[mAliLink2] Migration des compétences : pourquoi les "cerveaux" africains s'en vont ?

From: LY, MAHMOUD (m.ly@afdb.org)
Date: Sun Oct 12 2003 - 08:25:07 EDT


Pas trop différent de l'exposé de Aminata Beye sur Malilink, avec quelques
statistiques en plus.
Bonne lecture

Source(Walfadjri (Dakar) - 07/10/2003)

Migration des compétences : pourquoi les "cerveaux" africains s'en vont ?

Demba Silèye Dia

Face aux difficiles conditions de vie dans leur pays, ils veulent partir. Et
sont accueillis à bras ouverts dans les pays d'accueil. Mais, en partant,
ils mettent leurs pays en danger. Comment y remédier ? Voilà la grande
question.

Kuzvinetsa Peter Dzvimbo du Département des ressources humaines de la Banque
mondiale n'aiment pas le mot "fuite des cerveaux". Il lui préfère celui de
"migration internationale du capital humain qualifié des pays en
développement". Pour lui, il est préférable de parler de migration
internationale du capital humain qualifié (Imshc) parce qu'un tel terme
englobe à la fois la fuite des cerveaux, l'exode des compétences optimales,
le gaspillage, la circulation, l'échange, la globalisation et l'exportation
des cerveaux. C'était d'ailleurs le titre de sa communication présentée au
cours de la conférence d'Accra sur l'enseignement supérieur.

Parlant des causes de ce phénomène, M. Dzvimbo indique que, pour contrôler
la migration, il est crucial de comprendre pourquoi les gens émigrent, pour
dire que l'Ismhc résulte de l'interaction complexe des forces économiques,
politiques, sociales, culturelles, linguistiques et même religieuses. Sans
prendre en compte des facteurs psychologiques comme un environnement propice
à l'autonomie professionnelle, ni de la personnalité, des objectifs de
l'histoire personnelle. Les facteurs qui poussent les gens hors de leur pays
d'origine peuvent être les conditions intérieures défavorables (capacité
éducative peu satisfaisante, bas niveau de vie, limitations de la
technologie, mauvaise adéquation de la formation et de l'emploi, incertitude
du lendemain, malaise politique, conflits armés, absence de politique de
main-d'oeuvre réaliste, instabilité économique). Ainsi, en 1990, les
Etats-Unis avaient accueilli 125 799 Africains ayant un niveau d'éducation
secondaire et supérieur. Les plus gros contingents venaient de l'Egypte (52
281), du Ghana (12 504) et de l'Afrique du Sud (22 478).

Pour ce qui est des facteurs d'attraction dans les pays d'adoption, M.
Dzvimbo en a listé, entre autres, les opportunités personnelles et
professionnelles, les politiques favorables à l'immigration, les écarts de
salaires, la différence de qualité de vie, les opportunités d'éducation pour
les enfants, l'interaction avec d'autres professionnels, la stabilité
politique, la sécurité de l'emploi. Et, sur ce plan, les pays ayant des
politiques agressives de recrutement sont le Canada, la Nouvelle-Zélande,
l'Allemagne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Mais pour mieux comprendre ce qui fait leur attrait, le fonctionnaire de la
Banque mondiale met en exergue les facteurs de "pulsion" et d'"attraction".
Définissant la "pulsion", il dira qu'en 1992, les demandeurs d'asile, dans
les pays en conflit (dont le Sénégal) avaient atteint le chiffre de 700 000.
Un nombre en baisse depuis lors. Pour l'"attraction", elle résulte de
l'espoir de meilleures conditions. Ce qui fait que l'on a compté 1 652 400
appartenant à la diaspora africaine en France (en 1999), 411 492 en Italie
(en 2000), 373 000 au Royaume-Uni Dans cette étude réalisée par Migration du
monde, les ménages en Turquie et dans quatre pays africains (Maroc, Sénégal,
Egypte et Ghana) ont été interrogés avant et après leur migration. Il en est
ressorti que "l'idée d'encourager la migration et d'accroître la demande
pour une éducation secondaire et supérieure est en train de faire des
progrès", indique le conférencier pour qui tout peut être relatif à l'offre
et à la demande de main-d'oeuvre qualifiée, aux perspectives de carrière,
etc.

Même si les écarts de salaires ne suffisent pas à motiver la plupart des
Africains à émigrer, M. Dzvimbo n'en note pas moins que dans les pays les
moins avancés, le Pib par habitant est de 1 222,4 dollars, alors qu'il est
de 27 820,8 dans ceux à revenus élevés de l'Ocde et de 23 539,7 dans l'Union
européenne. Si les conditions de travail, notamment l'autonomie accordée aux
jeunes chercheurs, ont leur importance, pour ce qui est des étudiants, leur
mobilité semble être fortement influencée par la disponibilité de l'aide
financière. Ainsi, en 2000-2001, il y avait 22 679 étudiants africains
préparant une licence et 9 833 poursuivant des études au-delà de la licence
aux Etats-Unis.

Le conférencier s'est, en outre, appesanti sur l'ampleur du problème de la
migration internationale. Selon lui, en 2000, 5,4 millions d'étrangers
vivaient dans l'espace économique européen (à l'exclusion de la Grèce). Le
continent qui accueille le plus d'immigrés est l'Europe. Elle est suivie de
l'Asie, puis de l'Amérique du Nord. Parlant des stratégies et des options
pour gérer l'Imshc, il dira qu'il y a six réponses de politique générale à
la migration internationale qui peuvent être regroupées en deux approches
plus vastes, pour réduire les pressions de la migration. D'abord, il faut
maximaliser les profits de l'immigration par des politiques de promotion du
retour des migrants à leur pays d'origine, des politiques de recrutement des
migrants internationaux qui ne limitent pas leurs nombres, des initiatives
pour ressourcer les expatriés par l'accroissement des communications, le
transfert des connaissances et des fonds, ainsi que les investissements, des
politiques réparatrices qui feront rembourser les pays d'origine par les
pays d'accueil afin de compenser la perte en capital humain ou imposer les
émigrés directement. Pour les politiques de rétention, il faut contrôler les
facteurs d'"impulsion". Il faut aussi faire une option de politique par pays
d'accueil et mettre sur pied une politique d'immigration restrictive et
sélective, mais aussi de naturalisation. Tout en pensant au recrutement.

> Mahmoud Ly
> African Development Bank - Treasury Department
> Angle des trois rues, Avenue du Ghana,
> Rue Pierre de Coubertin, Rue Hedi Nouira
> BP. 323, 1002 TUNIS BELVEDERE
> TEL: (216) 71 10 26 93
> FAX: (216) 71 33 06 32
> MOB: (216) 22 67 39 70
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