ATTENTION AU LANGAGE!
Il ne faut pas faire l'amalgame entre "le Mali" et "Les dirigeants
Politico-Administratifs du Mali". Ces derniers ne reflètent pas forcément la
pensée générale des Maliens.
----- Original Message -----
From: "Mahamoudou Sylla" <mahamoudousylla@msn.com>
To: <mhousso@freesurf.ch>; <malilink@malilink.net>
Sent: Wednesday, October 15, 2003 10:32 AM
Subject: Re: [mAliLink2] lettre du mali 12
> Concernant le dossier ivoirien, quelques faits ciniques ont renforce ma
> conviction que la France est le pire choix pour les "Africains Noirs" et
> que, contrairement au Burkina-Faso, le Mali se fiche pas mal du sort de
ses
> ressortissants a l'etranger.
> Les massacres de Daloa survenus apres la reprise de cette ville par les
> forces gouvernementales et sous la supervision des legionnaires francais
> qui, apres avoir evacue tout etranger ayant la peau plus claire que celle
> des Bambara, Maraka, Bobo, Mossi, Haoussa, Wolof, pour ne citer que
ceux-ci,
> ont purement et simplement laisser les "escadronts de la mort" sauvagement
> et lachement exterminer ces pauvres compatriotes non armes et
> impitoyablement abandonnes a leur propre sort. Ce fait m'a doublement
frappe
> quand j'ai entendu sur les ondes de RFI le commandant en chef des forces
> francaises en RCI affirmer ceux-ci: "nous ne sommes pas la pour proteger
ces
> gens la, notre but est de proteger les ressortissants francais en 1er
lieu,
> puis les ressortissants de la communaute internationale". Ce fut sa
reaction
> quand le chef des insurges lui avait demande de proteger la population
> civile. A part le Burkina-Faso, je n'ai observe aucune reaction de la part
> des autres Etats concernes, comme si le seul lien entre ses pays et leurs
> ressortissants expatries etait le suivant:
> "TRAVAILLER DURE, ACCEPTER TOUTES LES SOUFFRANCES ET INJUSTICES, ET
SURTOUT
> N'OUBLIEZ PAS DE NOUS ENVOYER REGULIEREMENT DE L'ARGENT" !!!
> Je suis etouffe par le fait que le Mali, tant tributaire des capitaux de
ses
> ressortissants expatries, accepte lachement que ces filles et ses fils
soit
> lachement extermines, expropries et mal-traites sans que personne ne soit
> puni pour ces actes barbares et laches.
>
> Je rappelle tout simplement que meme les mauritaniens, libanais et autres
> personnes ayant la peau plus claire avaient etees protegees par les
> legionnaires francais et que les autres etranges qualifies de "negres"
> etaient abandonnes a leur triste sort.
> C'est ca une des plus importantes verites cachees par la machine
> propagandiste de l'empire du mal, et ignores par bon nombre d'Africains.
> Le jour ou les noirs decouvriront la face reelle de ces racistes
hypocrites,
> les yeux s'ouvriront et la paix reviendra.
>
> Good day for All !
> -----------------------------------------
> M.S.
> Montréal
> -----------------------------------------
>
> >From: Mohomodou Houssouba <mhousso@freesurf.ch>
> >To: malilink@malilink.net
> >Subject: [mAliLink2] lettre du mali 12
> >Date: Wed, 15 Oct 2003 11:23:56 +0200
> >
> >Lettre du Mali 12
> >22 septembre 2003 +
> >
> >L'ambition de souveraineté (1)
> >
> >A gué dans la lagune d'Ebrié
> >
> >L'an dernier, j'ai sous-titré mon essai dans cette rubrique
> >coïncidant avec le 22 septembre, « Parce que le temps nous est
> >compté... ». Bien que j'aie rédigé la plupart du texte avant le 19
> >septembre 2002, j'ai fini par consacrer une grande partie à
> >l'éruption qui semble déjà marquer le point culminant de la violente
> >escalade qui a devancé Mr. Laurent Gbagbo à la présidence de la Côte
> >d'Ivoire. De coups bas meurtriers au sommet qui ont déjà défiguré la
> >société ivoirienne. Tout comme aujourd'hui, j'étais alors conscient
> >de mon ignorance du pays et de sa culture, malgré de multiples liens
> >personnels. C'est pour cela que je me suis retenu de commenter la
> >crise qui dure une année même si j'apprécie ses conséquences pour
> >toute notre sous-région. Qui est plus que, disons, « 200 millions de
> >consommateurs », comme je lis dans une déclaration officielle du
> >ministère malien des finances, qui présente curieusement la CEDEAO en
> >ces termes. Rien d'autre: apparemment des histoires, cultures et
> >langues communes, etc., on en a marre. Place au héros de notre
> >temps, le consommateur, même si l'« homo cedeaocus » reste
> >intraitable. C'est à dire, insolvable. Par la faute de je ne sais
> >qui ou quoi, il est souvent sans le sou, passe sa vie à se démerder
> >pour survivre. Et voilà qu'annonce le nouvel évangile, « Lui aussi
> >consommera ». C'est peut être possible : le magique cube Jumbo ou
> >Maggi, Fanta, le pain blanc, les sardines et corned-beef, la
> >Nivaquine ou le DDT.
> >
> >Alors, puisqu'il faut reparler de la Côte d'Ivoire, une pénible
> >affaire dans notre ère de l'histoire immédiate, quand les événements
> >se font remarquer et font comme ça se doit-en disparaissant après
> >nous avoir distraits à la télé. Comme cette injonction «
> >confidentielle » qu'une source française attribue à Jacques Chirac,
> >dans les heures suivant le coup de force à Abidjan du 18 au 19 juin
> >2002. Laurent Gbagbo était chez le président du conseil national
> >italien mais, malgré la bienveillance de son hôte, « Il Cavaliere »
> >(Silvio Berlusconi), c'était la voix du président français, l'homme
> >dont la brigade marine stationne à Port Bouët, qui comptait en de
> >telles circonstances. Lui qui avait sagement lâché à Mr. Gbagbo, «
> >Fous le camp ». Une expression diplomatique, ironiquement aimable,
> >pour dire à un allié pour lequel on ne déborde pas d'enthousiasme, «
> >Rentre chez toi, nous ferons notre mieux pour te sauver ton escabeau
> >». Oui, c'est délicat les questions de siège, comme je lis dans de
> >confidences plus récentes parues dans Jeune Afrique/l'Intelligent :
> >«... il a su faire admettre aux uns et autres qu'il n'existe pas en
> >Côte d'Ivoire, pas plus qu'ailleurs, de 'banc présidentiel', mais un
> >seul fauteuil, trop étroit pour 'deux paires de fesses '» (Francis
> >Kpatindé, JAI 14-20.9.2003). Dans le même passage, on apprend que
> >Chirac a « sournoisement » suggéré l'exil en France, Angleterre, ou
> >Afrique du Sud. Qui croire finalement de ces sources confidentielles ?
> >
> >L'histoire prend racine pourtant, l'histoire s'enlise, au lieu de se
> >ranger, après une année de ni paix ni guerre. Mais, peut-on s'y
> >résigner, c'est comme ça que l'histoire s'est créée ailleurs aussi.
> >Cynisme ou clairvoyance d'époque. Comme écrit Carl Sandburg dans son
> >poème « Grass »: Tuez, amassez, ensevelissez, enterrez, je suis
> >l'herbe, je pousserai, je couvrirai le tout. N'est-ce pas là le
> >génie humain que nous murmure la petite herbe ? L'oubli. Même
> >l'autre jour, une tête savante parlait du génocide rwandais comme le
> >deuxième génocide du 20ème siècle après l'holocauste des juifs
> >européens en territoire nazi.
> >
> >J'ai noté certaines observations inspirées par les bourdes
> >diplomatiques du régime de Gbagbo et du Front populaire ivoirien
> >(FPI) avec le Burkina l'année dernière, courant août 2002, surtout
> >suite à l'assassinat de Balla Kallé à Ouagadougou. Cet ancien
> >ministre ivoirien était exilé à Ouagadougou, avec d'autres opposants
> >ou mécontents (beaucoup de militaires comme l'ex-chef rebelle Ibrahim
> >Coulibaly « IB » qui fait la une ces jours-ci depuis Paris).
> >Apparemment, la victime a été exécutée par une visiteuse infiltrée de
> >Côte d'Ivoire selon un scénario de fiction policière, avec une
> >multitude de traces brouillées entre le crime passionnel et la
> >vendetta politique. En même temps, l'existence d'anciens putschistes
> >ivoiriens à Ouagadougou n'a cessé d'envenimer les relations
> >ivoiro-burkinabè.
> >
> >La tension qui grimpait entre les deux pays était pourtant couverte
> >dans Jeune Afrique et les autres publications nationales et
> >panafricaines, les indications menaçantes suffisamment signalées pour
> >que s'il existait un mécanisme de prévention de conflit dans notre
> >sous-région, l'alarme aurait été tirée en juillet et août 2002. Il
> >n'empêcherait peut être pas la crise du 19 septembre, mais aurait pu
> >amener les médias de guerre à plus de retenue. Car, le « paysage
> >médiatique » ivoirien a longtemps été (et continue d'être) divisé
> >selon les affiliations partisanes. La compétition polarisée est
> >particulièrement agressive. En tête, Notre Voie, Le National du FPI,
> >Le Patriote du RDR (Rassemblement des républicains), le Nouveau
> >Réveil du PDCI-RDA (Parti démocratique de CI-Rassemblement
> >démocratique africain)... Et l'après-19 septembre 2002 ne serait que
> >la suite dans les idées (ou les hurlements).
> >
> >Agence France Presse, 24.9.2002 : Le quotidien Notre Voie du parti au
> >pouvoir, le Front Populaire Ivoirien (FPI), a accusé nommément pour
> >la première fois mardi, le président burkinabè, Blaise Compaoré
> >d'être derrière les évènements (sic) en cours: « Attaque extérieure
> >contre la Côte d'Ivoire: Blaise Compaoré démasqué ».
> >
> >Dans la foulée, un présentateur à la télévision publique (RTI)
> >recommanderait l'expulsion de 500 mille citoyens « du pays des hommes
> >intègres » comme prophylaxie, une sorte de solution finale aux
> >problèmes récurrents d'instabilité et d'insécurité en Côte d'Ivoire.
> >En même temps, les antennes des radios et télévisions internationales
> >sont sabotées, créant de facto un monopole audiovisuel au service du
> >parti-état au pouvoir. L'argument de la panne technique est devenu
> >très vite trop transparent pour être crédible. Un journal de
> >l'opposition comme Le Patriote gagne le sous-terrain, puis arrête sa
> >publication. Quand l'intimidation chasse le débat des colonnes de
> >journaux ou de l'arène du parlement, la rue prend de la voix. Depuis
> >les tranchées, les titres de presse relaient les aboiements
> >partisans-républicains, légitimistes, patriotiques nord ou sud,
> >autochtones...
> >
> >Mais, la virulence ennuie ou se dissout de temps en temps. Pour qui
> >la lie régulièrement, la presse ivoirienne peut surprendre par la
> >qualité des réflexions sobres, parfois pointues, sur la société et
> >son destin dans tous ses paradoxes. Ce genre d'exercice coïncide
> >souvent avec les rares moments d'accalmie, qui poussent à
> >l'introspection, les périodes de suspens comme le premier mois de
> >négociations à Lomé et plus tard durant la réunion d'Accra pour
> >sauver les accords de Marcoussis. C'est à dire, lorsque les ivoiriens
> >se querellent sans se sentir lâchés, sans perdre l'espoir de se
> >regrouper après un contentieux familial. Il arrive aux plumes les
> >plus virulentes à se reconvertir temporairement à la méditation
> >collective, dans un lyrisme par moments surréaliste. La grande
> >fierté des ivoiriens d'appartenir à un pays doté de ressources
> >relativement importantes, au passé récent d'entente cordiale entre
> >les différentes composantes de la société, de la réputation
> >d'hospitalité et de tolérance longtemps associée au pays de
> >Houphouët, de l'admiration que le succès économique et la prospérité
> >ivoirienne suscitent dans la sous-région, à l'extérieur. Ce n'est
> >pas par hasard que des millions de personnes qui aspirent à une vie
> >meilleure sont venus s'y installer, travailler, et supporter des
> >familles.
> >
> >Un autre ton, plus sombre, colore les propos aux moments de tension
> >renouvelée. L'introspection cède la place à l'extraversion, aux
> >innombrables ennemis tapis dans l'ombre, motivés par l'appétit de
> >s'accaparer les richesses ivoiriennes, guidés par des puissances
> >prédatrices qui misent sur une main-basse sur le pays pour contrôler
> >effectivement la sous-région. Sans oublier les relais locaux, les «
> >états voyous » qui arment et financent les « terroristes ». La trame
> >du complot international dirigé contre le pays continue, avec des
> >combinaisons inépuisables de villains : France ou Libye, Burkina ou
> >Mali, Libéria ou Ghana, etc. Voici un conflit dans lequel d'un mois à
> >l'autre, le pays dénoncé par les proches du pouvoir et félicité par
> >les insurgés peut se trouver sous le feu des ex-rebelles... La France
> >est bien sûr le pays le plus exposé à ces revirements brusques
> >d'opinion en provenance des camps en conflit.
> >
> >J'ai lu dans la rubrique « Vous et Nous » de Jeune
> >Afrique/l'Intelligent (13-18 avril 2003, p.108) ces deux emails
> >instructifs:
> >
> >@ La Côte d'Ivoire peut s'en sortir :
> >Avec Laurent Gbagbo, les Ivoiriens ont compris que la Côte d'Ivoire
> >est un pays riche. Il peut donc prendre son destin en main et s'en
> >sortir. Et ça, les pays comme la France en ont peur. C'est pourquoi
> >le président Jacques Chirac veut étouffer Laurent Gbagbo avant qu'il
> >ne fasse le premier pas dans ce sens. Mais les Ivoiriens savent que
> >leur avenir se trouve entre leurs propres mains. Paul Tayoro et
> >Robert Krassault, Abidjan, Côte d'Ivoire.
> >
> >@ La voie de la sagesse :
> >
> >Je suis ivoirien-américain. J'ai comme l'impression que la France a
> >trahi les accords de coopération qu'elle a signés avec la Côte
> >d'Ivoire. Au moment où l'on cherche à combattre le terrorisme, la
> >France ne fait rien pour montrer la voie de la sagesse... Il n'est
> >pas trop tard pour que la France se rachète une conduite pour calmer
> >la situation. Azzie, Vermont, Etats Unis.
> >
> >Laissons de côté le fourre-tout du moment, la lutte contre le
> >terrorisme. Personnellement, le premier courrier m'a intrigué parce
> >que j'ai lu les brûlots signés par les messieurs Paul D. Tayoro et
> >Robert Krassault dans Notre Voie. Ce ne sont pas des confessions du
> >Dalaï Lama ; plutôt des opus de combat. Des canons à mots prêts à
> >l'assaut contre les ennemis du régime. Dire qu'en RCI comme au Mali,
> >comme partout ailleurs, les apparences peuvent tromper. J'ai vu un
> >chroniqueur averti comme Philippe Leymarie (Radio France
> >Internationale) écrire dans le Monde Diplomatique que les
> >manifestations de rue à Abidjan après les accords de Marcoussis en
> >début d'année reflètent l'émergence d'une identité nationale en Côte
> >d'Ivoire. J'en suis sceptique. Le discours public reste plutôt
> >fragmentaire et partisan. Quelle figure politique peut prétendre
> >commander l'attention de toutes les composantes de la société
> >ivoirienne à présent ? Qui des acteurs en première ligne ne parle
> >pas, en fait, comme un chef de faction ou de quartier plutôt qu'un
> >homme d'état aspirant à conduire tous les ivoiriens sur la même voie
> >? Qui ne sait pas que l'organe du parti au pouvoir, Notre Voie, est
> >la voix d'une faction politique qui anime, roule, combat pour son
> >parti ? De même que Le Patriote ou le Nouveau Réveil et même les
> >journaux dits privés qui tournent dans la confusion selon les aléas
> >politiques. Parmi les ivoiriens de la diaspora que je rencontre, le
> >mot « Ivoirien » même divise davantage qu'il ne rapproche. Qui et
> >qu'est-ce qui est ivoirien reste à trancher.
> >
> >Le degré de responsabilité d'un état pour un autre peut être débattu
> >à l'infini et d'autres ivoiriens (côté rebelle) ont dit que la
> >conduite correcte de la France aurait été de ne rien faire. Entre
> >cynisme et pragmatisme-c'est quand même les forces françaises qui ont
> >créé le statu quo des 13 derniers mois-il ne manque pas de place pour
> >la rage ponctuelle d'un camp victimisé. Si les ivoiriens avaient
> >accepté de se parler en confiance et de mieux gérer leurs affaires
> >publiques, ils n'en seraient pas à cette grave perte de souveraineté
> >; même si celle-ci est en général une peau de chagrin dans notre
> >région. Plus important, à mon avis, la fixation sur les desseins
> >cachés de la France est le premier signe décourageant des messages
> >pourtant souverainistes. Si je les décode bien, cela revient à
> >l'argument infantile que si un pays s'effrondre c'est parce qu'une
> >puissance étrangère complote pour le maintenir à genoux. Que peut-on
> >attendre d'une classe intellectuelle si brouillon, paresseuse et
> >dénuée de toute vision ? Ou le moindre sens de responsabilité ?
> >Comment, en toute conscience, peut-on parler de la Côte d'Ivoire
> >comme un pays riche !
> >
> >Combien de temps les intellectuels africains continueront à raconter
> >de telles bêtises ? Voici que malgré tout son « miracle »
> >économique, la RCI ne produit pas plus de 700 $US de richesse par
> >tête d'habitant par an. C'est encore plus de deux fois le revenu
> >annuel par tête au Mali, mais ce n'est guère une comparaison
> >réconfortante.
> >
> >La question de la richesse et la pauvreté que j'aime toujours aborder
> >durant la semaine du 22 septembre, pour une raison qui ne m'est pas
> >très claire, doit nous pousser à réfléchir plus en profondeur sur le
> >sens que nous donnons aux chiffres, pourcentages, statistiques et
> >diagrammes variés qui sont produits pour nous donner une certaine
> >idée de notre situation économique et de nos motifs de satisfaction
> >ou de désarroi face à nos conditions.
> >
> >Car j'aimerais bien croire que l'heure d'une pensée souveraine a
> >sonné en Côte d'Ivoire, pour qu'elle soit véritablement le pays phare
> >qui inspirera les autres de la sous-région. Regrettablement, les
> >démagogues ivoiriens vantent encore la même absurdité qui nous a tous
> >gardés dans la dépendance économique 43 ans après l'apparition des «
> >soleils des indépendances »*. Une misérable exploitation de
> >cueillette en perpétuelle dépression qui n'est qu'une légère
> >amélioration sur les débuts de nos ancêtres primates. Qu'il s'agisse
> >du coton malien ou du cacao ivoirien dont les fèves quittent les
> >entrepôts de San Pedro sans passer par un dispositif moderne... En
> >janvier 2003, au Musée des Cultures de Bâle, j'ai été choqué de voir
> >le processus de fabrication du chocolat de la plantation de cacao
> >dans le sud-ouest ivoirien à la fabrique suisse. C'est pour cela je
> >pense que nous devons pousser la barre plus haut, en ayant le courage
> >de forcer la réflexion pour sortir du vide d'idées, pour oser créer
> >des valeurs et connaissances originales et conformes au vécu de notre
> >quotidien. Il est frappant et si aberrant que les mots et actes
> >ressortent plutôt de la gesticulation symbolique que d'une volonté de
> >sacrifice dirigée vers l'action et la réforme de l'économie sociale
> >pour qu'un maximum de personnes jouissent des « richesses » encore
> >abstraites. Pour qu'elles prennent part à la vie civile, deviennent
> >des citoyens, non pas des squatters accidentels d'un
> >territoire-autochtones ou allogènes-comme on dit en Côte d'Ivoire.
> >
> >Dans nos pays, parler de « petite bourgeoisie » n'est point un
> >discours daté. Il s'agit bien d'une race d'intellectuels rapaces,
> >élites opportunistes et parasites, au service de politiques
> >prédatrices, des moulins de propagande pseudo-patriotique, sans
> >conviction et surtout sans la moindre disposition à l'auto-sacrifice.
> >Pour eux, l'action publique est une geste infinie. La clameur des
> >jeunes manifestants patriotes ivoiriens avec leurs banderoles sommant
> >les français de partir et les américains (et israéliens) de venir m'a
> >frappé comme une blessure psychologique collective, une marque de
> >désorientation durable et péniblement humiliante. Un spectacle
> >désespérant : au lieu de chasser le maître pour de bon, on le
> >remplace. Ils n'ont aucune idée de ce qui leur est arrivé et de ce
> >qui adviendra. Tout est impulsion instantanée comme disent Click &
> >Clack, « unencumbered by the thought process». Sans être encombré par
> >la pensée critique. Au sommet, un jour, Laurent Gbagbo remercie la
> >France, le lendemain Simone Gbagbo la fustige et affirme que la Côte
> >d'Ivoire trouvera un support militaire plus fiable en Israël, le
> >surlendemain les propagandistes du même parti dénoncent le complot
> >franco-juif orchestré par la femme d'Alassane Dramane Ouattara, en
> >râlant de l'antisémitisme le plus obscène.
> >
> >Avant de reprendre cet essai la prochaine fois, avec le Mali et la
> >France, j'aimerai faire une précision qui me paraît cruciale vu les
> >messages que j'ai reçus suivant ma critique de l'argumentation que le
> >président George W. Bush et premier ministre Anthony Blair ont
> >utilisée pour déclencher la guerre en Irak. Je l'ai écrite le
> >lendemain du début de la guerre à un moment où, comme je notais bien,
> >même les publications les plus violemment opposées au processus
> >marqueraient le pas le lendemain avec une couverture médusée de la
> >petite guerre spatiale du désert. Je n'ai pas cherché à provoquer.
> >Seulement que j'ai trouvé aberrant que les bien-pensants peuvent
> >aller d'une cause à son contraire sans problème. Je me suis dit que
> >c'est très grave pour une citoyenneté d'être si instruite dans des
> >technicalités et si mal-éduquée, c'est à dire, dépourvue de pensée
> >critique, de capacités de discernement. Donc, pour moi, nous devons
> >être exigeants envers nous-mêmes et nos dirigeants avant de dénoncer
> >les dirigeants d'autres pays. J'avais écrit au sujet de l'Irak que
> >j'aurais eu beaucoup de difficulté à opposer une guerre pour libérer
> >le peuple irakien à priori, mais j'ai tous les problèmes du monde à
> >le faire après les faits (une guerre pour désarmer un régime, une
> >tout autre guerre). Je n'avais pas inventé ce rationnel car je
> >l'aurais rencontré bientôt dans des analyses qui m'ont conforté très
> >tôt dans le fait que le tout monde n'est pas dupe et que l'espoir est
> >permis. Sans esprit critique citoyenne, il n'y a pas d'espoir.
> >
> >Le dernier point à réitérer vient de ma conclusion du 22 septembre
> >2002, à propos du « dérèglement verbal » de la presse patriotique en
> >Côte d'Ivoire, surtout cette vaine répétition que les maux de leur
> >pays viennent de l'envie que sa richesse suscite, surtout dans le
> >voisinage :
> >
> >« Beaucoup de maliens sont peinés par la triste descente du pays où
> >vivent deux millions de leurs compatriotes. On espère que ce pays
> >trouve le leadership qui ralliera les ivoiriens pour réparer la
> >fracture sociale et mobiliser le peuple pour un défi constructif. Ce
> >n'est pas le moment de donner des leçons, mais de compatir et
> >affirmer leur aspiration à vivre en paix. Mais, je crois qu'il est
> >aussi important de répéter un autre point que j'ai soulevé en réponse
> >à certaines déclarations publiques peu amènes. Quelle que soit son
> >importance, la Côte d'Ivoire est un pays comme les autres dans la
> >sous-région. Certes, son déclin diminue la vitalité et la stabilité
> >de cet espace communautaire mais lui sera-t-il fatal ? Je ne crois
> >pas à « l'effet de domino, » de « socle de stabilité, » dont on nous
> >assomme si souvent. Chaque pays a ses points faibles et ses points
> >d'ancrage. A propos, dans le passé récent, certains dirigeants
> >ivoiriens ont parlé tout haut de manière si désinvolte qu'il semble
> >que la stabilité de leur pays est plutôt dans l'intérêt de ses
> >voisins. Comme si ceux-là mourront de faim si la Côte d'Ivoire
> >s'arrache les entrailles. Ce complexe de pays « important » continue
> >de hanter la rhétorique de ses politiciens et reflète une
> >appréciation médiocre de la culture de survivance chez ces voisins,
> >plus pauvres, mais également davantage aguerris par les sinistres et
> >les privations cycliques à la débrouillardise ». (Lettre du Mali, 22
> >septembre 2002)
> >
> >L'évolution de la crise ivoirienne aurait pu invalider cette remarque
> >au bout d'une année. Elle ne l'a pas encore fait parce que rien ne
> >semble changer dans la culture très personnalisée de la politique,
> >l'alignement indéfectible des organes de presse aux positions de
> >leurs partis et la disparition de tout espace public autonome
> >conséquent pour donner voix à la société civile, à l'affirmation de
> >valeurs citoyennes non-partisanes. L'aire civile-citoyenne ainsi
> >soufflée, la population terrorisée par les camps armés au pouvoir, la
> >rue disponible seulement pour la défiance orchestrée. Une société si
> >facilement écartelée car privée de mythe d'identité positive, mais
> >confuse devant les illusions identitaires qui se tiraillent, une
> >société qui doit urgemment puiser dans ses réverses d'humanité pour
> >se ressaisir. Là, une toute autre race de citoyens, intellectuels,
> >artistes, activistes de la culture et du savoir-vivre en commun doit
> >se manifester sans délai.
> >
> >Mohomodou Houssouba
> >Bâle, Suisse
> >
> >+ Mise à jour 12 octobre 2003.
> >* Ahmadou Kourouma, Soleils des Indépendances.
> >
> >___________________________________________________
> >mAliLink: Forum de discussion Malien
> >http://www.malilink.net
>
> _________________________________________________________________
> Trouvez l'âme soeur sur MSN Rencontres http://g.msn.fr/FR1000/9551
>
> ___________________________________________________
> mAliLink: Forum de discussion Malien
> http://www.malilink.net
___________________________________________________
mAliLink: Forum de discussion Malien
http://www.malilink.net
Copyright (c) mAliLink