Re: [malilink] en principe

From: Mohomodou Houssouba (mhousso@freesurf.ch)
Date: Wed Jan 22 2003 - 16:25:50 EST


Salut Abdou, Moumine
Vous avez raison; il faut améliorer l'information au niveau du
gouvernement. Mieux, ni populiste, ni timide et surtout pas
démagogique. J'espère qu'on en parle une autre fois pour ne pas nous
disperser.

Mais, je ne parle pas des positions politiques. Plutôt de la
rhétorique de textes tendancieux construits autour de la réponse du
gouvernement. Dans les normes, le gouvernement a un porte-parole,
actuellement le ministre de la communication (et des nouvelles
technologies), le journaliste Gaoussou Drabo. Les journalistes
peuvent lui parler s'ils veulent. S'ils ne peuvent plus, qu'ils nous
le disent. Je parle du double langage de l'article et je vous redonne
en bas de petites portions à réexaminer de près. Le gros mot du
texte est la "vaine polémique" engagée par le gouvernement en se
dissociant de la déclaration d'Oumar Mariko.

Il y a des points d'examens préliminaires du point de vue de la
"rhétorique": dans le sens classique de l'analyse rigoureuse d'un
texte écrit, visuel, oral, ou absent. En rhétorique (et la branche
en linguistique appelée la "pragmatique," le silence ou l'espace
vierge est également un texte et est capable de contenir une
signification, un message. Dans ce sens, un silence ne manque pas de
signification; celle-ci peut être ambiguë et rien ne dit que
l'ambiguité est toujours favorable à la partie qui l'entretient.
Elle peut l'être, elle peut également être un superbe inconvénient:

(§) sur quel principe le gouvernement a-t-il basé sa logique de
réponse? aurait-il été mieux de ne rien dire? quel avantage ou
risque pose une telle approche? avons-nous suffisamment
d'information pour trancher? (dans ce cas, les journalistes doivent
déterrer l'information; c'est ce qui manque, sinon nous sommes déjà
remplis d'opinion et de sarcasme facile).

(§) est-ce possible que le problème est vraiment le fait de contrer,
ou disons, contrarier la plateforme internationale que s'offre Mariko
en parlant comme leader d'un parti au pouvoir, sachant bien qu'il va
être repris par les agences de presse et pas de la même façon que
lorsqu'il était un martyr de la répression estudiantine? je ne
trouve pas crédible cette insinuation étrange qu'il a dit des
"bêtises." s'il est un leader politique, il doit s'assumer; s'il dit
qu'il a fait une bêtise, mais sinon de poussons au cabanon un jeune
politicien en parfaite jouissance de ses facultés idéologiques.

(§) dans le même sens, et parlant du courage: une question est
claire, beaucoup de gens croient que la position du gouvernement
manque de courage et de ce fait on peut dériver que railler le
gouvernement pour s'être distancé de la déclaration de Mariko est une
façon de projeter ce dernier encore martyr. Le monsieur semble
toujours être un martyr de quelque chose, le martyre est une méthode
et ses "cheerleaders" ne lèsent pas sur les moyens. et bien on peut
critiquer le gouvernement, mais de grâce, soyons sérieux: quelles
propositions vivables après les critiques acerbes. la réalité est
que nos élites ont ce penchant pour le délire qui finit dans
l'impasse.

Aucune des critiques n'adressent la question fondamentale: que faire
autrement en Côte d'Ivoire? (+) envahir la Côte d'Ivoire et dépenser
le PIB actuel de notre pays en un mois pour résoudre le problème
Gbagbo....

Il faut aussi améliorer la réflexion dans notre presse. La
complaisance avec la paresse intellectuelle reste politiquement
correcte alors que sauter sur le gouvernement est notre sport
collectif. Que l'information ne soit pas quotidiennement noyée dans
le commentaire insidieux. En prinicipe, le lecteur doit pouvoir se
faire une idée claire de la chose si les faits sont rapportés le plus
complètement possible et les questions sont posées pour stimuler la
réflexion, non pas insinuer vers des conclusions partisanes et
tendancieuses.

Le problème fréquent est de présenter une opinion comme un fait
établi. De quel principe évident de soi parle l'auteur de l'article?
Si l'on regarde de près, il n'y a rien d'établi dans les faits. Le
gouvernement américain crie haut et fort que la mission d'un
médiateur comme Bill Richardson (NM) ne l'engage pas, que le voyage
de Jimmy Carter à Cuba ne l'engage pas. Nous savons bien que le
gouverneur démocrate n'est pas dans le cercle de décision de Bush et
que Carter a quitté la Maison Blanche il y a 22 ans. La position de
Giscard d'Estaing sur l'adhésion de la Turquie à l'Union
Européenne.... Ces petits accros arrivent parce que l'espace public
dans un système ouvert est bien élastique et les positions
officielles et officieuses entretiennent des relations ambiguës, des
tensions, qui nécessitent des mises au point au périodiques. Mais,
il n'existe aucune formule qui peut couvrir les impondérables de la
gestion des affaires publiques. C'est l'essence même d'une démocratie
d'avoir de genre de problème. Dans une dictature même
"pluricratique"(?), on n'ose même pas avoir la confusion. Tout le
monde sait qui est en charge.

Celui qui parle de "principe" doit le faire avec humilité. Combien
de bruit n'a-t-on pas fait au Mali récemment à propos des
journalistes maliens mis en garde à vue à Roissy. L'autre jour, une
journaliste malienne (de la BBC) a été ramassée par la police devant
sa porte alors qu'elle causait avec un autre journaliste selon
L'Essor. La police a refusé d'accepter sa carte de presse comme
pièce d'identité et elle a passé une bonne partie de la nuit au
commissariat. Je regrette si personne n'en a entendu parler. Je
pense parfois que nous avons un sens bien sélectif de l'outrage.

En réalité, le texte de Sambi Touré est bizarre. Lui même qui pose
en agneau anti-polémiciste s'engage dans la polémique gratuite:

1.
** Dans une démocratie, même monocratique, qui dit consacré la
liberté d'expression, le gouvernement de la République a-t-il à se
mêler de tous les débats ? **

2.
** L'usage de la liberté d'expression, sous le magistère éclairé du Général, le
guide unanimement bien aimé, comme on peut le voir, c'est selon la
formule de La Fontaine : selon que vous soyez du bon côté ou du
mauvais côté, on vous laisse parler ou on vous rabat le caquet. **

Voici deux petits morceaux à savourer de la part de l'auteur qui
s'élève (très normalement?) contre la "vaine polémique"--ce sont ses
mots. Il y a beaucoup d'adjectifs et chacun peut les apprécier à sa
façon; mais il serait vain de prétendre qu'ils sont neutres. Ils
incarnent la polémique--vaine, je ne dirai pas. Peut être que tout
le monde rate la bonne occasion de se taire. The story of our lives!
Mais, il y a au moins deux façons d'écrire chaque propos et les
termes utilisés là, par simple curiosité rhétoricienne, doivent
intriguer. Que veut dire exactement "démocratie monocratique,"
"magistère éclairé du Général,"guide unanimement bien aimé" ?

Journalisme au lance-pierres?

** Comme l'a dit Feu le président Mitterrand, après tout 'la
démocratie, c'est aussi le droit institutionnel de dire des bêtises.'
Peut-être que le SG de SADI a dit une bêtise. **

Feu Demba Diallo aurait peut être facilement dit la même chose. Ce
n'est pas là le problème. Qui dit en fait que Mariko a dit une
bêtise. Une bêtise est une bêtise; soit on l'a dite, soit on ne l'a
pas dite. Moi, je ne crois pas que Mariko ait dit une bêtise. Et
dire qu'il a dit une bêtise, sachant son track-record, pour le
meilleur ou le pire, n'est pas bête: c'est intellectuellement
malhonnête de la part du prétendant. Il faut cesser de prétendre.

Mohomodou Houssouba

+ Celui ou celle qui a la réponse: envoyer à la Présidence de la
République du Mali, Koulouba, Bamako, ou la Présidence de l'Assemblée
Nationale, Boulevard du Peuple, Bagadadji, Bamako, Mali.

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M. Houssouba
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