[malilink] [Le Monde] : Dominique de Villepin se rend en urgence en Côte d'Ivoire pour sauver le cessez-le-feu

From: Moussa Fofana (moussaf@yahoo.com)
Date: Fri Jan 03 2003 - 08:52:49 EST


Le Monde

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Le Monde Interactif

Dominique de Villepin se rend en urgence en Côte d'Ivoire pour sauver le cessez-le-feu
Vendredi 3 janvier 2003
(LE MONDE)

Paris juge "inadmissibles" les raids d'hélicoptères loyalistes qui ont tué 24  civils en zone rebelle.

Dominique de Villepin est parti pour Abidjan, vendredi matin 3 janvier, pour quérir en personne les "explications" que Paris exige des autorités ivoiriennes après des violations répétées du cessez-le-feu que l'armée française est censée faire respecter. Par deux fois, les forces gouvernementales - dont font partie quelque 200 mercenaires de diverses nationalités et, notamment, des pilotes originaires des Balkans - ont lancé des raids d'hélicoptères au-delà de la "ligne de non-franchissement" sur laquelle sont déployés les militaires français de l'opération "Licorne", au total 2 500 hommes. Les 23 et 31 décembre, ces attaques, à l'intérieur de la zone rebelle, ont fait 24 morts, tous des civils, selon l'armée française, qui a enquêt! é sur place. Jeudi, le porte-parole du Quai d'Orsay a jugé ces violations de la trêve garantie par la France "inadmissibles et intolérables".

De leur côté, les chefs rebelles du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) ont sommé la France d'"assumer la responsabilité qu'elle s'est elle-même attribuée", annonçant avoir donné "carte blanche" à leurs troupes "pour passer à tout instant à l'offensive généralisée"en réponse aux agressions gouvernementales. Guillaume Soro, secrétaire général du MPCI, a rappelé les propos tenus le 22 décembre par le chef d'état-major des armées françaises, le général Henri Bentégeat, alors en visite en Côte d'Ivoire. "Nous ne pouvons pas accepter qu'il y ait une rupture de la ligne de non-franchissement, dans un sens ou dans un autre", avait-il alors déclaré, ajoutant : "Si la ligne est franchie, la France en tirera toutes les conséquences". Pour sa pa! rt, le porte-parole de l'armée ivoirienne a affirmé que les victimes des raids gouvernementaux étaient des "rebelles qu'on ne peut pas distinguer des civils". Quant au conseiller en communication du président Laurent Gbagbo, Toussaint Alain, il a fait monter les enchères en publiant, à Paris, un communiqué pour demander à la France de reconnaître l'agression extérieure dont la Côte d'Ivoire serait la cible.

HAUTE VOLTIGE

"Face à la situation dangereuse qui se développe, dit ce texte, la France doit reconnaître publiquement la réalité des implications des dirigeants du Liberia, dans l'Ouest et le Sud-Ouest, et du Burkina Faso, dans le Nord."Or, en vertu des accords de défense qui lient la France à la Côte d'Ivoire, Paris est tenu à intervenir militairement pour garantir l'intégrité territoriale de son ex-colonie en cas d'agression extérieure...

Dans ce contexte, le voyage de Dominique de Villepin relève de la haute voltige diplomatique. Dans l'entourage du ministre, on s'est employé à dédramatiser un déplacement qui aurait été "de toute façon prévu", tout en reconnaissant que les événements qui l'ont précédé allaient entraîner un "durcissement de langage", voire une "sévérité accrue à l'égard de Laurent Gbagbo". Ce dernier, ne pouvant compter sur les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (Fanci), en débandade, est suspecté de lâcher ses mercenaires sur la ligne de front, quitte à cautionner des crimes de guerre. Déjà, le 5 décembre, à la suite d'une incursion en zone rebelle d'une colonne de mercenaires, pour la plupart d'entre eux des Sud-Africains, mais aussi des Français, un charnier contenant qu! elque 120 corps avait été découvert à la lisière du village de Monoko-Zohi, dans l'Ouest. Tout en démentant que ces morts fussent des immigrés ouest-africains installés dans cette localité, l'armée ivoirienne avait reconnu sa responsabilité pour ce qu'elle avait affirmé être "des corps de combattants ramassés après des opérations de ratissage".

La France avait alors saisi le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme, en vue d'une "enquête approfondie" que l'insécurité dans la région rend cependant aléatoire.

Vendredi, à Abidjan, M. de Villepin devait s'entretenir avec des représentants des partis politiques ivoiriens. Depuis le début de la guerre civile, ceux de l'opposition, accusés de manquer de ferveur patriotique, sinon d'être de connivence avec les rebelles, mènent une existence fantomatique, dans la crainte d'exactions perpétrées par des "escadrons de la mort", des commandos parallèles de la gendarmerie, le corps d'armes le plus fidèle au régime.

"PLAN GLOBAL"

Le soir, le chef de la diplomatie française devait être reçu par le président Gbagbo, notamment pour discuter du "plan global de sortie de crise"que celui-ci est censé présenter. Les problèmes liés à l'immigration, à la nouvelle loi foncière, ainsi que les conditions d'éligibilité pour être candidat à la présidence de la République devaient figurer dans cet "agenda" d'une solution politique du conflit.

Samedi, le chef de la diplomatie française devait également se rendre à Bouaké, la principale ville du centre du pays, bastion du MPCI. Cent jours après le début de l'insurrection, les rebelles ivoiriens obtiendraient ainsi un gage fort de reconnaissance, dans le but de les décider à participer à la "table ronde de toutes les forces ivoiriennes, sans exclusive", que la France voudrait organiser à Paris "à partir de la mi-janvier". Les compromis négociés dans ce cadre devraient ensuite être entérinés par un sommet qui réunirait, outre des présidents d'Afrique de l'Ouest, le secrétaire général des Nations unies et des chefs d'Etat occidentaux, qui se porteraient garants de l'application des accords signés.

Stephen Smith


Plus de trois mois de crise politico-militaire

19 septembre.
Une mutinerie éclate à Abidjan. Bouaké (centre) et Korhogo (nord) passent sous contrôle rebelle. Le général Robert Gueï, ancien chef de la junte, et le ministre de l'intérieur, Emile Boga Doudou, sont tués.

22 septembre.
Arrivée des premiers renforts militaires français.

17 octobre.
Les rebelles signent un accord de cessation des hostilités. Le président Gbagbo l'accepte et demande à la France de contrôler le cessez-le-feu.

30 octobre.
Début des premières négociations directes entre gouvernement et rebelles.

27 octobre.
Visite du ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin. Exfiltration d'Alassane Ouattara.

28 octobre.
Le Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (Mpigo) et le Mouvement pour la justice et la paix (MJP) revendiquent la prise de Man et de Danané (ouest).

1er décembre.
Premiers affrontements meurtriers entre militaires français et rebelles.

20 décembre.
Les rebelles du Mpigo prennent la ville de Bangolo (ouest). L'ONU condamne "l'usage de la force pour renverser un gouvernement élu".

2 janvier.
Le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) menace d'une "offensive générale" après le bombardement meurtrier par l'armée ivoirienne du village de Menakro, situé au-delà de la ligne de cessez-le-feu. - (AFP.)




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