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Un commerçant des environs de Koutiala au sud du Mali manoeuvre timidement
la souris avec l'aide d'un des reponsables du Centre multimédia
communautaire Jamana.
L'homme sait tout juste reconnaître les lettres mais on l'a aidé à ouvrir un
compte dans une messagerie Web gratuite et il veut voir la dernière carte
postale électronique que lui envoie son frère depuis la capitale Bamako.
Ouvert depuis à peine cinq mois dans les locaux de la radio Jamana, ce
centre voit affluer tous les jours une population très diverse: lycéens du
style "premier de classe" qui consultent des pages sur l'histoire du Mali ou
sur un groupe de musique rap, commerçants qui rédigent leurs factures pour
les imprimer sur place ou familles d'émigrés qui échangent des nouvelles
avec un parent et se font aider pour lire et écrire les messages. Les
vitesses de transmission par modem sont désespérémment lentes mais la notion
de temps est une valeur culturelle très relative...
Ici on ne considère pas l'accès à l'Internet comme une luxe mais comme un
outil de développement. "L'Internet est encore plus indispensable aux pays
sous-développés car nous, nous n'avons pas d'autres sources d'informations",
affirme Yaya Sangaré, le coordinateur national des dix radios Jamana du
Mali.
Il cherche à "vulgariser les NTIC (nouvelles technologies de la
communication) auprès des couches défavorisées rurales et en particulier les
femmes". "Nous voulons réduire la fracture numérique entre les villes et les
campagnes, ajoute-t-il, en montrant aux paysans non scolarisés qu'ils
peuvent aussi utiliser les NTIC, par exemple en trouvant des renseignements
sur l'eau potable ou l'environnement".
Un long chemin
Les premiers pas sur le Net... et sur l'alphabet! (Y. Magat) [TSR]
Il faut dire que le réseau Jamana a derrière lui de nombreuses années de
lutte pour l'information et la démocratie au Mali. Pendant les années de
plomb, sous le régime du général Moussa Traoré, un groupe d'intellectuels
maliens cherche à occuper chaque interstice de liberté laissé par le
pouvoir.
Ils créent d'abord une revue littéraire en français, "Jamana" ("le pays" en
bamana). N'obtenant pas l'autorisation d'ouvrir une radio, ils enregistrent
alors des reportages en langues locales sur des cassettes qu'ils vont
diffuser à l'aide d'un magnétophone dans les villages. Les paysans écoutent
et réagissent: l'information circule et le débat s'installe.
A la chute de la dictature en 1991, le réseau des radios Jamana se déploie à
travers le pays avec l'aide du nouveau gouvernement. Le Centre multimédia
qui a vu le jour en février 2002 à Koutiala n'en est que la suite suite
logique, puisque, comme aime à le rappeler Yaya Sangaré, "celui qui détient
l'information, détient le pouvoir."
Yves Magat, Koutiala (Mali)
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