Source
http://www.afribone.com/actualite/reflet/2003/0702.html
Je voudrais, tout d'abord, exprimer au nom du Peuple
et du Gouvernement de la République du Mali, ma
profonde gratitude au Congrès, et à l'ensemble de ses
Augustes Membres, pour l'opportunité qu'il m'offre
ainsi de venir témoigner des conséquences négatives
des subventions agricoles sur les producteurs de coton
du Mali et du Continent africain.
C'est un grand honneur pour moi d'être devant vous
pour vous parler au nom du Mali et de mes frères chefs
d'Etat du Burkina Faso, du Bénin et du Tchad.
Le Mali et les Etats-Unis partagent plusieurs valeurs
communes. Nous croyons à une démocratie ouverte,
vivace ; à la liberté d'expression ; aux droits de
l'homme ; aux solides liens familiaux ; et à
l'économie de marché. Le Mali travaille étroitement
avec les Etats - Unis dans le cadre du maintien de la
paix et de la sécurité régionale, et continue d'être
un partenaire crédible dans la lutte contre le
terrorisme.
Nous sommes arrivés aux Etats-Unis animés de la
volonté de proposer un partenariat solide entre nos
deux pays, mais pas pour mendier.
Pendant les 12 dernières années, nous avons accompli
des progrès énormes au Mali. Nous avons établi une
forte tradition de démocratie, tenu des élections
pacifiques, favorisé la décentralisation politique qui
a conduit à l'épanouissement de la société civile, et
avons entrepris des reformes économiques profondes. La
pierre angulaire de ces reformes fut la libéralisation
de notre marché agricole en s'attaquant en premier
lieu au marché céréalier.
Nous avons apprécié hautement l'aide que les
Etats-Unis nous ont accordée à travers l'USAID et
l'assistance technique des universités américaines, au
moment ou nous avons entrepris ces reformes, y compris
la création de marchés agricoles concurrentiels.
Vous comprendrez encore mieux le sens de notre
Initiative, à travers quelques indicateurs sur le
poids de l'Agriculture dans notre économie. Plus de
70% de nos concitoyens vivent dans des zones rurales,
et si l'économie devait se développer ce serait
certainement par le biais de l'agriculture.
L'agriculture est l'épine dorsale de l'économie
malienne. A ce titre, elle constitue 42% du PNB, et
fournit, à la fois, au gouvernement et aux autorités
communales 75% de nos recettes d'exportation ainsi
qu'une tranche importante des recettes fiscales.
C'est pourquoi, nous nous sommes engagés à faire de
l'agriculture intensive le moteur du développement du
Mali.
L'agriculture nous fournit plus que l'alimentation.
Elle est source de revenu pour la majorité des 11
millions de nos concitoyens. Elle crée d'autres
activités qui génèrent du travail et des revenus dans
d'autres secteurs de l'économie telles que l'industrie
alimentaire et les micros entreprises féminines. Elle
offre le capital dont on a besoin pour investir dans
nos zones rurales, des entreprises aux routes.
Elle offre des revenus aux communautés décentralisées
qui leur permettent de payer pour leurs écoles et les
centres de santé. Si l'agriculture ne prospère pas,
les enfants du Mali n'apprendront pas à lire et à
écrire, les familles tomberont malades à cause des
eaux polluées, les micro entreprises féminines ne
marcheront plus, et les gens mourront de maladies
évitables. Notre jeunesse sera sans emplois et sera
frustrée et aliénée.
Très simplement, une agriculture prospère, profitable
est absolument essentielle pour le Mali pour qu'il
puisse poursuivre son Développement démocratique dans
la paix. C'est pourquoi, mon gouvernement a mis
l'agriculture et le Développement rural au cœur de
notre stratégie de Développement économique et nous
avons augmenté notre budget alloué au Développement
agricole de 30% l'année dernière.
En mettant l'accent sur le cas malien, j'ai le souci
d'illustrer, de façon concrète, mon exposé. Ce que
vous devez en retenir, c'est surtout le fait que
j'aurais pu en dire autant du Burkina Faso, du Bénin
et du Tchad ; car les problèmes que rencontrent nos
filières cotonnières sont les mêmes.
C'est donc au nom de tous ces pays que je félicite le
Congrès pour cette initiative et exprime toute notre
gratitude pour la Commission des Relations
Internationales, la Sous-Commission pour l'Afrique de
la Chambre des Représentants.
Votre initiative dénote d'une grande sensibilité à
tout ce qui touche au développement des pays pauvres.
Les atouts pour promouvoir ce développement ne sont,
malheureusement, pas nombreux. Le coton y occupe,
parfois, une place prépondérante.
Je suis venu, ici, pour vous parler justement des
difficultés que ce coton rencontre sur le marché
mondial.
Il y a quelques années, le coton était pour nous, une
source de richesse. De nos jours, il est devenu notre
fardeau, un facteur d'appauvrissement. Cette tendance
s'est surtout aggravée au cours des trois dernières
années, marquée par une forte baisse des cours
mondiaux, qui ont atteint leur plus bas niveau, à 35
cents/la livre en fin 2002.
Quoique plusieurs facteurs aient conduit à cette
situation, les subventions agricoles sont la
principale cause de cette dérégulation du marché, qui
a de sérieuses conséquences sur nos économies.
A titre d'exemple, en 2001 le Mali a ainsi perdu 1,7%
de son PIB et 8% de ses recettes d'exportation ; le
Burkina Faso 1%¨de son PIB et 12% de ses recettes
d'exportation ; le Bénin 1,4% de son PIB et 9% de ses
recettes d'exportation.
A côté de l'impact macro-économique de ces pertes de
recettes dues aux subventions des pays développés, il
faut ajouter les répercussions socio-économiques pour
les 15 millions de personnes, dont deux millions de
producteurs qui vivent directement du coton.
Cette situation engendre la pauvreté dans le monde
rural africain, et singulièrement dans les zones de
production cotonnière. Cette pauvreté engendre l'exode
rural.
Sur la base d'estimations contenues dans une étude
faite par le Comité Consultatif International sur le
Coton, la suppression de la subvention des Etats-Unis
sur le coton augmentera le revenu du paysan malien qui
cultive le coton de plus 31%, de 500 à 659 dollars par
an, ce qui est énorme dans un pays où très peu de gens
gagnent 1 dollar par jour. Pour l'économie malienne
dans son ensemble cela va engendrer un gain de plus de
55 millions de dollar par an, une somme qui dépasse la
valeur de toute l'aide des Etats-Unis à mon pays.
Le paradoxe de la situation est que le producteur
africain n'arrive plus à vivre de son coton, qui est
pourtant le plus compétitif au monde. A titre
d'illustration : au moment où les cours du coton
étaient de 35 cents/la livre, en fin 2002, le coût de
production était, en moyenne, de 47 cents/la livre
dans les pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre ;
contre 73 cents/la livre aux Etats-Unis d'Amérique.
Les coûts de production en Europe (Grèce et Espagne)
étaient encore plus élevés que ceux des USA.
Les pays africains producteurs de coton ne tirent
aucun profit de cet avantage comparatif, car les
règles du commerce international, telles que définies
par l'Organisation Mondiale du Commerce, sont faussées
par les subventions substantielles dont bénéficient
les producteurs de coton européens, américains,
chinois. Ces subventions ont été évaluées, en 2001, à
700 millions de dollars pour l'Europe, 2,3 milliards
de dollars pour les USA et 1,2 milliards de dollars
pour la Chine.
Devant la détérioration croissante de nos économies et
les menaces sur la survie de nos filières cotonnières,
nous avons décidé de tirer la sonnette d'alarme, pour
qu'avec nos pays partenaires, nous trouvions une
solution équitable pour les producteurs africains de
coton.
Nous nous réjouissons de constater que le Congrès
américain ait compris notre démarche dans ce sens et
décidé de nous offrir cette formidable tribune.
La requête des pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre,
producteurs de coton, ne procède pas d'une logique de
confrontation. C'est une main tendue pour le dialogue,
la concertation, la négociation. Chacun des pays
pratiquant les subventions agricoles de soutien à leur
producteur de coton, prend une part importante dans le
développement de nos pays.
Le sens de notre Initiative Sectorielle sur le Coton à
l'OMC
Le recours à l'OMC est en soi, l'expression d'une
confiance de nos pays, dans le système de régulation
et d'arbitrage du commerce international, à la mise en
place duquel les Etats-Unis d'Amérique ont joué un
rôle de premier plan.
L'Initiative sectorielle en faveur du coton trouve son
fondement dans les principes affirmés dans le cadre
des nouvelles négociations commerciales du cycle de
Doha. Le cycle de Doha vise à établir un système
commercial équitable et conforme au marché.
Une solution durable à la crise des filières
cotonnières africaines passe par :
1) La reconnaissance du caractère stratégique du coton
pour le développement et la lutte contre la pauvreté
dans nos pays.
2) L'élimination totale, à terme, des mesures de
soutien à la production et à l'exportation du coton.
3) La mise en place à Cancun par la 5è Conférence
ministérielle de l'OMC, prévue du 10 au 14 septembre
2003, d'un système de réduction progressive du soutien
à la production cotonnière, en vue de son élimination
totale.
4) En application des résultats du cycle de Doha, et
jusqu'à l'élimination totale des subventions, une
indemnisation pour les Pays les moins avancés,
producteurs de coton, pour les pertes de recettes
qu'ils subissent.
Vos discussions ici, sont fondamentalement importantes
pour le Mali et pour d'autres pays de l'Afrique, qui
mettent tout en œuvre pour emprunter le chemin de la
globalisation, qui constitue pour eux une arme de
lutte contre la pauvreté et la famine. Nous ne
demandons pas une transaction spéciale ; mais, nous
voulons tout juste que le champ de course de la
globalisation soit un lieu où les concurrents seront à
égalité de chance. Nous estimons qu'en travaillant
ensemble, la communauté internationale, dans son
ensemble, pourra faire du commerce un instrument qui
peut bénéficier à tous.
En saluant le travail entamé par votre
sous-commission, nous sommes convaincus de pouvoir
compter sur le soutien du congrès et du Gouvernement
des Etats-Unis pour l'aboutissement de cette
initiative sur le coton.
Je vous remercie de votre attention.
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