyablement abandonnes a leur propre sort. Ce fait m'a doublement frappe > quand j'ai entendu sur les ondes de RFI le commandant en chef des forces > francaises en RCI affirmer ceux-ci: "nous ne sommes pas la pour proteger ces > gens la, notre but est de proteger les ressortissants francais en 1er lieu, > puis les ressortissants de la communaute internationale". Ce fut sa reaction > quand le chef des insurges lui avait demande de proteger la population > civile. A part le Burkina-Faso, je n'ai observe aucune reaction de la part > des autres Etats concernes, comme si le seul lien entre ses pays et leurs > ressortissants expatries etait le suivant: > "TRAVAILLER DURE, ACCEPTER TOUTES LES SOUFFRANCES ET INJUSTICES, ET SURTOUT > N'OUBLIEZ PAS DE NOUS ENVOYER REGULIEREMENT DE L'ARGENT" !!! > Je suis etouffe par le fait que le Mali, tant tributaire des capitaux de ses > ressortissants expatries, accepte lachement que ces filles et ses fils soit > lachement extermines, expropries et mal-traites sans que personne ne soit > puni pour ces actes barbares et laches. > > Je rappelle tout simplement que meme les mauritaniens, libanais et autres > personnes ayant la peau plus claire avaient etees protegees par les > legionnaires francais et que les autres etranges qualifies de "negres" > etaient abandonnes a leur triste sort. > C'est ca une des plus importantes verites cachees par la machine > propagandiste de l'empire du mal, et ignores par bon nombre d'Africains. > Le jour ou les noirs decouvriront la face reelle de ces racistes hypocrites, > les yeux s'ouvriront et la paix reviendra. > > Good day for All ! > ----------------------------------------- > M.S. > Montréal > -----------------------------------------

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