Mr. Houssouba, j’apprécie hautement votre analyse critique (très impressionnant
dans son contenu) qui me semble non pas un lyrisme intime mais plutôt social.
Si chacun de nous prenait le temps d’analyser de la sorte les faits, notre
forum serait j’en suis sur un plateau d’idées assez intéressantes pour l’éveil
de conscience.
Mon cher, je suis vraiment à l’aise en lisant un tel message. Si vous vous
souvenez bien, dans mes premières interventions sur ce plateau j’ai invité les
uns et les autres à initier des débats sur l’avenir du Mali et à proposer des
solutions pour que notre pays sorte de la situation actuelle. Je dirais qu’un
tel message va dans ce sens et je souhaite pleine suite.
Je voudrais cependant signaler que même si quelque fois vous semblez comprendre
la logique des choses au Mali,il y a bien des fois où vous confondez la
relation cause à effet de certains faits et vous vous trouvez ainsi dans une
boucle qui ne peut se fermer.
Les salaires sont insuffisants parce que le pays est mal géré, parce que la
corruption et la délinquance financière empêchent toute croissance
significative. C’est aussi simple que ça et il est du devoir des responsables
qui sont payés par le contribuable de travailler dans ce sens et d’arrêter de
voler. Le pillage des ressources publiques est maintenu et entretenu à presque
tous les niveaux de responsabilité. L’assemblée nationale est devenue un espace
de loisir et de profit personnel où se côtoient Serbes et Musulmans, les partis
politiques sont ce qu’ils sont, le Mali d’aujourd’hui est ce qu’il est je veux
dire un pays où rien ne fonctionne.
Un exemple éloquent est celui du ministre de l’éducation Nationale quant il
criait haut et fort au début des épreuves du Baccalauréat pour qualifier de
propres et incontestables les résultats qui en seraient issus. Voilà que je
vous ai envoyé ce matin le constat triste de la situation, une fraude
d’envergure rare dans notre pays. Un ministre honnête et sérieux reconnaît tout
de suite son incompétence à gérer le département et aurait démissionné.
Mais non, il va se maintenir à sa place et ce problème passera sous silence
comme bien d’autre. Comment voulez vous que ce pays avance?
Dites moi si on devrait éviter toute critique et tomber dans le fatalisme?
Je regrette Houssouba de ne pas comprendre votre état d’âme par rapport la
situation.
Ce n’est pas parce que on ne peut pas empêcher ces choses qu’on ne devrait pas
en parler.
Les mouvements sociaux ont pour racine les débats d’idée qui contribuent
beaucoup à l’éveil de conscience, ceci n’est pas un secret si on se fie à la
dialectique Marxiste.
Je pense avoir le droit et le devoir moral de dénoncer les maux qui ruinent
aujourd’hui notre pays. Ce serait dommage que ce forum se limite à une simple
copie / coller des informations disponibles sur Internet .Les débats stériles
sont plutôt du genre sur l’utilité du Français comme ce fut le cas la semaine
dernière. Le problème de l’Afrique n’est pas le Français ou le Bambara ou autre
langue, c’est l’incapacité de nos dirigeants à gérer les affaires publiques.
C’est un faux débat qui a pourtant suscité un engouement particulier des uns et
des autres. Je regrette que vous n’ayez puisé toutes les ressources
disponibles dans votre style même s’il est quelque fois peu cartésien pour
dénoncer cet état de fait.
Ce ci m’amène à penser sur l’utilité d’un tel forum; on devrait à mon humble
avis initier plus de débats d’idée sur les maux qui ruinent actuellement notre
pays.
Mon cher Houssouba ce n’est pas à moi de résoudre les problèmes au Mali, cette
charge revient à ceux qui sont logés et payés par le contribuable. Je suis
cependant disposé à travailler avec n’importe quelle organisation oeuvrant dans
ce sens, sauf que je n’ai jamais vu des organisations véritables de ce genre.
Si vous voulez bien on pourrait penser à y mettre sur pied.
Autrement, je reste disponible à approfondir les débats sur des points bien
spécifiques et à voir avec vous les solutions qui pourraient être envisageables.
Au plaisir,
Kassibo
Selon Mohomodou Houssouba <mhousso@freesurf.ch>:
> C'est mon avis personnel, mais je trouve le texte du president "bien"
> dans son contexte. Accessible et concret, ce qui cadre avec
> l'auditoire. La flamboyance des "beaux discours" ne ressort pas du
> texte sous ma main. Je ne sais pas comment le message a ete recu et
> quel effet il aura. Dans le systeme parlementaire americain, on
> appele ca lobbying et il faut plus qu'un acte de presence ponctuel,
> episode. Il faut un harcelement methodique, continu des "augustes"
> representants; ce qui demande des moyens et ce qu'on appelle par les
> temps qui passent des "ressources humaines." Des gens qui
> communiquent. Voila le mot magique: la communication. ATT fait de la
> communication et il s'en sort bien pour une journee. C'est pourquoi
> dans le fond et la forme, je lui donne une bonne note pour avoir
> anime la session d'information de la sorte. C'est une etape tres
> preliminaire et je lui (leur) souhaite courage. Pour le parcours, les
> prolongations....
>
> Mr. Kassibo a certes raison sur le fond du probleme--notre anemie
> economique--mais les problemes economiques sont multiformes et on ne
> peut imputer tout a une seule, si grave qu'elle soit--disons, la
> corruption et la criminalite administrative. Une bonne gestion de
> nos maigres ressources, sans corruption, fera l'epargne, le coussin
> d'air que nous cherchons a travers les subventions externes
> (rallonges budgetaires) et dettes mal utilisees (hors des filieres
> productrices de richesse). Mais, nous savons tous qu'il y a, la
> meme, le fameux dilemme du poussin et de l'oeuf. Pas moyen
> d'engraisser nos economies sans combattre la corruption, mais comment
> eliminer la corruption avec la pauvrete grincante dans laquelle la
> plupart des gens travaillent pour supporter 10 a 30 personnes.
> J'avoue que sur le terrain, j'ai trouve le probleme loin d'etre
> academique et tout le monde y est confronte--des journalistes aux
> enseignants, pas seulement les cas stereotypiques (policiers,
> douaniers...). 80 000 CFA/122 Euros/mois pour un professeur de lycee
> qui est en fonction depuis 1983-84? On a beau dire, avec raison, que
> ce n'est pas parce qu'il y a corruption ailleurs qu'il faut la
> tolerer chez nous, la realite persiste. Peut etre ce qui existe chez
> nous n'est pas la corruption, plutot un "way of life." Mais,
> l'Italie meme plus propre de nos jours troublait encore l'economiste
> nord-americain John Kenneth Galbraith, qui au bord de la resignation
> sur le regne de l'etat de droit, finit par l'accepter comme "une
> anarchie fonctionnelle." Au meme moment, l'Italie depassait la
> Grande Bretagne en PIB pour la premiere fois. Mais il faut connaitre
> l'histoire pour savoir a quelle gare sont arrivees l'Italie et
> l'Irlande aujourd'hui....
>
> Mais, d'un autre angle, je trouve que sa critique en fait est trop
> caricaturale, previsible en quelque sorte, pour avancer la
> discussion. Nous ne semblons pas bien cerner nos problemes et je ne
> sais pas si nous sommes vraiment capables de proposer des
> alternatives viables a nos dirigeants. C'est a dire, de les
> critiquer avec sincerite. De plus en plus, je trouve dommage le
> manque de concret dans la critique. Nous sommes des pays tabasses
> par le reel, mais les critiques planent, peine a descendre sur terre.
> La denonciation de la corruption comme pave dans l'eau trouble est
> aussi abstraite et illusoire que le proces contre les subventions,
> sans examen de la dynamique de l'economie locale. De la lutte contre
> la corruption aux subventions cotonnieres, il y a bel et bien un
> lien, la mauvaise gestion et la corruption au niveau de la CMDT. Un
> lien parmi tant d'autres, tels que les enormes subventions allouees a
> la filiere par les pays du G-8 et la Chine. La chose est tres
> compliquee dans la mesure ou ce sont des groupes francais qui
> dominent le coton ouest africain. Chaque pays aide ses entreprises
> directement ou indirectement. La question que notre collegue Ibrahim
> Yattara a pose il y a deux mois reste valable. Est-ce la bonne
> approche de demander a un pays comme les USA d'abandonner ses
> subventions? J'ai vecu 10 ans au milieu de la Ceinture du Mais, la
> zone agricole la plus riche du monde, et j'ai habite a quelques
> metres d'un super-grand-fermier si on peut dire comme ca, et j'ai
> entendu toute sorte d'explications sans jamais avoir compris comment
> ils s'en sortent avec leurs couts de production C'est vraiment
> complique mais des gens mieux qualifies peuvent essayer d'expliquer
> la situation et les mecanismes de ce qu'on considere comme la charite
> aux nantis. Ceux qui ont passe les annees 1997-98 aux Etats Unis
> doivent se rappeler le documentaire special (6 heures je pense) de
> Frontline sur PBS (chaine publique), "The Farmer's Wife" qui expose
> le combat d'un jeune couple de fermiers du Nebraska (?) qui cherchent
> a garder leur champ. Sur demande, le documentaire a ete rediffuse a
> plusieurs reprises. Sa notoriete a expose en fait la meconnaissance
> des americains de l'economie rurale, sa precarite et la brutalite du
> role du capital dans l'agriculture intensive qui permet a 2-3% de la
> population de produire autant de cereales, legumes, volaille, etc.
> pour nourrir la planete. Mais production n'equivaut pas viabilite
> economique. La realite est tres eloignee de la romance populaire qui
> occupe l'imaginaire de l'americain de la ville. Que dire du paysan
> de Koutiala?
>
> Ce qui m'amene au point crucial. Vrai, les subventions ont vicie le
> libre marche et le role des chantres du libre echange dans cette
> deconstruction du systeme illustre le fait que les interets
> nationaux priment sur le reste et chacun essaie les crocs-en-jambe
> qui sont permis, autant qu'ils le sont, pour gagner un avantage sur
> les autres. Meme s'ils crevent de faim. Meme si la fillette du
> cotonnier de Koutiala n'ira pas a l'ecole, bien que toutes les douces
> declarations des bons forums ont psalmodie le bien du monde qui
> viendrait du fait que la petite koutialaise aille a l'ecole:
> apprendre a lire les dates d'expiration de ses medicaments ou du
> lait pour son bebe (parfois perime), espacer des accouchements, gerer
> des epargnes et credits, mais surtout gagner son propre salaire
> mensuel ou pourboire, legal ou sous la table, comme son frere le
> brave fonctionnaire malien. En un mot, les voeux pieux font leur
> bout de chemin, la limite naturelle de la philanthropie. Je suis
> pessimiste du resultat de la demarche des presidents cotonniers de
> l'UEMOA, quelle que soit la bienveillance de la commission du
> Congres. Le lobby de la Farmers Wife a un acces permanent aux
> deputes, de surcroit il est plus influent: ses membres votent.
>
> Pour retourner au fond du probleme, que faire? Que faire du coton
> s'il ne fait que drainer nos finances en forcant l'Etat dans des
> subventions indirectes (en assumant le passif de la gestion
> desastreuse de la CMDT)? This is fun, sounds like the
> expert-consultant speaking! Serieusement, que faire d'autre que le
> coton sur la bonne terre longtemps monopolisee pour produire du coton
> brut que nous exportons avec les pertes dont parle le president? Ne
> vaut-il pas mieux d'abandonner rapidement le coton sur la plupart des
> espaces cotonniers et produire ce qui se mange et se partage? Meme
> si c'est de l'herbe pour les vaches. Il semble qu'il y a plus de
> chance d'exporter de l'herbe pour les vaches que du coton en 2003.
> Il s'agit bien de la zone fruitiere du Mali qui peut fournir tout ce
> que nous importons sous forme de concentres d'age indetermine: tomate
> italienne, jus d'orange espagnole, beurre francais, corned beef
> danois, culs de dinde americains, huile frelatee de source non
> (encore) specifiee, etc. C'est le point crucial que malheureusement
> les nombreuses critiques dans nos journaux et sur nos reseaux de
> discussion ne soulevent pas (assez). Les critiques parfois me
> laissent dans l'embarras. Je vois toute la faiblesse de l'argument
> du president (a faire effet dans un temps raisonnable, comme on le
> souhaite, c'est a dire, avant que toute une generation ne soit
> rappelee a son seigneur), mais la critique du genre que Mr. Kassibo
> fait, est davantage plus maigre en substance. Il faut se l'avouer.
> Elle n'a ni le focus thematique de l'allocution du president, ni ses
> propositions concretes, aussi improbables qu'elles soient dans la
> suite. Je vais etre un peu dur ici, car je trouve ce genre de
> critique plus agacante et sterile que la langue de bois et les "beaux
> discours" des politiciens. Car on cede certaines choses aux
> politiciens, choses que l'on integre parmi le repertoire de leurs
> deformations professionnelles. Mais qu'offrons nous autres
> instruits, eduques, intellectuels, d'explications coherentes des
> problemes et d'alternatives reelles aux mauvaises strategies
> denoncees. En regle, on en ne fait rien, on fait la critique, la
> critique de la critique a l'infini. Nous sommes incapables
> d'imaginer autre chose que "c'est pas bon"; "ca ne marchera pas"; "ca
> ne marchera jamais".
>
> Quant a moi: je fais mon petit pari suivant: abandonnons le coton et
> produisons autre chose qui peut s'exporter de Sikasso a Gargando et
> on verra que nous gagnerons plus que 55 millions de dollars. Jetons
> nos ressources non dans une concurrence ecervelee avec les USA et la
> Chine dans la subvention cotonniere, mais dans le developpement de
> l'energie solaire, le transfert de technologies a bon marche de
> l'Inde et du Bresil, d'une bonne ecole de machines outils pour la
> sous-region avec l'Afrique du Sud, etc. Creons un cadre pour que les
> maliens et les non-maliens trouvent plus attrayant la construction de
> petites usines que celle de villas somptueuses (a prix egal!).
> J'espere qu'on sait la difference--une usine emploie rarement une
> personne, une villa rarement plus d'une personne (un "gardien"
> souvent paye de facon aleatoire a Bamako). Faisons quelque chose
> d'autre que tout ce coton (en gardons un peu pour les futurs t-shirts
> des Aigles du Mali, qui helas ne sont pas encore faits de coton
> malien) et nous verrons des choses changer. J'ai divague assez et
> pietine pas mal d'orteils et il est temps de dormir. Et aux
> intellectuels, produisons autre chose du "non, non, non". No offense
> though.
>
> MH
> ----------------------------------------------------------------
> Visitez http://www.mAliLink.net pour vous deconnecter
> Service offert par http://www.afribone.com
> ----------------------------------------------------------------
>
----------------------------------------------------------------
Visitez http://www.mAliLink.net pour vous deconnecter
Service offert par http://www.afribone.com
----------------------------------------------------------------
Copyright (c) mAliLink