[malilink] ATT devant le congress americain (la part des choses)

From: Mohomodou Houssouba (mhousso@freesurf.ch)
Date: Wed Jul 02 2003 - 19:54:20 EDT


C'est mon avis personnel, mais je trouve le texte du president "bien"
dans son contexte. Accessible et concret, ce qui cadre avec
l'auditoire. La flamboyance des "beaux discours" ne ressort pas du
texte sous ma main. Je ne sais pas comment le message a ete recu et
quel effet il aura. Dans le systeme parlementaire americain, on
appele ca lobbying et il faut plus qu'un acte de presence ponctuel,
episode. Il faut un harcelement methodique, continu des "augustes"
representants; ce qui demande des moyens et ce qu'on appelle par les
temps qui passent des "ressources humaines." Des gens qui
communiquent. Voila le mot magique: la communication. ATT fait de la
communication et il s'en sort bien pour une journee. C'est pourquoi
dans le fond et la forme, je lui donne une bonne note pour avoir
anime la session d'information de la sorte. C'est une etape tres
preliminaire et je lui (leur) souhaite courage. Pour le parcours, les
prolongations....

Mr. Kassibo a certes raison sur le fond du probleme--notre anemie
economique--mais les problemes economiques sont multiformes et on ne
peut imputer tout a une seule, si grave qu'elle soit--disons, la
corruption et la criminalite administrative. Une bonne gestion de
nos maigres ressources, sans corruption, fera l'epargne, le coussin
d'air que nous cherchons a travers les subventions externes
(rallonges budgetaires) et dettes mal utilisees (hors des filieres
productrices de richesse). Mais, nous savons tous qu'il y a, la
meme, le fameux dilemme du poussin et de l'oeuf. Pas moyen
d'engraisser nos economies sans combattre la corruption, mais comment
eliminer la corruption avec la pauvrete grincante dans laquelle la
plupart des gens travaillent pour supporter 10 a 30 personnes.
J'avoue que sur le terrain, j'ai trouve le probleme loin d'etre
academique et tout le monde y est confronte--des journalistes aux
enseignants, pas seulement les cas stereotypiques (policiers,
douaniers...). 80 000 CFA/122 Euros/mois pour un professeur de lycee
qui est en fonction depuis 1983-84? On a beau dire, avec raison, que
ce n'est pas parce qu'il y a corruption ailleurs qu'il faut la
tolerer chez nous, la realite persiste. Peut etre ce qui existe chez
nous n'est pas la corruption, plutot un "way of life." Mais,
l'Italie meme plus propre de nos jours troublait encore l'economiste
nord-americain John Kenneth Galbraith, qui au bord de la resignation
sur le regne de l'etat de droit, finit par l'accepter comme "une
anarchie fonctionnelle." Au meme moment, l'Italie depassait la
Grande Bretagne en PIB pour la premiere fois. Mais il faut connaitre
l'histoire pour savoir a quelle gare sont arrivees l'Italie et
l'Irlande aujourd'hui....

Mais, d'un autre angle, je trouve que sa critique en fait est trop
caricaturale, previsible en quelque sorte, pour avancer la
discussion. Nous ne semblons pas bien cerner nos problemes et je ne
sais pas si nous sommes vraiment capables de proposer des
alternatives viables a nos dirigeants. C'est a dire, de les
critiquer avec sincerite. De plus en plus, je trouve dommage le
manque de concret dans la critique. Nous sommes des pays tabasses
par le reel, mais les critiques planent, peine a descendre sur terre.
La denonciation de la corruption comme pave dans l'eau trouble est
aussi abstraite et illusoire que le proces contre les subventions,
sans examen de la dynamique de l'economie locale. De la lutte contre
la corruption aux subventions cotonnieres, il y a bel et bien un
lien, la mauvaise gestion et la corruption au niveau de la CMDT. Un
lien parmi tant d'autres, tels que les enormes subventions allouees a
la filiere par les pays du G-8 et la Chine. La chose est tres
compliquee dans la mesure ou ce sont des groupes francais qui
dominent le coton ouest africain. Chaque pays aide ses entreprises
directement ou indirectement. La question que notre collegue Ibrahim
Yattara a pose il y a deux mois reste valable. Est-ce la bonne
approche de demander a un pays comme les USA d'abandonner ses
subventions? J'ai vecu 10 ans au milieu de la Ceinture du Mais, la
zone agricole la plus riche du monde, et j'ai habite a quelques
metres d'un super-grand-fermier si on peut dire comme ca, et j'ai
entendu toute sorte d'explications sans jamais avoir compris comment
ils s'en sortent avec leurs couts de production C'est vraiment
complique mais des gens mieux qualifies peuvent essayer d'expliquer
la situation et les mecanismes de ce qu'on considere comme la charite
aux nantis. Ceux qui ont passe les annees 1997-98 aux Etats Unis
doivent se rappeler le documentaire special (6 heures je pense) de
Frontline sur PBS (chaine publique), "The Farmer's Wife" qui expose
le combat d'un jeune couple de fermiers du Nebraska (?) qui cherchent
a garder leur champ. Sur demande, le documentaire a ete rediffuse a
plusieurs reprises. Sa notoriete a expose en fait la meconnaissance
des americains de l'economie rurale, sa precarite et la brutalite du
role du capital dans l'agriculture intensive qui permet a 2-3% de la
population de produire autant de cereales, legumes, volaille, etc.
pour nourrir la planete. Mais production n'equivaut pas viabilite
economique. La realite est tres eloignee de la romance populaire qui
occupe l'imaginaire de l'americain de la ville. Que dire du paysan
de Koutiala?

Ce qui m'amene au point crucial. Vrai, les subventions ont vicie le
libre marche et le role des chantres du libre echange dans cette
deconstruction du systeme illustre le fait que les interets
nationaux priment sur le reste et chacun essaie les crocs-en-jambe
qui sont permis, autant qu'ils le sont, pour gagner un avantage sur
les autres. Meme s'ils crevent de faim. Meme si la fillette du
cotonnier de Koutiala n'ira pas a l'ecole, bien que toutes les douces
declarations des bons forums ont psalmodie le bien du monde qui
viendrait du fait que la petite koutialaise aille a l'ecole:
apprendre a lire les dates d'expiration de ses medicaments ou du
lait pour son bebe (parfois perime), espacer des accouchements, gerer
des epargnes et credits, mais surtout gagner son propre salaire
mensuel ou pourboire, legal ou sous la table, comme son frere le
brave fonctionnaire malien. En un mot, les voeux pieux font leur
bout de chemin, la limite naturelle de la philanthropie. Je suis
pessimiste du resultat de la demarche des presidents cotonniers de
l'UEMOA, quelle que soit la bienveillance de la commission du
Congres. Le lobby de la Farmers Wife a un acces permanent aux
deputes, de surcroit il est plus influent: ses membres votent.

Pour retourner au fond du probleme, que faire? Que faire du coton
s'il ne fait que drainer nos finances en forcant l'Etat dans des
subventions indirectes (en assumant le passif de la gestion
desastreuse de la CMDT)? This is fun, sounds like the
expert-consultant speaking! Serieusement, que faire d'autre que le
coton sur la bonne terre longtemps monopolisee pour produire du coton
brut que nous exportons avec les pertes dont parle le president? Ne
vaut-il pas mieux d'abandonner rapidement le coton sur la plupart des
espaces cotonniers et produire ce qui se mange et se partage? Meme
si c'est de l'herbe pour les vaches. Il semble qu'il y a plus de
chance d'exporter de l'herbe pour les vaches que du coton en 2003.
Il s'agit bien de la zone fruitiere du Mali qui peut fournir tout ce
que nous importons sous forme de concentres d'age indetermine: tomate
italienne, jus d'orange espagnole, beurre francais, corned beef
danois, culs de dinde americains, huile frelatee de source non
(encore) specifiee, etc. C'est le point crucial que malheureusement
les nombreuses critiques dans nos journaux et sur nos reseaux de
discussion ne soulevent pas (assez). Les critiques parfois me
laissent dans l'embarras. Je vois toute la faiblesse de l'argument
du president (a faire effet dans un temps raisonnable, comme on le
souhaite, c'est a dire, avant que toute une generation ne soit
rappelee a son seigneur), mais la critique du genre que Mr. Kassibo
fait, est davantage plus maigre en substance. Il faut se l'avouer.
Elle n'a ni le focus thematique de l'allocution du president, ni ses
propositions concretes, aussi improbables qu'elles soient dans la
suite. Je vais etre un peu dur ici, car je trouve ce genre de
critique plus agacante et sterile que la langue de bois et les "beaux
discours" des politiciens. Car on cede certaines choses aux
politiciens, choses que l'on integre parmi le repertoire de leurs
deformations professionnelles. Mais qu'offrons nous autres
instruits, eduques, intellectuels, d'explications coherentes des
problemes et d'alternatives reelles aux mauvaises strategies
denoncees. En regle, on en ne fait rien, on fait la critique, la
critique de la critique a l'infini. Nous sommes incapables
d'imaginer autre chose que "c'est pas bon"; "ca ne marchera pas"; "ca
ne marchera jamais".

Quant a moi: je fais mon petit pari suivant: abandonnons le coton et
produisons autre chose qui peut s'exporter de Sikasso a Gargando et
on verra que nous gagnerons plus que 55 millions de dollars. Jetons
nos ressources non dans une concurrence ecervelee avec les USA et la
Chine dans la subvention cotonniere, mais dans le developpement de
l'energie solaire, le transfert de technologies a bon marche de
l'Inde et du Bresil, d'une bonne ecole de machines outils pour la
sous-region avec l'Afrique du Sud, etc. Creons un cadre pour que les
maliens et les non-maliens trouvent plus attrayant la construction de
petites usines que celle de villas somptueuses (a prix egal!).
J'espere qu'on sait la difference--une usine emploie rarement une
personne, une villa rarement plus d'une personne (un "gardien"
souvent paye de facon aleatoire a Bamako). Faisons quelque chose
d'autre que tout ce coton (en gardons un peu pour les futurs t-shirts
des Aigles du Mali, qui helas ne sont pas encore faits de coton
malien) et nous verrons des choses changer. J'ai divague assez et
pietine pas mal d'orteils et il est temps de dormir. Et aux
intellectuels, produisons autre chose du "non, non, non". No offense
though.

MH
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