[mAliLink2] Justice Malienne

From: ibrahim yattara (ibouhacko@yahoo.com)
Date: Wed Sep 04 2002 - 09:11:04 EDT


Je ne pouvais m'empecher de partager cet article de
l'essor qui expose l'impunite au Mali. Le journal
semble avoir compris son role d'investigateur ces
derniers temps. En plus de son investigation sur
l'exploitation des enfants dans la riziere de Markala,
le journal expose ici un reseau de malfrats qui
beneficie de la protection douteuse du systeme
judiciaire. Aux autorites de prendre acte ou doit on
comprendre que c'est la politique de reconciliation
nationale a l'ATT. Felicitation et courage aux
journalistes de l'essor.

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Vol de motos à Bamako: LE FILET DES FILIÈRES

Il y a deux mois, un notaire de la place se faisait
voler sa moto - une Yamaha 100 - au cimetière de
Hamdallaye. Un engin à deux roues qui disparaît à
Bamako, cela ne vaut pas un ligne dans un article de
fait divers. Sauf si le dit engin a été enlevé dans un
endroit où peu de gens s'attendent à rencontrer des
personnes mal intentionnées, encore moins des voleurs.
Après avoir sillonné tous les commissariats de Bamako
pour faire des déclarations de vol, notre homme
apprendra, 48 heures plus tard, que sa moto a été
retrouvée par le 3è Arrondissement. Celui-ci avait été
mis sur les pistes du voleur par un autre voleur qui
avait promis au notaire de retrouver sa moto contre
paiement de la somme de 50 000 F.
Tout s'est passé en 72 heures et quand le notaire fut
convoqué à la police pour les restitution de son
engin, il eut la surprise de se retrouver nez à nez
avec son voleur. ce dernier ne se fit pas prier pour
lui relater en détails les circonstances dans
lesquelles la moto avait été enlevée. Lorsque la
victime, passablement découragée par ce qu'elle avait
appris, demanda au malfaiteur les précautions à
prendre pour préserver son engin d'un éventuel vol,
son interlocuteur lui répondit en riant : "les
antivols ne servent à rien, il faut être vigilant et
ne pas garer sa moto n'importe où".
Le notaire n'en avait pas fini avec les surprises de
la journée puisque quand on lui présentera son engin
quelques minutes plus tard, il aura toutes les peines
du monde à le reconnaître. La moto avait été, selon
l'expression des voleurs et receleurs de moto, "lavée"
le jour même de son enlèvement et le nouveau
propriétaire s'apprêtait à passer une nouvelle couche
de peinture sur l'engin quand il avait été interpellé
par la police.

Pratiquement toujours saoul - En remontant la piste
des malfaiteurs, les policiers du 3è Arrondissement
découvriront un réseau de voleurs dont la spécialité
consiste à s'intégrer dans les cortèges funèbres, de
se rendre avec le défunt jusqu'à sa dernière demeure
et d'opérer tranquillement dans la paix des
cimetières. Voilà donc un modus operandi
supplémentaire à inscrire au registre des policiers de
la capitale qui jusque-là avait identifié quatre
grandes filières toutes dirigées par des caïds issus
de respectables familles de Bamako. Les réseaux,
indique un policier du 11è Arrondissement, opèrent
dans les cimetières, les mosquées, le centre-ville,
les services publics et les périphéries.
Le réseau dit des mosquées est dirigé par un chef de
bande dont le père n'est autre que le chef d'un
quartier de la Commune I et qui, au cours des deux
dernières années, a fait des dizaines de victimes
parmi les fidèles. Le quartier général du réseau est
un petit bar situé à un jet de pierre du dépôt Mobil.
C'est là que le caïd passe tout son temps et c'est là
que sa troupe, forte d'une quinzaine de malfrats, le
rejoint pour faire le point de ses opérations. Visage
marqué par une multitude de cicatrices laissées, selon
un policier, par des coups de couteau, le chef est un
homme quasiment vénéré par ses complices et le fait
qu'il dessaoule pratiquement jamais n'altère en rien
son prestige, ni sa dangerosité.
L'un de ses homologues les plus connus a pignon sur
rue près de la Maison des artisans. Lui aussi est issu
d'une famille respectable, nous confie-t-on en
indiquant que son père est même l'imam d'une des
mosquées les plus fréquentées du centre-ville.
Officiellement Sam (c'est le surnom que nous donnons à
cet homme) est connu pour être un homme qui a ses
entrées partout et qui recherche les objets volés
contre paiement d'une récompense dont le montant est
évalué en fonction de la valeur du produit. Mais en
réalité, notre homme est beaucoup moins anodin qu'il
ne veut se présenter. Pour les initiés, il est le chef
d'une bande bien connue des services de police et à
ramifications multiples. Les hommes de Sam ne se
limitent pas à voler des motos. Ils font aussi les
pickpockets au grand marché et sont très redoutés des
commerçants.
Selon nos informations, Sam et ses hommes sont les
exécuteurs d'un vol de plusieurs centaines de millions
de FCFA dont a été victime un opérateur économique
dont le magasin est situé place du Souvenir. A la
Maison des artisans, on n'ose à peine prononcer le nom
du caïd, tant le personnage est craint par son
entourage. Il y a de quoi. Ancien pratiquant d'arts
martiaux, c'est un homme au physique impressionnant et
qui ne parle presque jamais aux inconnus. Il possède
un vaste réseau d'intermédiaires (surtout des
bijoutiers) qui lui servent souvent d'indicateurs pour
lui permettre de retrouver le bien perdu d'une victime
venue négocier.
Le réseau des services publics est, selon un agent de
la Brigade de recherche du 9è Arrondissement, le plus
complexe et le plus difficile à cerner parce que
composé de gens que leur comportement et surtout leur
tenue vestimentaire mettent apparemment au-dessus de
tout soupçon. Dans les services, poursuit notre
interlocuteur, les membres de ce réseau se font passer
généralement pour des étudiants ou des employés de
commerce.

Couteaux, gaz et pistolets - Le réseau n'a pas de chef
au sens propre du mot, mais presque tous ses membres
se connaissent et n'hésitent pas à l'occasion à se
mettre ensemble pour monter des opérations juteuses.
Ce fut le cas lors de l'inauguration du stade du 26
mars (en octobre 2001) où le réseau réussit un coup
d'une audacieuse simplicité. Il monta de toutes pièces
un faux parking qui lui a permis d'enlever sans coup
férir près d'une trentaine de motos.
Justement, l'un des membres de ce réseau, Mohamed
Kouma "Maha", a été interpellé le 3 mai dernier dans
la cour du ministère de la Communication après trois
mois de cavale. Lors de son interpellation, l'homme
avait en sa possession trois clés passe-partout dont
il s'est servi pour ouvrir l'antivol d'une Yamaha 100
garée sous la véranda des locaux du cabinet. Mais, au
moment où il s'apprêtait à sortir avec l'engin, Maha
sera coincé par les agents du ministère, et remis
quelques minutes plus tard à la police.
Le réseau dit de la périphérie est sans doute le plus
dangereux, car ses membres sont presque tous armés
(couteaux, gaz et pistolets de fabrication artisanale)
et n'hésitent pas à utiliser leur arsenal contre les
propriétaires de moto qui refusent d'obtempérer. Basé
à Niamakoro, l'un des quartiers les plus peuplés de la
capitale, le réseau de la périphérie est dirigée par
un jeune de 23 ans communément appelé "Chicken".
Officiellement, "Chicken" est un boucher, mais selon
les policiers que nous avons interrogés, le malfrat a
abandonné ce métier depuis belle lurette.
Comme son homologue du réseau des mosquées et
cimetières, "Chicken" a le visage marqué par des
traces de coups reçus lors de ses multiples
interpellations par la police. En mars dernier, le
malfrat défraya la chronique en enlevant la Yamaha 100
de son propre beau-frère après avoir agressé ce
dernier avec ses hommes. Quant sa sœur (qui est
l'épouse de la victime) vint rendre visite à Chicken
dans les locaux de la police et apprit que la bande
avait tendu une corde sur le passage de son mari et
qu'elle voulait l'assassiner, elle resta près de deux
heures à pleurer sous les yeux des policiers.
Au fil des ans, Chicken est devenu un véritable
complice de certains agents de police indélicats qui,
assure un habitant de Niamakoro, le fréquentent
régulièrement. "Nul n'ignore ici que ce voleur est le
bailleur de fonds de certains agents dont il finance
les baptêmes et mariages. Ne parlons pas du prix du
thé ou des frais de réparation de moto qu'il assure le
plus facilement du monde", s'indigne notre
interlocuteur. "A chaque fois que Chicken tombe, c'est
la panique chez ses protecteurs. Mais heureusement
pour ces derniers, il ne reste jamais longtemps
derrière les barreaux", renchérit un mécanicien de
Niamakoro dont le cousin a été attaqué et grièvement
blessé au bras en février dernier par les hommes du
malfrat.
Il n'y a pas que les ripoux qui protègent les réseaux
de voleurs de motos, loin s'en faut. Ceux-ci doivent
leur existence, voire leur pérennisation à des réseaux
de receleurs fortement structurés et dirigés chacun
par des soi-disant opérateurs économiques. Le plus
connu de ceux-ci est sans doute un homme dont le
magasin est situé dans la rue Pachanga à Bagadadji.
Composée de trois hommes tous issus d'une même
famille, cette "cellule" de receleurs travaille en
étroite collaboration avec un réseau guinéen chargé de
lui d'écouler les motos volées sur le marché local.
Les trois receleurs sont connus des services de police
et ont tous séjourné en prison à plusieurs reprises.
Mais à chaque fois qu'un membre tombe dans les mailles
de la justice, les autres se mettent en branle pour le
sortir le plus vite possible. "Il n'y a rien à faire
contre eux parce qu'ils sont trop puissants. A chaque
fois que nous avons mis le grappin sur eux, ils ont
réussi à écourter leur séjour en prison. Ne me
demandez surtout pas comment. Parce que notre rôle se
limite à l'arrestation", se lamente le commissaire du
9è Arrondissement.

Le "barbu" de Bacodjicoroni - Le réseau du marché
Dibida est dirigé par un seul homme que nous
appellerons Idriss. Celui-ci est propriétaire de trois
magasins bien alimentés, selon un agent de la police,
"grâce à l'argent des motos volées". Entré dans le
métier il y a quatre ans, Idriss s'est bâti une
véritable fortune. Il roule aujourd'hui dans une
grosse cylindrée estimée à 30 millions de francs et
possède, selon notre interlocuteur, pas moins de cinq
villas à Bamako. Les séjours de Idriss en prison ne se
comptent plus, mais depuis des années le scénario
reste immuable. Chaque fois qu'il se retrouve au lycée
de Bamako-coura, il en ressort presque immédiatement.
Le commissaire du 9è Arrondissement s'indigne "Il n'a
jamais passé plus de deux semaines en prison".
Idriss dispose d'une chaîne de travail au marché de
Médine dont la spécialité consiste à enlever la couche
de peinture des motos pour la remplacer ensuite par
une nouvelle, complètement différente de celle
d'origine. Ce travail, indique un commerçant de
Dabanani, n'excède pas trois quarts d'heure et
s'effectue dans des maisons hermétiquement closes.
Lorsque les maquilleurs en ont fini, les engins volés
sont devenus méconnaissables pour leur propriétaire.
La Yamaha 100 de notre notaire se trouvait justement à
cette étape de l'opération quand elle a été retrouvée
par les agents du 3è arrondissement.
Le plus atypique des chefs de réseaux est sans aucun
doute le "barbu" de Bacodjicoroni comme l'appellent
certains policiers est propriétaire d'une
quincaillerie située sur la rive droite du Niger.
Toujours muni d'un long chapelet, il évite
ostensiblement de serrer la main des femmes et rien
dans son comportement ne laisse penser à la pratique
d'une activité délictueuse. Pourtant, le "barbu" ne
vit que de cette activité et la quasi totalité des
motos enlevées au palais de la Culture, au lycée
Badala, bref sur la rive droite du Niger, transitent
par son magasin ou son domicile. Mais avant de passer
entre les mains du "barbu", les motos séjournent
d'abord quelque part à Sogoninko dans une chambre de
passe. D'origine ségovienne, l'occupante de ces locaux
n'est pourtant pas une prostituée au sens classique du
terme, mais une complice des réseaux de receleurs.
"Le barbu", Sam Idriss, les frères de la rue Pachanga,
telles sont les quelques "grandes figures" que nous
avons identifié lors de notre longue enquête. Nous
avons été obligés de les désigner avec de grandes
précautions de vocabulaire, puisque ce sont des
personnages qui arrivent à se faufiler entre les
mailles de la justice et qui peuvent se prétendre
victimes d'un harcèlement policier. La regrettable
impression que nous avons retirée lors de notre
investigation, c'est que ces malfaiteurs estiment
s'être constitué un bouclier de relations bien placées
suffisant pour leur garantir une quasi impunité. Tel
est le fait le plus inquiétant que nous ayons relevé.

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