Un sujet de physique-chimie destiné aux séries scientifiques circulait en ville
à quelques heures de l'épreuve. Cinq personnes sont interpellées et l'enquête
est en cours
Il y a bel et bien eu fuite au bac cette année. La rumeur fait état de la
totalité des épreuves, mais ce qui est établi et donc indiscutable touche à
l'épreuve de physique-chimie de la série SE du secondaire général et des séries
Mathématiques technique industrie et Mathématiques technique génie civil du
secondaire technique et professionnel. L'épreuve de physique-chimie qui est la
deuxième par son importance dans les bac scientifiques, après les maths, est
commune à ces trois séries. Son coefficient est de 4 et c'était la dernière
épreuve de l'examen.
A notre connaissance, au moins cinq personnes impliquées dans la fraude de
cette épreuve ont été interpellées et des professeurs surpris en train de
traiter le sujet font l'objet d'une surveillance étroite. Comment en est-on
arrivé là malgré la multiplication des précautions prises par le département de
l'Éducation nationale ? En d'autres termes d'où est partie la fuite ? S'il faut
attendre la fin des différentes enquêtes en cours pour le savoir, une partie
des faits est déjà connue.
Tout est parti d'une initiative de Aboubacar Kanté, l'attaché de cabinet du
ministre de l'Éducation nationale. C'est lui qui a eu l'intuition de faire un
tour de ville dans la nuit du 20 juin, correspondant au second jour de
l'examen. Aux environs de deux heures du matin, à la jonction de Sogoniko et de
Magnambougou, il tomba par hasard sur un groupe de personnes qui achetaient
carrément des sujets du bac, là dans la rue, devant une cabine téléphonique
opportunément équipée d'une photocopieuse. A sa demande, on lui vendit le sujet
d'histoire à 10 000 F cfa et l'épreuve de physique-chimie à 15 000 Fcfa.
La même nuit, il avertit le ministre et le chef de cabinet. Au matin, ce
dernier alerta le commissariat du 7è arrondissement. Les hommes du commissaire
Brahima Diarra avaient reçu consigne de leur chef de collecter tous les
morceaux de papiers trouvés dans la poubelle ou éparpillés autour de la cabine
incriminée. Ils réussirent ainsi à recoller tous les morceaux jusqu'à la
reconstitution du libellé de l'épreuve de physique-chimie.
Le responsable de la cabine, un certain Moussa Diarra, après avoir juré tout
ignorer de ce qu'il avait photocopié en plusieurs centaines d'exemplaires, a
fini par craquer. Il avoua à la police qu'il savait qu'il s'agissait des
épreuves du bac et qu'il avait accepté le marché juteux qu'on lui avait
proposé. C'est une certaine Salikéné Keïta qui avait apporté les sujets. Cette
dernière indiquera à la police les avoir reçus de sa cousine Mama Keïta, elle
même candidate au bac. Mama Keïta se réfugiera pour sa part, derrière une
explication vaseuse. "C'est, aurait-elle juré, un inconnu qui lui a tout donné
dans la cour de Ecovie", un lycée de la rive droite où, selon plusieurs
témoignages, les sujets étaient vendus.
Le 7è arrondissement a donc présenté tout ce beau monde devant le tribunal de
la Commune VI. Où les a rejoints un énarque que les enquêteurs ont cueilli,
alors qu'il dormait, dans les locaux désaffectés du laboratoire du Mabilé où il
s'était caché.
Nous n'avons pas pu rencontrer le chef de cabinet du ministre de l'Éducation
nationale. L'attaché de cabinet, par contre, nous a confirmé que cette nuit là,
un marché battait effectivement son plein autour de la cabine incriminée où
l'on proposait n'importe quel sujet au plus offrant.
Si le sujet d'histoire de la S.H. qu'il avait aussi acheté s'est avéré un faux,
l'épreuve de physique-chimie était bel et bien exacte. Les agents du 7è sont
parvenus au même constat en confrontant le sujet reconstitué à l'aide des
morceaux de papier retrouvés autour de la cabine avec les sujets distribués
plus tard en salles d'examen.
Le directeur national du centre des examens et concours de l'Éducation,
Sahaloum Ould Youbba et l'inspecteur général Mahamadou Dolo avaient déjà
réfléchi à la question. "Ce sont les comités pédagogiques qui proposent
plusieurs sujets. Un seul inspecteur par discipline choisit le sujet à donner à
l'examen, le saisit à l'ordinateur, en tire le nombre de copies nécessaires
qu'il met sous enveloppe. Ce sont ces enveloppes cachetées qui sont remises aux
académies" explique Dolo pour qui cette fuite ne peut se situer qu'à deux
niveaux : soit au niveau de l'inspecteur qui a opéré le choix soit à celui de
l'académie.
L'inspecteur de physique qui a fait le travail cette année et qui depuis 1998
est le seul à le faire, est Eré Laurent Somboro, professeur de physique depuis
plus de 25 ans. L'inspecteur général lui a déjà donné une lettre d'explication.
L'intéressé que notre équipe a rencontré se montre serein. Il jure avoir fait
son travail comme à l'accoutumée puis avoir remis le tout à son chef
hiérarchique pour l'acheminer jusqu'aux académies.
S'il ne fait pas de doute que des sanctions seront infligées à tous les fautifs
avérés, au cabinet du ministère de l'Éducation, on s'efforce de dédramatiser la
portée d'un événement qui ne devrait pas avoir d'impact sérieux sur les
résultats. Ainsi, nous assurent nos interlocuteurs, les écoles de Magnambougou
(Mabilé, Ecovie, Anta Diop et Progrès) où les sujets étaient censés être connus
de nombre de candidats, n'auraient pas mieux traité l'épreuve mise en cause que
les autres centres. Dans la deuxième zone supposée de propagation (Askia, Ba
Aminata, Technique) il n'y avait pas de candidats de série scientifique, assure
t-on. Au lycée Lahaou Touré, ils n'auraient tout simplement pas eu le temps de
le traiter par avance. La plupart des candidats n'ayant eu vent de
l'information qu'à quelques minutes du démarrage de l'épreuve de physique-
chimie.
Ce coup de chance pour la régularité des épreuves minimise les conséquences de
la fuite mais ne peut ni la faire oublier, ni raccommoder l'énorme accroc
infligé au crédit du bac 2003.
ESSOR
C. DIAWARA
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