[mAliLink2] Logique de guerre à Abidjan

From: Moumine Ballo (zballo@hotmail.com)
Date: Tue Oct 08 2002 - 19:47:24 EDT


Logique de guerre à Abidjan

Calme précaire à Bouaké, après une journée de combats entre les mutins et
les forces loyalistes qui tentent de reprendre le contrôle de Bouaké. Le
gouvernement ivoirien, refusant de signer un accord de cessez-le-feu, engage
une épreuve de force avec les insurgés, contre l’avis de la plupart de ses
partenaires.

Le refus du président Laurent Gbagbo de signer l’accord de cessez-le-feu,
préparé par la mission de la CEDEAO, a relancé les hostilités entre les
mutins et les troupes gouvernementales envoyées sur le front de Bouaké. Des
communiqués contradictoires, d’une part, annoncent la reprise de Bouaké et,
d’autre part, la déroute des forces loyalistes venues déloger les mutins de
la deuxième ville de Côte d’Ivoire. Toujours est-il que des combats ont fait
rage le 7 octobre à Bouaké obligeant les populations civiles à fuir leurs
domiciles. Selon certaines sources les forces loyalistes auraient pénétré
dans la ville, mais les mutins auraient maintenu leurs positions dans le
nord de la ville et ouvert un autre front en s’emparant de la ville de
Vavoua. Ils s’approcheraient ainsi de Daloa, le principal centre de
traitement de Cacao.

Le régime du président Gbagbo invoque des raisons de souveraineté nationale,
de légitimité et de légalité. Une signature entérinerait de fait une
scission du pays et entraînerait une reconnaissance des bandes armées comme
des interlocuteurs. Abdoulaye Coulibaly, président de l’Assemblée nationale
ivoirienne, comprend le refus du président Laurent Gbagbo et fait un
parallèle avec la fermeté de la communauté internationale dans la lutte
contre le terrorisme. Pour tous ceux qui condamnent la position du président
ivoirien, des manifestants à Abidjan se sont étonnés qu’on n’ait pas exigé
de George Busch qu’il «négocie un cessez-le-feu avec Oussama Ben Laden». Le
pouvoir ivoirien, qui ne parle pas de «mutins», mais plutôt «d’assaillants»,
évoquent des actes terroristes pour qualifier l’insurrection engagée depuis
le 19 septembre.

Gbagbo ne veut pas discuter
Sur le plan international, l’intransigeance du président Gbagbo est mal
appréciée. Dominique de Villepin, le ministre français des Affaires
étrangères, réaffirme la position de la France et précise qu’elle ne
participera pas à «une action qui n’irait pas dans le sens de la
réconciliation». La solution de la crise ivoirienne est forcément politique,
selon le ministre français. La France insiste donc pour que Laurent Gbagbo
signe l’accord élaboré par la CEDEAO, et elle n’exclut pas de revoir son
«aide logistique» à la Côte d’Ivoire. Cette aide porte officiellement sur la
fourniture de rations alimentaires pour les soldats, de fourniture et de
réparations de véhicules, de moyens de communication. Pour sa part le
secrétariat de la CEDEAO se dit déçu par l’échec de sa mission, mais le
président en exercice de la communauté, le Sénégalais Abdoulaye Wade, promet
de se remettre à l’ouvrage pour aboutir à une solution négociée en Côte
d’Ivoire.

La déception des voisins est aussi grande. Le Ghana, qui a participé à la
mission de la CEDEAO, annonce par la voix de son ministre des Affaires
étrangères, Hackman Owusu Agyeman, qu’il a élaboré un plan d’urgence qui lui
permet «d’évacuer tous les ghanéens en un ou deux jours, si nécessaire».
Quelque 500 000 Ghanéens résideraient actuellement en Côte d’Ivoire. Le
président Eyadéma du Togo rejoint la position française et penche pour une
solution politique et non militaire dans la crise ivoirienne. Il invite son
homologue de Côte d’Ivoire à «donner une nouvelle chance à la paix». La peur
gagne aussi les ressortissants maliens vivant à Korhogo, ville à la
frontière du Mali, aux mains des insurgés depuis le 19 septembre. «Les
mutins ne nous font pas de mal, mais nous avons peur de l’avenir, il risque
d’y avoir des règlements de compte», déclare un représentant de
l’association des Maliens de Korhogo. De nombreux Maliens auraient déjà
choisi de retourner au pays par leur propres moyens. «Les Français sont
venus cherchés leurs ressortissants et nous, nous sommes pour le moment
orphelins», déclare le même représentant d’association.

Une communauté étrangère se sent particulièrement visée depuis le début de
la crise, parce que son pays, le Burkina Faso, est nommément désigné par la
presse ivoirienne comme le fauteur de troubles. A la télévision ivoirienne,
un éditorialiste a estimé que «la clé de la victoire de la Côte d’Ivoire»
réside dans l’expulsion des immigrés burkinabé. Dans son éditorial il a
considéré le président Blaise Compaoré du Burkina Faso comme le «chef actuel
de la guerre contre la Côte d’Ivoire». Ces propos ont indigné le
gouvernement burkinabé qui dénonce les exactions dont ses ressortissants
seraient victimes à Abidjan. L’Organisation internationale de la
francophonie exprime dans un communiqué «sa préoccupation face aux
manifestations de xénophobie et condamne toute prise de position qui
inciterait à porter atteinte à des minorités nationales ou à des populations
immigrées».

www.rfi.fr
DIDIER SAMSON
08/10/2002

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