[malilink] [Le Monde] : Au Soudan, Washington recherche la paix et du pétrole

From: Moussa Fofana (moussaf@yahoo.com)
Date: Wed Jul 10 2002 - 12:01:47 EDT


Le Monde

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Au Soudan, Washington recherche la paix et du pétrole
Mercredi 10 juillet 2002
(LE MONDE)

Les Etats-Unis jugent positive, mais encore insuffisante, la coopération à la lutte antiterroriste des autorités de Khartoum, qui avaient autrefois accueilli Oussama Ben Laden. Les Américains tentent de mettre fin à une guerre qui a fait deux millions de morts depuis 1983

KHARTOUM de notre envoyée spéciale

De mémoire de Soudanais, il y a bien longtemps que Khartoum n'avait pas fait l'objet d'un tel intérêt américain. Walter Kenshtiner, secrétaire d'Etat adjoint pour l'Afrique, s'y trouvait début juillet. Le secrétaire d'Etat, Colin Powell, vient d'accorder un semi-satisfecit au gouvernement soudanais pour sa coopération dans la lutte antiterroriste. Pour peu que Khartoum continue sur cette voie, promet Washington, le Soudan se verra rayé de la liste des Etats qualifiés de "terroristes" : évolution rarissime, lorsque ladite liste a plutôt tendance à s'allonger depuis les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001. Pour un pays qui, entre 1991 et 1996, a abrité Oussama Ben Laden et où l'ancien président Bill Clinton n'avait pas hésité à faire bombarder, en août 1998, une usine de produits pharmaceutiques accus&#! 233;e – sans preuve à ce jour – de fabriquer des composants d'armes chimiques, le chemin parcouru a quelque chose d'étonnant.

Chacun, à Khartoum, admet par ailleurs avoir été surpris par la célérité avec laquelle les Etats-Unis ont amené le gouvernement et les rebelles à signer – et à respecter – un accord de cessez-le-feu géographiquement limité. Aujourd'hui, Washington, qui, pendant des années, a mis le pouvoir soudanais en quarantaine, soutenant plutôt indirectement les rebelles, surveille d'un œil vigilant les négociations engagées à Nairobi (Kenya) entre le pouvoir islamiste et le Mouvement/Armée de libération des peuples du Soudan (SPLM/A) du colonel John Garang, qu'une guerre impitoyable, qui a déjà fait deux millions de morts, oppose depuis 1983.

Nul ne se hasarde à critiquer le cessez-le-feu imposé dans la région des monts Nubas, dans le centre du pays, ni à regretter que Washington s'implique dans la recherche d'une paix au Soudan. Mais il n'est pas un seul Soudanais ou Occidental expatrié qui n'estime qu'en choisissant les monts Nubas Washington a fait d'une pierre deux coups : satisfaire, d'une part, les groupes de pression chrétiens aux Etats-Unis, pour lesquels la région des monts Nubas – à cause de la quarantaine à laquelle elle a été soumise pendant des années par les autorités – est devenue une sorte d'"icône" humanitaire et sélectionner, d'autre part, la région la plus facile, sinon à pacifier, du moins à neutraliser.

INTÉRÊT POUR LE BRUT

Au niveau géopolitique, note Emmanuel Isch, qui dirige la mission de l'ONG canadienne Fellowship for African Relief, cela a quand même un sens : les monts Nubas sont en quelque sorte la porte de ce Sud qui est au cœur de la guerre ; les Etats-Unis essaient de favoriser une certaine stabilité politique au Soudan, qui "devrait leur permettre d'abolir certaines lois qui les empêchent d'être impliqués dans les activités pétrolières". De nombreux Soudanais sont, eux aussi, convaincus que le brut explique en grande partie – sinon en totalité – l'intérêt soudain porté par l'administration américaine à leur pays. Les gisements non encore explorés recéleraient, selon certaines informations, d'importantes réserves.

Et c'est précisément là, dans la région pétrolière de l'Etat de l'Unité, qu'ont lieu, depuis janvier, les combats les plus violents, les deux parties y ayant concentré d'importantes forces, "étant entendu que c'est une guerre de pauvres des deux côtés", souligne un diplomate. L'armée soudanaise, en particulier, selon des sources concordantes, a mis à profit la trêve des monts Nubas pour transférer des troupes au sud. Depuis 1999, le Soudan exporte du pétrole à raison de 250 000 barils par jour, et le gouvernement a besoin de nouvelles ressources. L'enjeu est donc de repousser les rebelles pour sécuriser de nouvelles zones d'exploitation et, pour le SPLM/A, d'empêcher une telle extension.

UN CONFLIT COMPLEXE

Alors que, dans d'autres zones, l'armée a surtout recours aux bombardements aériens, tandis que les milices locales sévissent au sol, les militaires, ici, sont en première ligne. Il y aurait déjà plusieurs milliers de morts des deux côtés, indique Pascal Lefort, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF). Pour les populations civiles, la situation est très difficile. Dans ces zones, l'économie des familles est basée sur la culture du sorgho et l'élevage du bétail, "sans lequel on n'existe plus socialement. Or, aujourd'hui, le bétail est décimé", ajoute-t-il. De l'avis de tous les vieux routiers du conflit soudanais, trouver un début de solution dans cette région relève de la gageure. Le conflit est beaucoup plus complexe et les enjeux beaucoup plus nombreux que ne le dit le cliché qui le réduit à une guerre entre! Nord islamiste et Sud chrétien et animiste.

Commencées le 17 juin, les négociations qui se sont engagées à Nairobi ont ceci d'encourageant : contrairement aux multiples pourparlers qui les ont précédées depuis des années, elles sont entourées d'un black-out total et ont une durée imposée (cinq semaines). Le problème le plus épineux est la question de l'autodétermination du Sud. Le SPLM/A en fait une condition sine qua non de toute paix ; de leur côté, les autorités soudanaises sont rétives et disent craindre qu'un tel processus ne mène, à terme, à la sécession.

Mouna Naïm




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