Concernant le dossier ivoirien, quelques faits ciniques ont renforce ma
conviction que la France est le pire choix pour les "Africains Noirs" et
que, contrairement au Burkina-Faso, le Mali se fiche pas mal du sort de ses
ressortissants a l'etranger.
Les massacres de Daloa survenus apres la reprise de cette ville par les
forces gouvernementales et sous la supervision des legionnaires francais
qui, apres avoir evacue tout etranger ayant la peau plus claire que celle
des Bambara, Maraka, Bobo, Mossi, Haoussa, Wolof, pour ne citer que ceux-ci,
ont purement et simplement laisser les "escadronts de la mort" sauvagement
et lachement exterminer ces pauvres compatriotes non armes et
impitoyablement abandonnes a leur propre sort. Ce fait m'a doublement frappe
quand j'ai entendu sur les ondes de RFI le commandant en chef des forces
francaises en RCI affirmer ceux-ci: "nous ne sommes pas la pour proteger ces
gens la, notre but est de proteger les ressortissants francais en 1er lieu,
puis les ressortissants de la communaute internationale". Ce fut sa reaction
quand le chef des insurges lui avait demande de proteger la population
civile. A part le Burkina-Faso, je n'ai observe aucune reaction de la part
des autres Etats concernes, comme si le seul lien entre ses pays et leurs
ressortissants expatries etait le suivant:
"TRAVAILLER DURE, ACCEPTER TOUTES LES SOUFFRANCES ET INJUSTICES, ET SURTOUT
N'OUBLIEZ PAS DE NOUS ENVOYER REGULIEREMENT DE L'ARGENT" !!!
Je suis etouffe par le fait que le Mali, tant tributaire des capitaux de ses
ressortissants expatries, accepte lachement que ces filles et ses fils soit
lachement extermines, expropries et mal-traites sans que personne ne soit
puni pour ces actes barbares et laches.
Je rappelle tout simplement que meme les mauritaniens, libanais et autres
personnes ayant la peau plus claire avaient etees protegees par les
legionnaires francais et que les autres etranges qualifies de "negres"
etaient abandonnes a leur triste sort.
C'est ca une des plus importantes verites cachees par la machine
propagandiste de l'empire du mal, et ignores par bon nombre d'Africains.
Le jour ou les noirs decouvriront la face reelle de ces racistes hypocrites,
les yeux s'ouvriront et la paix reviendra.
Good day for All !
-----------------------------------------
M.S.
Montréal
-----------------------------------------
>From: Mohomodou Houssouba <mhousso@freesurf.ch>
>To: malilink@malilink.net
>Subject: [mAliLink2] lettre du mali 12
>Date: Wed, 15 Oct 2003 11:23:56 +0200
>
>Lettre du Mali 12
>22 septembre 2003 +
>
>L'ambition de souveraineté (1)
>
>A gué dans la lagune d'Ebrié
>
>L'an dernier, j'ai sous-titré mon essai dans cette rubrique
>coïncidant avec le 22 septembre, « Parce que le temps nous est
>compté... ». Bien que j'aie rédigé la plupart du texte avant le 19
>septembre 2002, j'ai fini par consacrer une grande partie à
>l'éruption qui semble déjà marquer le point culminant de la violente
>escalade qui a devancé Mr. Laurent Gbagbo à la présidence de la Côte
>d'Ivoire. De coups bas meurtriers au sommet qui ont déjà défiguré la
>société ivoirienne. Tout comme aujourd'hui, j'étais alors conscient
>de mon ignorance du pays et de sa culture, malgré de multiples liens
>personnels. C'est pour cela que je me suis retenu de commenter la
>crise qui dure une année même si j'apprécie ses conséquences pour
>toute notre sous-région. Qui est plus que, disons, « 200 millions de
>consommateurs », comme je lis dans une déclaration officielle du
>ministère malien des finances, qui présente curieusement la CEDEAO en
>ces termes. Rien d'autre: apparemment des histoires, cultures et
>langues communes, etc., on en a marre. Place au héros de notre
>temps, le consommateur, même si l'« homo cedeaocus » reste
>intraitable. C'est à dire, insolvable. Par la faute de je ne sais
>qui ou quoi, il est souvent sans le sou, passe sa vie à se démerder
>pour survivre. Et voilà qu'annonce le nouvel évangile, « Lui aussi
>consommera ». C'est peut être possible : le magique cube Jumbo ou
>Maggi, Fanta, le pain blanc, les sardines et corned-beef, la
>Nivaquine ou le DDT.
>
>Alors, puisqu'il faut reparler de la Côte d'Ivoire, une pénible
>affaire dans notre ère de l'histoire immédiate, quand les événements
>se font remarquer et font comme ça se doit-en disparaissant après
>nous avoir distraits à la télé. Comme cette injonction «
>confidentielle » qu'une source française attribue à Jacques Chirac,
>dans les heures suivant le coup de force à Abidjan du 18 au 19 juin
>2002. Laurent Gbagbo était chez le président du conseil national
>italien mais, malgré la bienveillance de son hôte, « Il Cavaliere »
>(Silvio Berlusconi), c'était la voix du président français, l'homme
>dont la brigade marine stationne à Port Bouët, qui comptait en de
>telles circonstances. Lui qui avait sagement lâché à Mr. Gbagbo, «
>Fous le camp ». Une expression diplomatique, ironiquement aimable,
>pour dire à un allié pour lequel on ne déborde pas d'enthousiasme, «
>Rentre chez toi, nous ferons notre mieux pour te sauver ton escabeau
>». Oui, c'est délicat les questions de siège, comme je lis dans de
>confidences plus récentes parues dans Jeune Afrique/l'Intelligent :
>«... il a su faire admettre aux uns et autres qu'il n'existe pas en
>Côte d'Ivoire, pas plus qu'ailleurs, de 'banc présidentiel', mais un
>seul fauteuil, trop étroit pour 'deux paires de fesses '» (Francis
>Kpatindé, JAI 14-20.9.2003). Dans le même passage, on apprend que
>Chirac a « sournoisement » suggéré l'exil en France, Angleterre, ou
>Afrique du Sud. Qui croire finalement de ces sources confidentielles ?
>
>L'histoire prend racine pourtant, l'histoire s'enlise, au lieu de se
>ranger, après une année de ni paix ni guerre. Mais, peut-on s'y
>résigner, c'est comme ça que l'histoire s'est créée ailleurs aussi.
>Cynisme ou clairvoyance d'époque. Comme écrit Carl Sandburg dans son
>poème « Grass »: Tuez, amassez, ensevelissez, enterrez, je suis
>l'herbe, je pousserai, je couvrirai le tout. N'est-ce pas là le
>génie humain que nous murmure la petite herbe ? L'oubli. Même
>l'autre jour, une tête savante parlait du génocide rwandais comme le
>deuxième génocide du 20ème siècle après l'holocauste des juifs
>européens en territoire nazi.
>
>J'ai noté certaines observations inspirées par les bourdes
>diplomatiques du régime de Gbagbo et du Front populaire ivoirien
>(FPI) avec le Burkina l'année dernière, courant août 2002, surtout
>suite à l'assassinat de Balla Kallé à Ouagadougou. Cet ancien
>ministre ivoirien était exilé à Ouagadougou, avec d'autres opposants
>ou mécontents (beaucoup de militaires comme l'ex-chef rebelle Ibrahim
>Coulibaly « IB » qui fait la une ces jours-ci depuis Paris).
>Apparemment, la victime a été exécutée par une visiteuse infiltrée de
>Côte d'Ivoire selon un scénario de fiction policière, avec une
>multitude de traces brouillées entre le crime passionnel et la
>vendetta politique. En même temps, l'existence d'anciens putschistes
>ivoiriens à Ouagadougou n'a cessé d'envenimer les relations
>ivoiro-burkinabè.
>
>La tension qui grimpait entre les deux pays était pourtant couverte
>dans Jeune Afrique et les autres publications nationales et
>panafricaines, les indications menaçantes suffisamment signalées pour
>que s'il existait un mécanisme de prévention de conflit dans notre
>sous-région, l'alarme aurait été tirée en juillet et août 2002. Il
>n'empêcherait peut être pas la crise du 19 septembre, mais aurait pu
>amener les médias de guerre à plus de retenue. Car, le « paysage
>médiatique » ivoirien a longtemps été (et continue d'être) divisé
>selon les affiliations partisanes. La compétition polarisée est
>particulièrement agressive. En tête, Notre Voie, Le National du FPI,
>Le Patriote du RDR (Rassemblement des républicains), le Nouveau
>Réveil du PDCI-RDA (Parti démocratique de CI-Rassemblement
>démocratique africain)... Et l'après-19 septembre 2002 ne serait que
>la suite dans les idées (ou les hurlements).
>
>Agence France Presse, 24.9.2002 : Le quotidien Notre Voie du parti au
>pouvoir, le Front Populaire Ivoirien (FPI), a accusé nommément pour
>la première fois mardi, le président burkinabè, Blaise Compaoré
>d'être derrière les évènements (sic) en cours: « Attaque extérieure
>contre la Côte d'Ivoire: Blaise Compaoré démasqué ».
>
>Dans la foulée, un présentateur à la télévision publique (RTI)
>recommanderait l'expulsion de 500 mille citoyens « du pays des hommes
>intègres » comme prophylaxie, une sorte de solution finale aux
>problèmes récurrents d'instabilité et d'insécurité en Côte d'Ivoire.
>En même temps, les antennes des radios et télévisions internationales
>sont sabotées, créant de facto un monopole audiovisuel au service du
>parti-état au pouvoir. L'argument de la panne technique est devenu
>très vite trop transparent pour être crédible. Un journal de
>l'opposition comme Le Patriote gagne le sous-terrain, puis arrête sa
>publication. Quand l'intimidation chasse le débat des colonnes de
>journaux ou de l'arène du parlement, la rue prend de la voix. Depuis
>les tranchées, les titres de presse relaient les aboiements
>partisans-républicains, légitimistes, patriotiques nord ou sud,
>autochtones...
>
>Mais, la virulence ennuie ou se dissout de temps en temps. Pour qui
>la lie régulièrement, la presse ivoirienne peut surprendre par la
>qualité des réflexions sobres, parfois pointues, sur la société et
>son destin dans tous ses paradoxes. Ce genre d'exercice coïncide
>souvent avec les rares moments d'accalmie, qui poussent à
>l'introspection, les périodes de suspens comme le premier mois de
>négociations à Lomé et plus tard durant la réunion d'Accra pour
>sauver les accords de Marcoussis. C'est à dire, lorsque les ivoiriens
>se querellent sans se sentir lâchés, sans perdre l'espoir de se
>regrouper après un contentieux familial. Il arrive aux plumes les
>plus virulentes à se reconvertir temporairement à la méditation
>collective, dans un lyrisme par moments surréaliste. La grande
>fierté des ivoiriens d'appartenir à un pays doté de ressources
>relativement importantes, au passé récent d'entente cordiale entre
>les différentes composantes de la société, de la réputation
>d'hospitalité et de tolérance longtemps associée au pays de
>Houphouët, de l'admiration que le succès économique et la prospérité
>ivoirienne suscitent dans la sous-région, à l'extérieur. Ce n'est
>pas par hasard que des millions de personnes qui aspirent à une vie
>meilleure sont venus s'y installer, travailler, et supporter des
>familles.
>
>Un autre ton, plus sombre, colore les propos aux moments de tension
>renouvelée. L'introspection cède la place à l'extraversion, aux
>innombrables ennemis tapis dans l'ombre, motivés par l'appétit de
>s'accaparer les richesses ivoiriennes, guidés par des puissances
>prédatrices qui misent sur une main-basse sur le pays pour contrôler
>effectivement la sous-région. Sans oublier les relais locaux, les «
>états voyous » qui arment et financent les « terroristes ». La trame
>du complot international dirigé contre le pays continue, avec des
>combinaisons inépuisables de villains : France ou Libye, Burkina ou
>Mali, Libéria ou Ghana, etc. Voici un conflit dans lequel d'un mois à
>l'autre, le pays dénoncé par les proches du pouvoir et félicité par
>les insurgés peut se trouver sous le feu des ex-rebelles... La France
>est bien sûr le pays le plus exposé à ces revirements brusques
>d'opinion en provenance des camps en conflit.
>
>J'ai lu dans la rubrique « Vous et Nous » de Jeune
>Afrique/l'Intelligent (13-18 avril 2003, p.108) ces deux emails
>instructifs:
>
>@ La Côte d'Ivoire peut s'en sortir :
>Avec Laurent Gbagbo, les Ivoiriens ont compris que la Côte d'Ivoire
>est un pays riche. Il peut donc prendre son destin en main et s'en
>sortir. Et ça, les pays comme la France en ont peur. C'est pourquoi
>le président Jacques Chirac veut étouffer Laurent Gbagbo avant qu'il
>ne fasse le premier pas dans ce sens. Mais les Ivoiriens savent que
>leur avenir se trouve entre leurs propres mains. Paul Tayoro et
>Robert Krassault, Abidjan, Côte d'Ivoire.
>
>@ La voie de la sagesse :
>
>Je suis ivoirien-américain. J'ai comme l'impression que la France a
>trahi les accords de coopération qu'elle a signés avec la Côte
>d'Ivoire. Au moment où l'on cherche à combattre le terrorisme, la
>France ne fait rien pour montrer la voie de la sagesse... Il n'est
>pas trop tard pour que la France se rachète une conduite pour calmer
>la situation. Azzie, Vermont, Etats Unis.
>
>Laissons de côté le fourre-tout du moment, la lutte contre le
>terrorisme. Personnellement, le premier courrier m'a intrigué parce
>que j'ai lu les brûlots signés par les messieurs Paul D. Tayoro et
>Robert Krassault dans Notre Voie. Ce ne sont pas des confessions du
>Dalaï Lama ; plutôt des opus de combat. Des canons à mots prêts à
>l'assaut contre les ennemis du régime. Dire qu'en RCI comme au Mali,
>comme partout ailleurs, les apparences peuvent tromper. J'ai vu un
>chroniqueur averti comme Philippe Leymarie (Radio France
>Internationale) écrire dans le Monde Diplomatique que les
>manifestations de rue à Abidjan après les accords de Marcoussis en
>début d'année reflètent l'émergence d'une identité nationale en Côte
>d'Ivoire. J'en suis sceptique. Le discours public reste plutôt
>fragmentaire et partisan. Quelle figure politique peut prétendre
>commander l'attention de toutes les composantes de la société
>ivoirienne à présent ? Qui des acteurs en première ligne ne parle
>pas, en fait, comme un chef de faction ou de quartier plutôt qu'un
>homme d'état aspirant à conduire tous les ivoiriens sur la même voie
>? Qui ne sait pas que l'organe du parti au pouvoir, Notre Voie, est
>la voix d'une faction politique qui anime, roule, combat pour son
>parti ? De même que Le Patriote ou le Nouveau Réveil et même les
>journaux dits privés qui tournent dans la confusion selon les aléas
>politiques. Parmi les ivoiriens de la diaspora que je rencontre, le
>mot « Ivoirien » même divise davantage qu'il ne rapproche. Qui et
>qu'est-ce qui est ivoirien reste à trancher.
>
>Le degré de responsabilité d'un état pour un autre peut être débattu
>à l'infini et d'autres ivoiriens (côté rebelle) ont dit que la
>conduite correcte de la France aurait été de ne rien faire. Entre
>cynisme et pragmatisme-c'est quand même les forces françaises qui ont
>créé le statu quo des 13 derniers mois-il ne manque pas de place pour
>la rage ponctuelle d'un camp victimisé. Si les ivoiriens avaient
>accepté de se parler en confiance et de mieux gérer leurs affaires
>publiques, ils n'en seraient pas à cette grave perte de souveraineté
>; même si celle-ci est en général une peau de chagrin dans notre
>région. Plus important, à mon avis, la fixation sur les desseins
>cachés de la France est le premier signe décourageant des messages
>pourtant souverainistes. Si je les décode bien, cela revient à
>l'argument infantile que si un pays s'effrondre c'est parce qu'une
>puissance étrangère complote pour le maintenir à genoux. Que peut-on
>attendre d'une classe intellectuelle si brouillon, paresseuse et
>dénuée de toute vision ? Ou le moindre sens de responsabilité ?
>Comment, en toute conscience, peut-on parler de la Côte d'Ivoire
>comme un pays riche !
>
>Combien de temps les intellectuels africains continueront à raconter
>de telles bêtises ? Voici que malgré tout son « miracle »
>économique, la RCI ne produit pas plus de 700 $US de richesse par
>tête d'habitant par an. C'est encore plus de deux fois le revenu
>annuel par tête au Mali, mais ce n'est guère une comparaison
>réconfortante.
>
>La question de la richesse et la pauvreté que j'aime toujours aborder
>durant la semaine du 22 septembre, pour une raison qui ne m'est pas
>très claire, doit nous pousser à réfléchir plus en profondeur sur le
>sens que nous donnons aux chiffres, pourcentages, statistiques et
>diagrammes variés qui sont produits pour nous donner une certaine
>idée de notre situation économique et de nos motifs de satisfaction
>ou de désarroi face à nos conditions.
>
>Car j'aimerais bien croire que l'heure d'une pensée souveraine a
>sonné en Côte d'Ivoire, pour qu'elle soit véritablement le pays phare
>qui inspirera les autres de la sous-région. Regrettablement, les
>démagogues ivoiriens vantent encore la même absurdité qui nous a tous
>gardés dans la dépendance économique 43 ans après l'apparition des «
>soleils des indépendances »*. Une misérable exploitation de
>cueillette en perpétuelle dépression qui n'est qu'une légère
>amélioration sur les débuts de nos ancêtres primates. Qu'il s'agisse
>du coton malien ou du cacao ivoirien dont les fèves quittent les
>entrepôts de San Pedro sans passer par un dispositif moderne... En
>janvier 2003, au Musée des Cultures de Bâle, j'ai été choqué de voir
>le processus de fabrication du chocolat de la plantation de cacao
>dans le sud-ouest ivoirien à la fabrique suisse. C'est pour cela je
>pense que nous devons pousser la barre plus haut, en ayant le courage
>de forcer la réflexion pour sortir du vide d'idées, pour oser créer
>des valeurs et connaissances originales et conformes au vécu de notre
>quotidien. Il est frappant et si aberrant que les mots et actes
>ressortent plutôt de la gesticulation symbolique que d'une volonté de
>sacrifice dirigée vers l'action et la réforme de l'économie sociale
>pour qu'un maximum de personnes jouissent des « richesses » encore
>abstraites. Pour qu'elles prennent part à la vie civile, deviennent
>des citoyens, non pas des squatters accidentels d'un
>territoire-autochtones ou allogènes-comme on dit en Côte d'Ivoire.
>
>Dans nos pays, parler de « petite bourgeoisie » n'est point un
>discours daté. Il s'agit bien d'une race d'intellectuels rapaces,
>élites opportunistes et parasites, au service de politiques
>prédatrices, des moulins de propagande pseudo-patriotique, sans
>conviction et surtout sans la moindre disposition à l'auto-sacrifice.
>Pour eux, l'action publique est une geste infinie. La clameur des
>jeunes manifestants patriotes ivoiriens avec leurs banderoles sommant
>les français de partir et les américains (et israéliens) de venir m'a
>frappé comme une blessure psychologique collective, une marque de
>désorientation durable et péniblement humiliante. Un spectacle
>désespérant : au lieu de chasser le maître pour de bon, on le
>remplace. Ils n'ont aucune idée de ce qui leur est arrivé et de ce
>qui adviendra. Tout est impulsion instantanée comme disent Click &
>Clack, « unencumbered by the thought process». Sans être encombré par
>la pensée critique. Au sommet, un jour, Laurent Gbagbo remercie la
>France, le lendemain Simone Gbagbo la fustige et affirme que la Côte
>d'Ivoire trouvera un support militaire plus fiable en Israël, le
>surlendemain les propagandistes du même parti dénoncent le complot
>franco-juif orchestré par la femme d'Alassane Dramane Ouattara, en
>râlant de l'antisémitisme le plus obscène.
>
>Avant de reprendre cet essai la prochaine fois, avec le Mali et la
>France, j'aimerai faire une précision qui me paraît cruciale vu les
>messages que j'ai reçus suivant ma critique de l'argumentation que le
>président George W. Bush et premier ministre Anthony Blair ont
>utilisée pour déclencher la guerre en Irak. Je l'ai écrite le
>lendemain du début de la guerre à un moment où, comme je notais bien,
>même les publications les plus violemment opposées au processus
>marqueraient le pas le lendemain avec une couverture médusée de la
>petite guerre spatiale du désert. Je n'ai pas cherché à provoquer.
>Seulement que j'ai trouvé aberrant que les bien-pensants peuvent
>aller d'une cause à son contraire sans problème. Je me suis dit que
>c'est très grave pour une citoyenneté d'être si instruite dans des
>technicalités et si mal-éduquée, c'est à dire, dépourvue de pensée
>critique, de capacités de discernement. Donc, pour moi, nous devons
>être exigeants envers nous-mêmes et nos dirigeants avant de dénoncer
>les dirigeants d'autres pays. J'avais écrit au sujet de l'Irak que
>j'aurais eu beaucoup de difficulté à opposer une guerre pour libérer
>le peuple irakien à priori, mais j'ai tous les problèmes du monde à
>le faire après les faits (une guerre pour désarmer un régime, une
>tout autre guerre). Je n'avais pas inventé ce rationnel car je
>l'aurais rencontré bientôt dans des analyses qui m'ont conforté très
>tôt dans le fait que le tout monde n'est pas dupe et que l'espoir est
>permis. Sans esprit critique citoyenne, il n'y a pas d'espoir.
>
>Le dernier point à réitérer vient de ma conclusion du 22 septembre
>2002, à propos du « dérèglement verbal » de la presse patriotique en
>Côte d'Ivoire, surtout cette vaine répétition que les maux de leur
>pays viennent de l'envie que sa richesse suscite, surtout dans le
>voisinage :
>
>« Beaucoup de maliens sont peinés par la triste descente du pays où
>vivent deux millions de leurs compatriotes. On espère que ce pays
>trouve le leadership qui ralliera les ivoiriens pour réparer la
>fracture sociale et mobiliser le peuple pour un défi constructif. Ce
>n'est pas le moment de donner des leçons, mais de compatir et
>affirmer leur aspiration à vivre en paix. Mais, je crois qu'il est
>aussi important de répéter un autre point que j'ai soulevé en réponse
>à certaines déclarations publiques peu amènes. Quelle que soit son
>importance, la Côte d'Ivoire est un pays comme les autres dans la
>sous-région. Certes, son déclin diminue la vitalité et la stabilité
>de cet espace communautaire mais lui sera-t-il fatal ? Je ne crois
>pas à « l'effet de domino, » de « socle de stabilité, » dont on nous
>assomme si souvent. Chaque pays a ses points faibles et ses points
>d'ancrage. A propos, dans le passé récent, certains dirigeants
>ivoiriens ont parlé tout haut de manière si désinvolte qu'il semble
>que la stabilité de leur pays est plutôt dans l'intérêt de ses
>voisins. Comme si ceux-là mourront de faim si la Côte d'Ivoire
>s'arrache les entrailles. Ce complexe de pays « important » continue
>de hanter la rhétorique de ses politiciens et reflète une
>appréciation médiocre de la culture de survivance chez ces voisins,
>plus pauvres, mais également davantage aguerris par les sinistres et
>les privations cycliques à la débrouillardise ». (Lettre du Mali, 22
>septembre 2002)
>
>L'évolution de la crise ivoirienne aurait pu invalider cette remarque
>au bout d'une année. Elle ne l'a pas encore fait parce que rien ne
>semble changer dans la culture très personnalisée de la politique,
>l'alignement indéfectible des organes de presse aux positions de
>leurs partis et la disparition de tout espace public autonome
>conséquent pour donner voix à la société civile, à l'affirmation de
>valeurs citoyennes non-partisanes. L'aire civile-citoyenne ainsi
>soufflée, la population terrorisée par les camps armés au pouvoir, la
>rue disponible seulement pour la défiance orchestrée. Une société si
>facilement écartelée car privée de mythe d'identité positive, mais
>confuse devant les illusions identitaires qui se tiraillent, une
>société qui doit urgemment puiser dans ses réverses d'humanité pour
>se ressaisir. Là, une toute autre race de citoyens, intellectuels,
>artistes, activistes de la culture et du savoir-vivre en commun doit
>se manifester sans délai.
>
>Mohomodou Houssouba
>Bâle, Suisse
>
>+ Mise à jour 12 octobre 2003.
>* Ahmadou Kourouma, Soleils des Indépendances.
>
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