De la diplomatie buissonnière:
Guerre postmoderne à l'africaine, c'est aussi les ballons d'essai en
agit-prop. Si les négociateurs de la CEDEAO lisent la presse
abidjanaise, ils doivent savoir maintenant qu'ils n'auront pas la
tache facile. On se demande pourquoi le gouvernement d'un pays
souverain doit prétendre comme si on le ligote pour le faire signer
un accord de cessez-le-feu. La presse gouvernementale fait savoir
que le groupe de contact piège le gouvernement, les mutins quant à
eux disent à la presse étrangère que le gouvernement les piège en
trainant les pieds alors qu'il envoie des renforts aux fronts
indélicatement gelés par les troupes françaises. Sans bonne foi des
deux côtés, la crise ne se décantera pas, même avec une signature
probable. Espérons donc que les protogonistes mesurent à juste titre
la gravité de la situation, les périls qui pèsent sur leur pays.
Qu'ils ne se sont pas déjà employés à ironiser la médiation
ouest-africaine pour en faire le méprisable bouc émissaire dans un
jeu de cache-cache. Ce qui n'est pas dans leur intérêt et ne sera
pas de bon augure pour le reste. Mais il n'y a pas d'avarice de
montages surréalistes dans la tragédie actuelle....
Mohomodou Houssouba
°°°3 sélections de
Fraternité Matin (Quotidien National, Côte d'Ivoire) du 5 octobre 2002
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Accord pour le cessez-le-feu
Les négociations piétinent
Jusqu'à hier soir encore, d'intenses tractations étaient en cours
pour mettre la dernière main à un accord de cessez-le-feu entre le
gouvernement ivoirien et les assaillants. Le jeudi, à Bouaké, le
groupe de contact de la Communauté économique des Etats de l'Afrique
de l'Ouest (Cedeao), conduit par Mohamed Ibn Chambas, secrétaire
exécutif de la Cedeao, a obtenu des "terroristes" la signature d'un
cessez-le-feu. "Je peux vous informer que (les mutins) ont accepté un
cessez-le-feu," a confié M. Chambas à nos confrères de l'Afp avant
d'ajouter : "Nous devons arranger une cérémonie de signature du
cessez-le-feu demain vendredi 4 octobre à Yamoussoukro."
Le secrétaire exécutif de la Cedeao s'est dispensé de toutes les
précautions à observer en pareilles situations. Pascal Affi
N'Guessan, Premier ministre, qui s'est refusé à toute déclaration, a
dit "ne pas avoir officiellement l'information". "Ce n'est pas la
peine de spéculer," a-t-il conseillé pour ne pas se prononcer.
Mamadou Koulibaly, président de l'Assemblée nationale, a été plus
catégorique. Non seulement à ses yeux il s'agissait d'un "bluff",
mais "si cet accord était signé, il ne serait pas respecté par les
rebelles". "Des gens qui assassinent nuitamment ne peuvent pas signer
un accord de cessez-le-feu si rapidement," a-t-il affirmé à l'Afp.
Ainsi d'une part, les autorités ivoiriennes n'étaient pas dans le
secret des dieux le jeudi soir. C'est seulement hier vendredi matin
que la délégation ministérielle ouest-africaine les a rencontrées
pour rendre compte des négociations de la veille avec les rebelles.
D'autre part, elles restent sur leur garde, n'ayant aucune confiance
aux rebelles dans le respect des accords. De ce fait, M. Chambas a
reçu dans la matinée d'hier Moïse Lida, ministre d'Etat, ministre de
la Défense et de la Protection civile, et Sangaré Abou Drahamane,
ministre d'Etat, ministre des Relations extérieures et des Ivoiriens
de l'étranger, pour évoquer les points en discussion avec les
rebelles. Mais la rencontre entre les médiateurs ouest-africains et
le Président Laurent Gbagbo n'a pas eu lieu.
Les difficultés pour finaliser l'accord sont de ce fait nombreuses.
Le projet de texte souffle le chaud et le froid. Il stipule que
"l'autorité du gouvernement soit rétablie sur l'ensemble du
territoire", que "l'administration soit autorisée à fonctionner sans
entraves", que "les mutins rendent aux autorités légales tout le
matériel et l'armement saisis" et "que les mutins déposent les
armes". Sur le sujet de la qualification des faits qui fâche, le
texte a pris position afin d'ignorer la présence de mercenaires et
l'origine des armements des rebelles "très bien armés". Il parle de
"mutins" alors que pour les autorités, il s'agit de "mercenaires" de
"terroristes" et autres "forces du mal". Car les contingents
"Bahéfouê" et "Zinzin" qui, en réaction à leur démobilisation en
décembre prochain, s'étaient soulevés, ont rendu les armes. Ils ont
majoritairement déserté les rangs des assaillants quand ils ont
compris que leur mouvement a fait l'objet de récupérationŠpolitique.
De leur côté, les "forces du mal" émettent de plus en plus de
réserves. Elles font maintenant état de leur scepticisme sur le
contenu du texte. Elles ont plusieurs exigences qui not plus n'ont
rien à voir avec les revendications corporatistes : la dénonciation
de l'accord de coopération militaire signé en 1962 et exigent le
retrait des forces françaises de Côte d'Ivoire, le départ de Laurent
Gbagbo, la révision de la constitution, l'annulation du mandat
d'arrêt international lancé contre les déserteurs qui animent la
fronde (Tuho Fozié, garde de corps de Coulibaly Ibrahim dit "IB" sous
la transition, Zaga Zaga, "IB"Š).
Sans compter que M. Chambas a mis les dirigeants ivoiriens sous la
pression au motif que le temps pressait pour résoudre la crise. La
précipitation avec laquelle le secrétaire exécutif a voulu mener les
tractations a paru suspecte au point de convaincre nombre
d'observateurs qu'il veut se débarrasser de cette affaire. Au plus
vite. Résultat, d'hésitations en scepticisme, les négociations
piétinent et la signature du document initialement prévue hier
après-midi a été reportée à une date non encore précisée.
Signalons que le groupe de contact a été mis sur pied le 29 septembre
dernier à l'occasion du sommet extraordinaire sur la crise ivoirienne
qui s'est tenu à Accra, au Ghana. Il comprend le Niger, le Nigeria,
le Togo, le Ghana et la Guinée-Bissau. Depuis le lundi dernier à
Abidjan, il a été mandaté pour établir le dialogue entre les
autorités ivoiriennes et les rebelles. La guerre "d'invasion et
d'occupation" que vit la Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre dernier
a fait plus de 300 morts.
FERRO M. BALLY
Le commandant de brigade assassiné
L'adjudant-chef Blondet Ouehi Bernard, commandant de brigade de
gendarmerie de Bouna, a été froidement abattu hier en fin de matinée
après avoir été malmené par les assaillants qui ont investi très tôt
la ville, sous les yeux de son épouse et ses enfants.
La ville de Bouna a été réveillée hier matin par les rafales d'armes
automatiques. En effet, les rebelles qui avaient quitté Bouna deux
jours plus tôt sont revenus cette fois-ci avec des renforts. Et ont
établi leur camp à la brigade de gendarmerie et au cantonnement des
Eaux et forêts.
L'adjudant-chef Blondet qui se trouvait à son poste de travail a été
surpris par les rebelles qui l'ont sommé de leur remettre les armes
et les munitions de sa brigade. Il leur a répondu qu'il n'avait ni
arme ni munition. Peu convaincus, les rebelles l'ont roué de coups et
blessé à la tête. Selon des témoins, ils l'ont conduit à l'hôpital
pour panser sa blessure qui saignait abondamment. Seulement voilà :
en fin de matinée, ils l'ont abattu.
Au téléphone, son épouse en pleurs nous a confié : " Je ne peux pas
vous dire plus pour le moment. Ils ont tué mon mari devant les
enfants et moi ".
Un habitant de Bouna que nous avons joint à son tour à 16 h 30, nous
a révélé que la ville était calme. Cependant, il a ajouté que " les
gens qui étaient favorables à ces assaillants mardi dernier ont
commencé à réviser leur position depuis l'assassinat du commandant de
brigade qui était estimé de tous dans la ville ". Un renfort des
forces loyalistes en provenance d'Abidjan a fait mouvement hier
après-midi sur Bouna.
Kader Sébastian
Correspondant régional
Presse étrangère appel de Séri Bailly au professionnalisme
En sa qualité de premier responsable de la communication, le Pr Séry
Bailly affirme n'avoir d'autre choix que d'aider les journalistes à "
travailler dans de meilleures conditions ". Dans l'optique que les
informations données par eux soient objectives. C'est la raison pour
laquelle, il a invité ceux de la presse étrangère hier à son cabinet
du Plateau. Après, confie-t-il, avoir prôné la modération aux locaux.
Ainsi, sans vouloir leur donner des leçons de professionnalisme, le
ministre a souhaité qu'ils " fassent un effort pour l'équilibre de
l'information ; qu'ils la rendent plus objective et surtout qu'ils
relativisent les choses ". Le contraire pouvant engendrer, à son
sens, des malentendus. Tel le cas de la mort annoncée mais fausse du
chef d'état-major, le général Doué ou encore la marche des jeunes
patriotes mercredi dernier. Une marche présentée comme étant une
initiative de la télévision ivoirienne. Pour le ministre de la
Communication, ces informations dépouillées de toute objectivité sont
de nature à créer des problèmes. C'est pourquoi il a tenu à
sensibiliser les journalistes de la presse étrangère.
" Vous êtes libres de faire votre travail en fonction de ce que vous
observez sur le terrain. Mais nous sommes d'accord que les faits sont
sacrés ". En retour, il s'est dit attentif face à leurs difficultés.
Lesquelles sont relatives aux entraves que leur créeraient les forces
de l'ordre, souvent tatillonnes lorsqu'il s'agit des autorisations et
cartes de presse. De même, la mise à leur disposition, par les Forces
armées d'informations. Il s'agit pour eux de trouver un
interlocuteur. Les journalistes de la presse internationale ont
surtout dénoncé l'attitude de leurs confrères, qui, selon eux, les
livreraient à la vindicte populaire. Aussi ont-ils plaidé auprès du
ministre afin que leur sécurité soit garantie. A ce sujet, la réponse
du ministre est éloquente : " La meilleure sécurité, c'est votre
manière de traiter l'information".
N'empêche, il affirme mener des actions auprès des jeunes et des
leaders d'opinion pour une pondération.
M. GNEPROUST KOUADIO
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