BCEAO: du carburant pour la reprise
l'Essor n°15005 du - 2003-07-23 08:00:00
En baissant ses taux directeurs, la Banque centrale espère encourager
les investissements et donner un coup de fouet aux économies des pays
de l'UEMOA grippées par les chocs internes et externes
Face au ralentissement de la croissance dans l'espace UEMOA, la
Banque centrale des États de l'Afrique de l'ouest a décidé de réagir.
Le 7 juillet dernier, elle a baissé d'un point de pourcentage ses
taux directeurs. Ainsi le taux d'escompte est passé de 6,5 % à 5,5 %
et le taux de pension de 6 % à 5 %. C'est pour expliquer les raisons
qui ont motivé cette baisse que les autorités monétaires ont organisé
lundi au siège de l'Agence nationale de la BCEAO, une réunion à
laquelle étaient conviés les opérateurs économiques, les
représentants des consommateurs et la presse.
De l'analyse des responsables de la BCEAO, il ressort que la
situation économique de l'UEMOA est globalement caractérisée par un
ralentissement de la croissance, à la suite des chocs internes et
externes auxquels les États membres de l'Union ont du faire face. Il
s'agit notamment de la crise ivoirienne, des prix élevés des produits
pétroliers, de la mauvaise pluviométrie. Sous l'effet de ces
différents facteurs, le taux de croissance s'établira à 1,9 % en 2003
contre 1,6 % en 2002 et 3,5 % en 2001. Pour ce qui est du Mali, les
chiffres officiels font état d'une contraction de 1,1 % du taux de
croissance en 2003 contre une hausse de 9,7 % en 2002.
Dans cet environnement difficile, la politique monétaire mise en
œuvre par la Banque centrale a été, dit-on, prudente. La politique
des taux d'intérêt a permis la maîtrise de l'évolution des prix et la
consolidation des réserves de change. Ainsi, le taux d'inflation de
l'Union en glissement annuel est estimé à 2 % en fin juin 2003, en
net recul comparé aux 3,5 % enregistrés à la même période, une année
plus tôt. Au Mali, on note une détente du niveau général des prix à
la consommation au cours du premier semestre avec une hausse du taux
d'inflation de 0,6 % contre 5,7 % en juin 2002.
S'agissant du taux de couverture de la monnaie par les réserves de
change, il avoisine 118 %, alors que le minimum exigé par les statuts
de la BCEAO est 20 %. En somme, au plan monétaire, l'Union se porte
bien. La Banque centrale peut donc se permettre d'assouplir sa
politique monétaire en baissant ses taux directeurs. Cette baisse
devrait avoir un impact réel sur la situation économique d'ensemble,
assure Souahibou Diaby, le responsable du service du crédit à la
BCEAO-Mali qui présidait la réunion en l'absence du directeur
national, Idrissa Traoré.
Concrètement, cette baisse des taux directeurs de la BCEAO signifie
que le coût du loyer de la monnaie va baisser, permettant
d'encourager les investissements et de donner un coup de fouet à
l'économie. Ceci est pour le principe. Mais les banques primaires
vont-elles suivre et baisser à leur tour, leurs taux ? La question
est d'importance et a été relayée par le président de la Chambre de
commerce et d'industrie du Mali Jeamille Bittar et la présidente de
l'ASCOMA, Mme Coulibaly Salimata Diarra. Tous deux, tout en se
réjouissant du geste de la Banque centrale se sont montrés sceptiques
sur la volonté des banques commerciales de suivre le mouvement.
Celles-ci, estiment-ils, soucieuses de leurs résultats d'exploitation
vont d'être tentées de maintenir leurs taux et d'élargir leurs
marges.
En effet, depuis quelques années, les taux ont été libéralisés. La
Banque centrale ne peut plus imposer un taux fixe aux banques
commerciales qui ont la latitude d'en fixer la barre au delà de 17 %.
La ligne jaune à ne pas franchir est celle des 18 %, considérée par
la BCEAO comme "un taux usurier" et donc interdit. Avant la récente
mesure de la BCEAO, le taux minimum relevé au niveau des banques de
la place était de 4,5% et le maximum de 10,5%. Souahibou Diaby
reconnaît le bien-fondé des préoccupations de ses interlocuteurs,
mais estime que c'est aux clients d'imposer la baisse lors des
négociations de crédits avec leurs banquiers. Pour cela, ils
disposent selon lui d'un atout majeur : la concurrence. Une
argumentation qui n'a guère convaincu les opérateurs économiques qui
estiment que les banquiers seront toujours en position de force.
La précédente baisse des taux directeurs de la BCEAO remonte au 19
juin 2000 quand ils avaient été réduits de 0,5 %
S. TOGOLA
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