[mAliLink2] Le Mali : entre l'apparence et la réalité

From: Mahamadou M. Diakite (mm_diakite@yahoo.de)
Date: Tue Sep 30 2003 - 03:54:22 EDT


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Le Mali : entre l'apparence et la réalité

Vu de l'extérieur, le Mali est un pays modèle, avec des structures huilées qui ne grippent point. Il bénéficie en effet d'une bonne presse dès qu'il s'agit de le comparer à beaucoup de pays en voie de développement. Dans la classification des "pays à risque", le pays des Soundiata, des Damonzon et des Askia occupe à n'en point douter, une place enviée et de choix. Le jeudi 18 septembre dernier, Laurent Dona Fologo de RCI précisait lors de sa conférence de presse que, sa dernière visite au Mali remontait à près d'il y a dix ans.

"Je suis agréablement arrivé dans un Mali nouveau, avec de nouveaux ponts, de multiples échangeurs, des routes larges, bitumées et bien entretenues. Des quartiers neufs un peu partout dans des endroits que j'ai connu modestes mais aujourd'hui, envahis d'immeubles flambants neufs" !

Des travaux d'Hercule, précisait-il, "qui me rappellent la première décennie de développement en RCI où, l'on a alors parlé de "miracle économique ivoirien", ce fut de 1960 à 1975". Certes, enchaînait-il, "tout est relatif quels que soient les succès et les échecs et, faute d'avoir compris cela très tôt, les ivoiriens ont commis des erreurs !. A travers les deux audiences que m'a accordées le chef de l'Etat ATT, j'ai compris les grandes perspectives qui s'offrent aujourd'hui au Mali, à travers l'exploitation du fleuve Niger, pour la riziculture et le coton".

Fologo, pensif et nostalgique ajouta : "Houphouët, en son temps, a très souvent souligné et confié à ses compatriotes : "je souhaite aux ivoiriens de ne pas découvrir du pétrole trop tôt, qu'ils se développent d'abord à travers l'agriculture et tout le reste suivra sans peine". Et il poursuivit : "ce n'est que bien plus tard qu'on a parlé de gaz et de pétrole chez nous".

"En effet, le président Houphouët nous soulignait sans cesse que, partout à travers le monde, dès qu'on parle de pétrole dans un pays alors, bonjour la suspicion, la pagaille et les problèmes ! Pourquoi jeunes confrères ?"

"C'est parce qu'il y a toujours une très grande différence entre une production agricole et une production pétrolière. Pour la première, un hectare de terre mis en valeur donne une production qui appartient directement et intégralement au paysan. Il n'y a que ses avoirs qui oscilleront entre les différentes indexations des cours mondiaux. Par contre, concernant la deuxième production à savoir celle du pétrole, les richesses du sous-sol ne sont pas visibles pour le commun des mortels. Nos pays ne possédant pas les moyens humains, techniques et financiers de leurs exploitations, les sociétés collaboratrices s'approprient souvent, plus des deux tiers des revenus générés. Et si encore, par chance, le pays possédait de bons gestionnaires, un bon gouvernement, alors et alors seulement... tout le monde en tirera des bénéfices à travers les grands travaux qui se réalisent dans le pays". Sinon précisait-il encore : "aucun centime n'entrera dans la poche d'aucun citoyen. Le chef de l'Etat, ses
 proches et ses différents alliés en disposeront à leur guise, laissant sur les bords des routes, un peuple aigri et meurtri". Il poursuivait : "c'est pourquoi jeunes confrères, je vous dis que la vraie richesse du peuple reste donc, l'agriculture ! Je souhaite vraiment beaucoup de chance au Mali et aux maliens sur la voie de cet essor perceptible en ces temps rudes et difficiles pour beaucoup de nos pays d'Afrique".

Ainsi, relater tout ce qui précède n'est semble-t-il pas fortuit, à un moment où le Mali qui tente une réfondation à divers niveaux pour mieux décoller, se trouve à la croisée des chemins. Il est possible donc aux maliens à tous les niveaux de ses instruments d'exercice, d'oeuvrer positivement pour faire s'élever leur pays comme un aigle vers les béatitudes ou au contraire, de s'entêter, de s'emmurer dans des pratiques néfastes et illicites qui précipiteront la nation, comme une peau de chagrin, dans l'ornière des malversations, des copinages (qui se constatent par des actes patents de non transparence) des hésitations, des silences et des frustrations génératrices de tous les maux sociaux.

Par ailleurs, plus que de simples propos d'habile homme politique, les précédents passages de la conférence de presse de LDF pour les ivoiriens (Laurent Dona Fologo) constituent une leçon, des messages forts et des avertissements en direction de tout décideur soucieux ; de résultats et de performance. Les maliens doivent être conscients des préjugés favorables dont ils bénéficient, et dont le pays est gratifié, à travers le monde.

Les différentes appréciations qu'ont du Mali, les responsables politiques et administratifs de différents pays du monde, prouvent la très grande importance pour la nation malienne, des évènements de la révolution du 26 mars 1991. Evènements d'exception, s'il en faut, qui permirent une ère nouvelle de liberté et d'espoir pour tous. Cette liberté s'est traduite à travers la multiplication des radios libres et des journaux privés qui font la fierté de chacun.

De passage dans un grin de jeunes en joutes oratoires, l'un deux argumenta : "la démocratie c'est bien, personne n'accepte plus d'être piétiné et chacun est en mesure d'intenter un procès à qui il veut, même au président de la République" ! Une jeune fille dans son coin enchaîna : "je brûle les feux rouges et les sens interdits comme je le veux, sans conséquence aucune. Depuis près de sept ans maintenant, mon oncle commerçant, refuse de payer l'impôt. Il se tire toujours d'affaire avec quelques billets de Cfa qu'il glisse dans la poche des "petits contrôleurs". Ma soeur, avec la complicité de M. le Maire de la commune, a occupé un espace vert pour en faire un magasin de prêt-à-porter. Les alliés des adjoints au Maire qui sont du quartier, creusent des fosses à ciel ouvert dans les rues pour y déverser des matières fécales, personne n'en dit rien. Ah ! la démocratie à l'africaine, qu'elle permet tout" !

Souleymane Maïga, un jeune diplômé de l'Ecica, en quête d'emploi disait : "On ne construit pas un pays en trichant avec les règles et les codes. Les plus beaux textes de lois et de règlements du monde sont à la disposition des Maliens. Seulement, leur application est une autre réalité ! Pour ma part, je souhaite qu'il y ait au moins 703 partis politiques c'est à dire, un parti part commune urbaine et rurale" !

Et pourquoi donc ? Parce que selon lui, "tous les partis existant et fonctionnant actuellement, ne sont en vérité que des GIE familiaux ou de copains" !

Ainsi, les propos des jeunes reflètent la réalité des grands. Les travers de la société qui leur semblent des modèles peuvent déboucher sur notre perte à tous. Car, ce qui engendre l'injustice, l'iniquité et l'incivisme, n'arrive pas seulement qu'aux autres.

Avant de prendre congé de mes jeunes camarades, le maître des lieux, le propriétaire de la cabine téléphonique conclut en ces termes : "les Maliens doivent se ressaisir et s'armer d'idéaux élevés de bâtisseurs. Nous savons tous qu'une réussite facile et illicite ne sert l'avenir de personne surtout, quand elle est fondée sur la tricherie et l'injustice. Dans toute société où, les fautifs ne sont jamais sanctionnés et les citoyens modèles jamais récompensés, il faudrait s'attendre à tout. Et surtout... lorsque tout est apparent et jamais... réel" ! Et le cercle se disloqua.

Teddy de Sotbar

_/ Mahamadou M. Diakite
_/ Wien
_/ Österreich

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